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La route départementale 27

 

Un chemin de traverse

Le gouvernement de Louis-Philippe a compris très vite l'intérêt et l'importance de la route. Avant de réglementer la circulation par l'ordonnance du 15 février 1837, ce gouvernement s'attache au classement des routes et à l'analyse des travaux à entreprendre (loi du 14 mai 1836). Cette même loi du 14 mai 1836 réglera la question des chemins vicinaux en leur apportant un statut et des ressources. Ce sera là, le point de départ de l'amélioration du réseau routier rural. Cette logique apportera à la Charente le chemin de grande communication n°27 (future RD 27), dit de Sauvagnac à Villefagnan.

La route départementale 27 fut construite pour assurer une communication entre l'est et l'ouest du département de la Charente.

Le canton de Villefagnan compte des routes d’importance variable. Ainsi, l’axe Ruffec-Longré par Brettes était aussi d’importance. 

En effet, après aménagement, il a permis de relier Villefagnan rapidement à Ruffec, après 1760, lorsque la route postale fut dérivée sur Ruffec. (travaux en 1788)

Une ancienne route existait, parallèle et  immédiatement au nord de l’actuelle. Elle reliait Villefagnan à La Faye par Boismorin.

De nombreuses propositions se firent jour. Chacun veut que la route traverse son village, son bourg ou sa commune, pour ne pas dire sa circonscription électorale. 

Verteuil et Ruffec veulent ne pas être oubliés, arguant de la facilité ensuite d’établir une liaison avec les Deux-Sèvres par Montjean et Sauzé-Vaussais. Ce choix n’est pas pour autant celui du Préfet. 

De nombreux conflits dans la section allant de Chasseneuil à certains bourgs de la région de Mansle, finalement, on tracera cette route comme prévu avec au sein du canton de Villefagnan un axe principal : Salles, Courcôme, Raix et Villefagnan.

A l’annonce du projet d’établissement d’une route devant relier Sauvagnac à Villefagnan, les communes situées dans la zone traversée entreprennent de faire connaître leur avis, comme d’ailleurs demandé par le Préfet. 

Chacun souhaite être relié le plus directement possible aux bourgs voisins en insistant pour obtenir la traversée de son propre bourg même si le bourg voisin doit être quant à lui contourné... 

“Ce qui est bien pour nous, ne l’est pas forcément pour autrui”

Les combats ne sont pas inexistants au sein de notre canton. Des guerres éclatent à Salles-de-Villefagnan qui exige d'être traversée. 

L’assiette de la route au niveau de Courcôme peut également se discuter et générer quelques heurts.

Villefagnan ne semble pas être trop exigeant et accepte logiquement un raccordement aux environs du village de Sonneville.


Tuzie mérite particulièrement notre attention, d'étant battu avec fermeté pour obtenir le désenclavement de son bourg par le passage de cette route sur son territoire. La commune de Tuzie est issue du découpage arbitraire du département en communes, en 1791. En général, les communes s’inscrivent dans l’espace territorial des anciennes paroisses. Cependant, ce n’est pas le cas de Tuzie, issue de parcelles de terrain, prélevées sur plusieurs paroisses.

Tout sera fait pour cela, et dans un premier temps, afin d’éviter de grands travaux, le CD 27 doit le plus possible emprunter les anciens itinéraires.

Toutefois, entre Salles de Villefagnan et Courcôme, il faut traverser de nombreux marais, et, de façon à élargir le chemin existant, abattre de nombreux noyers.

Les rives du Bief, plutôt marécageuses, sont alors occupées par des chènevières (marais à chanvre). Donc, de façon à éviter cet itinéraire et à desservir utilement Tuzie, il sera proposé de faire passer le CD 27 plus au nord.

Tuzie et ses défunts

Le maire de Villefagnan et conseiller général, Mr Poitevin, soutient aussi généreusement celui de Tuzie, en répondant à la demande du préfet en date du 6 novembre 1838, par cette lettre, expédiée le 9 du même mois : “Cette commune qui mérite de fixer l’attention de l’administration communique difficilement avec celles qui l’environnent. Un très mauvais chemin la sépare de Courcôme à qui elle est réunie pour la perception et pour l’exercice du culte religieux et où elle est obligée de porter ses morts. Ce même motif l’empêche de profiter de l’avantage que devrait lui procurer son voisinage avec la route départementale n° 5.

Le maire de Courcôme (J. Hugon), soutient généreusement celui de Tuzie, en répondant lui aussi par cette lettre du 14 novembre 1838, véritable supplique à l’attention du préfet : “En faveur de la commune de Tuzie qui est qu’étant réunie à celle de Courcôme pour le spirituel, et n’ayant pas d’église ny cimetière on est obligé d’y porter les corps morts en suivant un chemin difficile

C’était donc, pour lui, pure logique que de faire passer le futur “chemin départemental” par Tuzie, de façon à éviter dans le futur de tels désagréments. Le préfet accepta, Tuzie fut traversé par le CD 27.

La pierre aux morts sur le bord de la RD 27. On y déposait le cercueil des défunts le temps de reprendre haleine...


L’expropriation des terrains

Le maire de la commune de Raix, Pierre Brothier, participe activement à l’opération d’expropriation des terrains situés sur sa commune. En effet, il est désigné à cet effet par le conseil municipal (en accord avec le préfet). Cette expropriation collective ne génère pas trop de différents. En effet, tous à Raix sont convaincu de l'intérêt de cette nouvelle voie quant à son impact sur la bonne santé des foires du 17 de chaque mois. Le conseil municipal émet donc un avis hautement favorable le 16 décembre 1838. Le chemin de grande communication n° 27 va faciliter le déplacement des marchands, chalands et clients vers les champs de foires et les auberges de la commune.

Les actes de vente des terrains

Le 25 mai 1839 (acte n° 205), le notaire de Villefagnan, Louis Bouquet Bellavaud dresse les actes d’achat des terrains.

57 propriétaires cessionnaires sont consentants pour une somme totale de 2559,65 francs. A ces cessionnaires volontaires s’ajoutent 5 autres propriétaires non consentants et non présents pour une somme de 288 francs. La valeur totale des terrains (cours, jardins, vignes et champs) à acquérir est donc de 2847,65 francs. La commune s’engage à payer lesdits propriétaires en six paiements égaux étalés du 1er janvier 1840 au 1er janvier 1846.

Les travaux

Les travaux peuvent débuter en 1849. Le chemin de grande communication n°27 se profile sur la carte d’Etat Major (Section de St Jean d’Angély, édition 1852, échelle 1/80000).

On devine à l’examen de cette carte que son extension se profile alors à l’ouest de Villefagnan en direction de Chef-Boutonne. Un moulin à vent va d’ailleurs disparaître entre Empuré et Embourie.

De nombreuses difficultés doivent être “aplanies” quant au nivellement entre Courcôme et Tuzie. Puis, en 1847, s’esquisse le projet de voie de chemin de fer Paris-Bordeaux.

Quelques alignements

1857 : plan d’alignement (Salles de Villefagnan) en vue de faire passer la route à son emplacement actuel devant la salle des fêtes.

1870 : plan d’alignement sur Raix en vue élargir le carrefour devant l'école (non réalisé)

1914 : nouveau plan d’alignement à Raix et Salles de Villefagnan.

Le code de la route

Louis XI, en fondant la Poste en 1464, créa, afin de pouvoir acheminer les courriers royaux, le premier grand réseau routier national. 

Sully eut la charge de grand voyer et mit en place les Ponts et Chaussées. La loi du 29 floréal An X prévoyait des amendes pour dépassements irréguliers. 

En 1851, obligation est faite aux véhicules de laisser libre la moitié de la chaussée et en 1852, les voituriers doivent allumer, à la tombée de la nuit, lanternes et falots. 

En 1899, la vitesse horaire est fixée à 30 km, même en rase campagne.

Le code de la route naît en 1921 avec des consignes particulières pour les cyclistes et piétons...

L’alignement du CD27 à Raix

En 1870 un plan d’alignement du CD27 dans sa traversée du bourg de Raix est établi. Ce plan ne sera pas mis à exécution.

Avec l’avènement de la III° République vient l’heure de l’érection de mairies-écoles. Raix n’échappe pas à la règle et fait construire cet édifice à l’angle que forme la route de Raix-La Faye avec le CD27.

Peu d’espace est disponible à l’avant de cette construction. Aussi, quant en 1913, les Ponts et Chaussées tentent de réaliser le plan d’alignement de 1870, des difficultés surgissent. Le projet de cour de récréation devant la mairie va devoir être abandonné. Cependant, l’inspecteur primaire réclame cette nouvelle cour avec insistance en raison de l’insuffisance de celles déjà existantes. Le conseil municipal de Raix va devoir adresser de nombreuses suppliques au Sous-Préfet de Ruffec afin de modifier ce plan d’alignement en vue de conserver l’espace prévu pour cette cour de récréation. Le plan d’alignement sera modifié et approuvé en 1914...

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