| Accueil | Plan | Carte Monuments aux Morts | Carte communes | Villiers-le-Roux | ||||||
Le Monument aux Morts de Villiers-le-Roux |
||||||||||
|
||||||||||
Ils sont morts pour la France 1870 - 1871
1914 - 1918
1939 - 1945
ALGERIE
avec l'aimable autorisation d'Henri Gendreau "pour que survive la mémoire" un extrait du livre "Ruffec et les Ruffécois dans la guerre, de 1938 à 1945" par Henri Gendreau et Michel Regeon aux éditions La Péruse. La Résistance à Ruffec et dans le Ruffécois 1940-1942
: Autour de l'action des membres du Parti Communiste et sympathisants. Le
parti communiste français a été représenté à Ruffec dès sa
fondation en 1921 par une cellule, elle-même créée par un certain
Guinot, sabotier. René Moulignier, de la classe 17, qui vient d'être
démobilisé après plusieurs années de guerre, en est l'un des
premiers militants. Il
est sabotier et marchand de bois, de noyer surtout, bois indispensable
à la fabrication de sabots. En 1940, il devient responsable de la
cellule ruffécoise du PCF Dès le printemps de 1940, il entre en
relation avec Madeleine et Gustave Normand de Germeville, près
d'Aigre, qui deviendront un an plus tard des permanents du P.C.F.
clandestin. Par leur intermédiaire, il est chargé par les instances
nationales du parti de participer tous les quinze jours avec d'autres
militants à la distribution de tracts anti-nazis. Ces
tracts lui sont apportés de Paris par des agents de liaison munis
d'un « passe ». Par exemple, il s'agit de la deuxième
moitié d'une carte postale dont la première est déjà parvenue à
René Moulignier. Un
jour, il aide au déménagement, d'Angoulême à Bordeaux, d'un résistant
responsable départemental, Georges Beyer (alias Simon), qui lui remet
une machine à écrire. Simon parti, les contacts se poursuivent avec
Octave et Maria Rabaté, premiers responsables du P.C.F. en Charente
et Charente Maritime. En
1941, dans le Ruffécois, existent d'autres volontaires qui organisent
le combat contre les nazis. Ce sont Augustin Marchand, les époux
Sabourault et Aristide Gentil de Villiers-le-Roux ; Albert Ayrault de
Londigny ; Gilbert Banlier de Villiers-le-Roux également ; Fernand
Gendronneau et Pierre Dupont de Saint-Martin-du-Clocher et Raoul Hédiart
de Ruffec. René Moulignier transmet la machine à écrire (1) à
Raoul Sabourault qui est maçon et agent d'assurances et à son épouse
Berthe qui est coiffeuse. Le
travail de propagande anti-nazie peut donc maintenant s'organiser dans
le cadre de l'activité du « Front National de Lutte pour l'Indépendance
de la France », fondé par le P.C.F. dès juin 1941. Des évènements
tragiques vont aboutir, en février 1942, au démantèlement de ce réseau. D'après
le témoignage de René Moulignier lui-même, le dernier des agents de
liaison venu à Ruffec est arrêté dans le train. Le « passe »
est ainsi découvert, et les adresses des militants, arrachées sous
la torture. Raoul
Sabourault est né à Bernac le 24 novembre 1900. Son épouse Berthe
Fays est originaire de Villiers, où elle est née le 8 juin 1904. Dès
1940, Raoul et Berthe Sabourault, en liaison avec Georges Beyer du
Front National, acceptent d'organiser un groupe de membres du parti
communiste et sympathisants anti-nazis. En même temps, ils reçoivent
tracts et journaux et accueillent dans leur maison des responsables du
Front comme par exemple Octave Rabate. En 1941, Raoul Sabourault se
voit confier la mission d'organiser des groupes de francs tireur
partisans (F.T.P.F.). Le
21 février 1942, au matin, un homme se présente chez les époux
Sabourault, et se dit envoyé par la direction du P.C. Il possède le
«passe», sans doute une demi-page de catalogue. Malgré leur méfiance
- l'homme est sale, mal rasé – les Sabourault l'accueillent, le
nourrissent, lui font prendre un bain et Berthe qui est coiffeuse, le
coiffe et le rase. L'inconnu quitte les lieux dans la journée, à
destination d'Angoulême. Le
22 février, les brigades spéciales du commissaire David de Paris,
renforcées par des policiers charentais au service du gouvernement de
Vichy, viennent arrêter les époux Sabourault. Augustin Marchand est
arrêté le lendemain, son frère Emile, le surlendemain. Malgré une
fouille minutieuse des lieux, qui dure trois jours, les policiers ne
trouvent pas la machine à écrire, pas plus que les tracts et autres
documents compromettants, soigneusement cachés dans une ancienne crèche
transformée en cabane à lapins. Au cours de la rafle, Raoul Hédiart
est arrêté. Chez lui, les policiers découvrent une liste portant
les noms d'une cinquantaine de personnes de la région de Ruffec, amis
personnels, résistants, distributeurs de journaux clandestins et de
tracts, futurs participants aux actions militaires. Sous
les coups, Hédiart déclare que cette liste est celle clients de la
boucherie - la boucherie Mimaud - dans laquelle travaille. Simultanément,
René Moulignier est arrêté puis confronté avec Raoul Hédiart. A
son tour, il est roué de coups; il a alors l'idée de dire que les
noms de cette liste sont ceux de ses propres fournisseurs en bois.
C'est la contradiction... Les
coups redoublent et René Moulignier finit par avouer qu'il est le
seul auteur de la liste ; les personnes en cause étant celles
auxquelles, dit-il, il a fait parvenir de temps en temps par la poste
des tracts et des journaux. Désormais, il ne reste plus aux policiers
et aux gendarmes qu'à se rendre au domicile des «suspects»...
Ceux-ci vont connaître des sorts différents. Gilbert
Banlier se trouve à Villiers-le-Roux. Prévenu de l'arrestation des
époux Sabourault, il hésite d'abord à s'enfuir pour ne pas les
compromettre davantage. Cependant, lorsqu’il est informé des
arrestations d'Hédiart et de Moulignier, il quitte cette fois son
domicile et décide de passer avertir ses parents à
Saint-Martin-du-Clocher. Lorsqu'il se présente à la maison
paternelle, deux policiers sont déjà sur place. II ne doit son salut
qu'à son courage et à son esprit de décision. En
effet, pour leur échapper, il n'hésite pas à s’enfuir prestement
par une porte de l'arrière de la maison donnant sur les bois
d'alentour. Par
la suite, Gilbert Banlier créera et dirigera un maquis dans la région
de Pleuville, il deviendra capitaine de l'armée française. Il est en
outre chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur. Malheureusement,
son père Henri Banlier, est arrêté en représailles, ainsi que
d'autres résistants, à savoir : Albert Ayrault ; Pierre
Dupont ; Fernand Gendronneau et Aristide Gentil. Ces
arrestations se produisent à un moment crucial pour le mouvement de résistance
du P.C.F. En effet, les communistes et sympathisants travaillent alors
à l'organisation de groupes armés de francs tireurs et de saboteurs.
Elles vont ruiner pour un temps le travail entrepris puisque les
responsables au niveau départemental subissent le même sort, c'est-à-dire
Octave Rabate, Gustave et Madeleine Normand. Que
sont devenus les héros de cette tragédie ? -
Berthe Sabourault, disparaît dans l'enfer d'AuschwitzBirkenau, le 1er
avril 1943. -
Raoul Sabourault, meurt le 2 août 1944, dans cet autre enfer qu'était
Gusen, kommando de Mauthausen. Voici
un extrait du décret en date du 26 juin 1956 publié au J.O. du 3
juillet 1956 portant sa nomination dans l'ordre de la Légion
d'Honneur. «Article
1er : sont nommés dans l'ordre national de la Légion D'Honneur les
militaires dont les noms suivent : au grade de chevalier à titre
posthume -
Sabourault Raoul, lieutenant, organisateur de la résistance à Ruffec
(Charente) de 1940 à 1942, déploie de belles qualités de courage et
de mépris total du danger. En octobre 1941, est chargé de
l'organisation des FTPF en Charente. Il crée de nombreux groupes de
choc qui effectuent les premières actions de guerre contre l'ennemi. Arrêté
le 22 février 1942, il est déporté à Mauthausen et décède à
Gusen le 2 août 1944...[.] Ces
nominations comportent l'attribution de la Croix de Guerre avec palmes
à titre posthume. Signé:
le président du Conseil Guy Mollet, le Président de la République,
René Coty, le ministre de la Défense Nationale, Bourges-Maunoury, le
secrétaire d'Etat aux Forces Armées de Terre : Max Lejeune.» Par
l'intermédiaire d'un visiteur à la prison de la Santé, où il était
incarcéré, Raoul Sabourault peut clandestinement adresser cette
courte lettre à sa famille. Elle constitue un ultime et noble témoignage
de vie de Raoul Sabourault. «Chers
parents. Je suis à la veille du départ. Peut-être pour demain ou
bien après demain, mais en tout cas sous quelques jours.
Naturellement, destination inconnue. Depuis sept mois que je suis
considéré comme otage, je m'attends à tout, rien ne me surprendra.
Le moral est excellent, jamais il ne flanchera ; et c'est en toute
tranquillité que je prendrai connaissance des décisions qui me
seront appliquées... Quelles qu'elles soient : le Grand Voyage ou la
déportation. je les supporterai en vrai Français. Cependant
d'après certains bruits, ce serait réellement pour là déportation
. Sur cette dernière, il m'est absolument impossible de vous donner
le plus petit renseignement. J'en ignore la destination, les buts et
les conséquences. J'appartiens à une catégorie pour laquelle on
applique le secret le plus absolu. J'ai reçu votre colis et la
totalité de son contenu. Il en faudrait un par personne et par
semaine, encore serions nous loin d'être des costauds. Néanmoins, ma
santé est solide et j'ajoute même excellente. Selon des nouvelles
clandestines venant de l'extérieur, Berthe se trouverait quelque part
en Allemagne. Peut être vous serait-il possible, si la présente vous
parvient, de lui donner de mes nouvelles. Chaque jour nous rapproche
de la victoire et de la libération. Bonne
santé et bons baisers à tous. J'embrasse paternellement celui que je
n'oublie pas. Signé: Raoul.» -
Henri Banlier est mort à Mauthausen
le 19
mai 1943. -
Raoul Hédiart est fusillé au Mont Valérien le 21 septembre 1942. -
Gustave Normand, Pierre Dupont, Aristide Gentil sont également exécutés
le 2 octobre 1943. Dans
une autre lettre de Raoul Sabourault, jetée par la fenêtre de sa
prison, on peut lire l'extrait suivant concernant la fin de Raoul Hédiart : «...Mon
regretté ami et camarade Raoul a été admirable par sa conduite. Son
attitude avant et en face de la mort se compare à celle des héros.
Que son courage serve de vertu et d'exemple pour tous, et qu'il soit
rendu hommage à sa mémoire.» -
Madeleine Normand, à Auschwitz-Birkenau, est tuée à coups de
matraque par une gardienne ou « stubova », le 22 février
1943 ; -
Fernand Gendronneau, après de longues souffrances, libéré du Fort
de Romainville, meurt peu de temps après son retour ; -
Augustin Marchand, qu'aucune charge précise n'accuse est libéré. En
réalité, il est responsable local du P.C. Il
retrouve à son retour la fameuse machine à écrire. -
Son frère Emile Marchand, est soupçonné d'être le président de la
cellule locale du PC. Les policiers ont trouvé chez lui une liste qui
est reconnue, après enquête, comme étant composée uniquement d'adhérents
du syndicat de battage. Il est donc également libéré. -
Albert Ayrault est emprisonné à la prison du Cherche-Midi pendant de
longs mois. -
Enfin, René Moulignier est d'abord enfermé à la prison de la Santé,
où il reste les mains attachées derrière le dos durant quatre mois.
Il est finalement déporté le 1er mai 1943 vers le terrible camp de
Mauthausen. Libéré par les Américains, le 6 mai 1945, il retrouve
les siens après trois ans de très dures souffrances. René
Moulignier, décédé le 29 mars 1984, était chevalier de la Légion
d'Honneur, titulaire de la médaille de la Résistance et de la Médaille
Militaire. Son
fils aîné Yves, nous fait part de ses pensées concernant le
souvenir très émouvant qu'il garde de son père. «Dès
mon plus jeune âge, j'ai entendu mon grand-père et mon père s'élever
contre les idées du fascisme. Avec force, ils dénonçaient à chaque
occasion sa montée en Italie, puis en Allemagne. Lorsque Mussolini,
puis Hitler ont eu pris le pouvoir, des Italiens et des Allemands
furent contraints de quitter leur pays - comme la famille Scarrazzati
qui a habité la tuilerie de Verteuil et comme Walter Sterm, un
anti-fasciste qui mourut par la suite dans les Brigades
Internationales -, et sont venus se réfugier en France. Mon
père les accueillait à leur arrivée à la gare, alors qu'ils étaient
répartis en France par le P.C.F., tout comme les autres membres de
son organisation. Je
me souviens aussi que, durant la guerre d'Espagne, mon père a aidé
à trouver de la nourriture et des armes pour les républicains. Lors
de la débâcle de l'armée française, conscients des difficultés de
l'avenir, mon père et ses camarades avaient récupéré des armes
abandonnées et les avaient cachées en vue de combats futurs. A
différentes reprises, mon père fut chargé de faire passer des résistants
en zone libre. Un
jour s'est présenté chez nous, avec son épouse, un homme de forte
corpulence. Il possédait le « passe » de reconnaissance :
c'était Benoît Frachon, secrétaire général de la C.G.T.,
interdite à cette époque. Mon père, avec sa camionnette, les a
conduits dans la région de Cellefrouin où des résistants locaux ont
assuré le passage clandestin. J’étais
présent le 25 février 1942, au moment où la police secrète de
Vichy l’a arrêté dans notre maison familiale, route d’Aigre. Vers
onze heures, neufs policiers en civil ont cerné la maison, revolver
au poing. Mon père arrêté, la maison a été entièrement fouillée. Pendant
trois jours, à la mairie, puis à la gendarmerie, il a été interrogé
et torturé comme Raoul Hédiart arrêté trois jours avant lui. Pendant
sa détention à Paris, puis au camp de Mauthausen, nous n'avons eu
que très peu de nouvelles. Il utilisait au camp la complicité d'un déporté
espagnol qui, lui, avait le droit d'écrire. Par son intermédiaire,
nous recevions quelques brèves informations envoyées à des adresses
différentes. Nous
avons toujours gardé l'espoir insensé de le revoir. A la fin de mai
1945, nous avons appris par la radio la libération, le 5 du même
mois, du camp de Mauthausen. Le 25 mai, il retrouvait sa ville de
Ruffec, après des années de souffrances. Pendant
son horrible séjour, la solidarité humaine n'avait pas été complètement
absente. A Paris, au péril de sa vie, un gardien allemand
anti-fasciste lui apportait en cachette de la nourriture. A
Mauthausen, un autre gardien s'est interposé alors qu'on allait le
rouer de coups. Le
jumelage entre Ruffec et Waldsee a été approuvé avec intérêt par
mon père qui y voyait le moyen de rapprocher des peuples qui avaient
tant souffert, et de trouver enfin le chemin de la paix et de l'amitié.» Dans
le cadre de la Résistance organisée par le parti Communiste avec le
Front National, il faut mentionner l'arrestation de patriotes de Courcôme,
donc dans l'environnement immédiat de Ruffec. Michel,
premier chef des FTP de la Charente, blessé et poursuivi par la
police de Pétain, s'est réfugié chez Henri Cadier, artisan
menuisier à Courcôme. C'est là qu'il est arrêté en décembre
1942. Le
20 février 1943, Henri (lire Hyppolite) Cadier est pris à son tour,
et un peu plus tard deux de ses amis du réseau : Abel Imbert et
Georges Bourdareau (lire Bordaraud). Ils sont déportés tous les
trois. Seul Abel Imbert revient de Mauthausen. Quant à René Michel,
il est fusillé le 5 mai 1943, au camp de la Braconne. (1) La « femme de ménage » de la famille Sabourault, Madeleine Labarde de Pioussay, reproduisait les tracts venus de Paris à l'aide de la machine à écrire, envoyée par Georges Beyer et apportée par René Moulignier. Les tracts étaient multipliés au moyen d'une machine à ronéotyper. Ces
tracts étaient de deux sortes : ceux qui reproduisaient les documents
envoyés par les instances nationales du « Front National de
Lutte pour l'Indépendance de la France » ; et les tracts rédigés
à partir de messages transmis de bouche à oreille. (d'après le témoignage
de Georges Sabourault, neveu de Raoul Sabourault et de Berthe
Sabourault).
On peut aussi consulter le livre de Raymond Tabourdeau : Carnet de route, résistance Mellois, Civraisis, Ruffécois, maquis Le Docteur, Maquis Jean-Paul. (1987) |
||||||||||
|
|
||||||||||
| Accueil | Plan | Carte communes | Villiers-le-Roux | Haut de page | ||||||