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Un
premier exemple nous est offert dans le canton de Villefagnan,
lorsque l'on descend de Tuzie pour aborder Courcôme.
A mi-côte
sur la gauche, à la hauteur d'un petit carrefour et sous une
pancarte, une grande pierre baignée de soleil, posée à plat,
force notre réflexion.
Réinstallée
et remise en valeur par la municipalité de Courcôme,
régulièrement entretenue, cette pierre pouvait être à
l'origine, soit un dessus de sarcophage, soit une pierre tombale
comme il en existe sur le pavé des églises : elle est en effet
gravée d'une croix mais ne semble pas porter
d'inscriptions.
A Courcôme,
les gens l'appellent "le reposoir". Elle est bien
placée dans la pente, et l'on imagine facilement les gens s'y
asseyant et soufflant le temps d'une courte pause, quand, depuis
Tuzie, venir à pied à la messe à Notre Dame de Courcôme
demandait un sérieux effort après avoir franchi successivement
les pans de deux vallées conséquentes. |
| Notre
imagination doit s'arrêter ici car un autre emploi plutôt
insolite était réservé à cette pierre qui n'est d'ailleurs
pas la seule en Charente.
Au moins
trois cas recensés dans le canton de Villefagnan. En effet, une
deuxième existe également à Courcôme, au carrefour de la
route de Charmé avec celle menant à Magné, et nous en
connaissons également une troisième à Brettes.
Notons au
passage que Marc Leproux signalait, en 1959, dans son ouvrage
" Du berceau à la tombe " quelques pierres à
Saint-Maurice-des Lions en région Confolentaise, à
Magnac-sur-Touvre en Angoumois et à Chantemerle en
Saintonge. |
Grâce
aux témoignages de M. Robert Partaux, (résidant autrefois à
Tuzie), de Jean Flaud et Robert Gallais de Brettes, nous avons
pu lever le voile sur ces vestiges de l'histoire, qu'il faudrait
d'ailleurs inscrire à " l'Inventaire du petit patrimoine
villefagnanais ".
Robert
Partaux se souvient des obsèques des défunts de Tuzie dans les
années 1930, lorsqu'il était enfant. Il fallait venir à
Courcôme, car à Tuzie il n'existait, comme aujourd'hui, ni
église, ni cimetière. Tuzie et Courcôme sont réunis pour le
culte ne formant qu'une paroisse dotée d'une seule église et
d'un seul cimetière. Après la cérémonie à l'église,
l'enterrement se faisait donc dans le cimetière commun à ces
deux communes. |
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La chapelle Saint Antoine de Tuzie
se situe dans le cimetière de Courcôme.
Les habitants de Tuzie, de tous temps,
ont inhumé leurs morts à Courcôme, autour de l'église,
puis dans le cimetière, dans un carré situé à gauche en
entrant.
Avant
le corbillard, le tombereau ?
La distance,
la topographie de la route entre les deux bourgs, ne
facilitaient pas le déroulement des enterrements. Les chemins
n'étaient pas goudronnés, et les pluies hivernales
compliquaient les déplacements du convoi mortuaire.
Lorsqu'il
fallut établir vers 1840 le chemin départemental 27 (RD 27),
dit chemin de Sauvagnac, les élus durent se battre pour obtenir
que son tracé traverse Tuzie, relais entre Courcôme à
Salles-de-Villefagnan.
M. Poitevin,
conseiller général et maire de Villefagnan, s'adressant au
préfet le 9 novembre 1838 : "Cette commune (Tuzie) qui
mérite de fixer l'attention de l'administration communique
difficilement avec celles qui l'environnent. Un très mauvais
chemin la sépare de Courcôme à qui elle est réunie pour la
perception et pour l'exercice du culte religieux et où elle est
obligée de porter ses morts…"
Jean Hugon,
maire de Courcôme, soutenait aussi son collègue de Tuzie, en
adressant le 14 novembre 1838 cette supplique au préfet :
"En faveur de la commune de Tuzie qui est qu'étant réunie
à celle de Courcôme pour le spirituel, et n'ayant pas
d'église ny cimetière on est obligé d'y porter les corps
morts en suivant un chemin difficile"
Les corps
ont été longtemps transportés sur des perches, sans cercueil,
avant d'être posés dans un tombereau.
Ainsi avant l'arrivée d'un corbillard à
Tuzie (bien après 1900), le défunt était acheminé
vers l'église de Courcôme sur une charrette, dans un
tombereau, jusqu'à la "pierre aux morts" (ou
reposoir), sur laquelle le cercueil était posé.
La famille,
soufflait quelque peu, alors que le curé venu sur place,
accompagné des enfants de chœur, bénissait le corps. Le
prêtre, après avoir fait le signe de croix sur le cercueil, disait
: "Que le Seigneur, lumière pour ceux qui gisent dans
l'ombre de la mort, guide nos pas sur le chemin de la
paix". (Sefco : Aguiane juillet-août 1988). Puis
avait lieu la cérémonie de "la levée du
corps". Les porteurs, se saisissaient alors de la bière,
à bras ferme, et derrière le curé, suivis du cortège, s'élançaient vers
l'église éloignée de 300 mètres. (On dit que dans
certaines paroisses, semble-t-il, le curé se rendait au
domicile du défunt et précédait le cortège) |
Même
pratique à Brettes
L'histoire
se répète ailleurs. A Brettes, la population parle de "
pierre aux morts ". Le
paysage de cette commune est moins vallonné ; la route
fatiguait peut-être moins les villageois des alentours qui se
rendaient au bourg.
Personne
ne se souvient de l'époque de la "pierre aux morts"
à Brettes : Jean Flaud dit le Tanneur (surnom officiel de ses
aïeux), enfant de chœur vers 1928, précise qu'il existait
déjà un corbillard (à Villefagnan, le premier est acheté en
1900).
Cependant,
chaque aîné de la commune, dans sa prime jeunesse, a entendu
un aïeul parler de cette pierre, et le témoignage est resté. Avant
l'achat du corbillard au début du XXe siècle, le corps du
défunt était transporté de la même manière qu'à Tuzie,
depuis Marsillé (ou depuis Villeret) jusqu'au croisement de la
route de Marsillé avec celle de Longré. Là, le cercueil
était déchargé puis posé sur la "pierre aux
morts".

Il a fallu
de la ténacité pour que cette pierre ne soit pas détruite.
Certains
avaient même oublié son existence. Cependant, elle a été
conservée, et "repose" désormais sur la place de
l'église de Brettes, entre deux arbres, derrière le monument
aux morts. Et dans les autres paroisses ? |
| Il
en existait sans doute dans toutes les paroisses de la Charente,
au moins dans celles dont l'église desservait plusieurs
villages éloignés, comme à La Magdeleine, ou à Empuré.
Que
sont-elles devenues ? Nul doute que l'on va en découvrir
d'autres rapidement !
Le nom de
reposoir est également employé : sur ce reposoir, on posait le
Saint Sacrement les jours de procession.
Ces reposoirs se
situent parfois, comme en Bretagne, à proximité immédiate de
l'église. |
Aussi,
interrogeons-nous sur le rôle des pierres tombales situées
devant les églises, comme à La Magdeleine…
Les enterrements
civils (rares sans doute) évitaient cette étape.
Il faut
aussi se demander comment pratiquaient les familles
protestantes, lorsqu'elles ont été autorisées à enterrer
leurs morts dans le cimetière paroissial. Chez ces
protestants, la cérémonie religieuse se faisait au domicile du
défunt, avant de rejoindre le cimetière.
Saluons ceux
qui ont permis la sauvegarde de ces "pierres aux
morts" ! Voici, une nouvelle fois, la preuve que bien des
éléments de notre petit patrimoine, souvent insolites,
pourraient être rapidement oubliés en l'absence de
témoignages et d'actions de sauvetage comme celles que nous
venons de citer. |