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Le Monument aux Morts de Villiers-le-Roux

Ce monument a été érigé en 1921 ?.

Le monument aux morts ne sera érigé qu'en 1947 ou 1948, il porte une Croix de Lorraine. Aucune mention ne figure sur le registre de délibérations de la mairie.

Morts pour la France

 La mention « Mort pour la France » fut créée par la loi du 2 juillet 1915 modifiée par la loi du 28 février 1922. La loi du 29 décembre 1915 donne droit à la sépulture perpétuelle aux frais de l'Etat aux militaires « Morts pour la France » pendant la guerre.

L'attribution de la mention « Mort pour la France » est une opération relative à l'état civil, qui fait l'objet des articles L 488 à L 492 bis du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre.

Les membres des forces armées françaises tués au combat, morts des suites de maladies contractées ou d'accidents survenus en service commandé ont droit à cette distinction, de même que les prisonniers de guerre décédés dans les mêmes circonstances.

 

Villiers-le-Roux

"Le dimanche 24 octobre 1920, une séance théâtrale a été donnée par l’Union Sportive et les poilus de Villiers-le-Roux en vue de l’érection d’un monuments aux morts de la guerre.

Cette fête a eu lieu dans un local discrètement décoré, spectateurs et spectatrices ont chaleureusement applaudi les jeunes artistes. Le piano a été tenu de façon magistrale par Mlle X qui avait bien voulu donner son concours à cette petite fête."

Un témoin. Le journal de Ruffec du dimanche 31 octobre 1920

Plaque apposée dans l'église.

Plaque apposée sur le Monument aux Morts.

Chaque année, la commune de Villiers-le-Roux perpétue devant le monument aux morts des cérémonies pour renouveler le souvenir de ses anciens combattants et de ses deux enfants déportés :

La population y vient nombreuse accompagner les drapeaux des anciens combattants, prisonniers et déportés. Histoire de ces déportés en bas de page ou en cliquant sur ce lien.

Ils sont morts pour la France

1870 - 1871

  • Le 16 août 1870, Jean Hector DROUHAUD, soldat au 97e de ligne, disparu à Rezonville.

1914 - 1918

  • Le 28 août 1914, Henri Marcelin Louis BOUDAULT, 27 ans, né le 18 avril 1887 à Château-Larcher (Viennne), soldat au 307e Régiment d'Infanterie, tué à l'ennemi à Moislains (Somme) - jugement du 2 mars 1921 à Ruffec transcrit le 10 mars 1921 à Villefagnan. (Pas inscrit dans le livre d'or, à Château-Larcher ?).

  • Le 23 décembre 1914, Alexandre BONNAUD, 23 ans, né le 22 janvier 1891 (à Avoine en Indre-et-Loire selon SGA mais il ne figure pas sur les registres de cette commune), instituteur, fils d'Alexandre Bonnaud (instituteur en retraite à Villiers-le-Roux où il est né le 28/2/1865 et décédé le 6 mars 1919 - ancien directeur d'école à La Haye-Descartes (37)) et de Hélène Billaudeau - Alexandre BONNAUD est aussi le neveu de Charles Bonnaud, instituteur à Reignac (37) -, matricule 4.167 classe 1911, n° 1374 au recrutement à Le Blanc (36), Sergent-Major au 135e Régiment d'Infanterie, mort à Vlamertinghe (Belgique) des suites de ses blessures de guerre reçues dans les tranchées de Zillebeke - retranscrit à La Haye-Descartes (37) le 29 mars 1916 mais les registres de cette commune n'en possèdent aucune trace - retour du corps le 3 juillet 1922 en gare de Ruffec. (Pas inscrit dans le livre d'or, normal car résidant en Indre-et-Loire).

  • Le 29 juin 1915, Auguste Louis Alphonse BOURON, 29 ans, né le 17 octobre 1886 à Venansault (Vendée), fils de Charles Aimé Bouron et Adèle Sampine, soldat au 125e Régiment d'Infanterie, tué à l'ennemi à Neuville-Saint-Vast (Pas-de-Calais) - transcrit à Villiers-le-Roux le 15 septembre 1915 - inhumé au cimetière militaire "Ecoivre Military Cimetery" (Pas-de-Calais) en tombe individuelle rangée 16, n° 595. Inscrit dans le livre d'or.

  • Le 25 novembre 1914, Samuel FAYS, 33 ans, né à Villiers-le-Roux le 27 mai 1881, fils de Thomas Fays, et Jeanne Couturier, époux de Marie-Louise Gagnadoux, cultivateur, soldat au 107e Régiment d'Infanterie, mort pour la France le 25 novembre 1914 à Jonchery (Marne) - jugement du 24 juin 1920 à Ruffec, transcrit le 17 juillet 1920 à Villiers-le-Roux. Inscrit dans le livre d'or.

  • Le 14 avril 1917, Corenthin  FAYS, 20 ans, né le 17 septembre 1897 à Villiers-le-Roux, fils de Henri Fays et Clémence Roland, n° 1597 au recrutement d'Angoulême, soldat à la 6e compagnie du 121 Régiment d'Infanterie, mort d'une plaie à l'abdomen par éclat d'obus à l'ambulance 6/19 à Cugny (Aisne) - retour du corps en gare de Ruffec le mercredi 16 novembre 1921 - transcrit à Villiers-le-roux le 3 juillet 1917. Inscrit dans le livre d'or.

  • Le 28 février 1916, Octave GAVALLET, 25 ans, né le 20 juillet 1891 à La Chèvrerie, fils de Jean Gavallet et Marie Meunier, matricule 1800, soldat trompette au 21e Régiment de chasseurs, tué à l'ennemi à Roclincourt (Pas-de-Calais) - transcrit à Villiers-le-Roux le 1er mai 1916. Inhumé à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais), nécropole nationale "Notre-Dame-de-Lorette", tombe individuelle n°12658, carré n°63, rang n°4. Inscrit dans le livre d'or.

  • Le 11 avril 1915, Charles Fernand GIRE, 21 ans, né le 15 juillet 1894 à Villiers-le-Roux, fils de Charles Gire et Marie-Léopoldine Gachard, soldat au 44e Régiment d'Infanterie, mort de maladie au camp de Niederzivehren (Viderzurhrm) en Allemagne - transcrit le 19 mars 1916 à Villiers-le-Roux. Inhumé à Sarrebourg (Moselle) à la Nécropole nationale "prisonniers de guerre 1914-1918" tombe individuelle n°380. Inscrit dans le livre d'or.

  • Le 28 octobre 1914, Pierre Auguste LAFOND, 16 ans, né le 16 octobre 1888 à Villiers-le-Roux, fils de Cyprien Lafond et de Julie Texier, époux de Clémence Pannetier, employé de chemins de fer à Saintes (17), soldat au 125e Régiment d'Infanterie, mort des suites de ses blessures de guerre à Ypres (Belgique) - transcrit le 23 août 1916 à Saintes (17). (Inscrit dans le livre d'or de Saintes ?).

  • Le 19 juillet 1918, Marcellin LACOUTURE, 29 ans, né le 18 octobre 1889 à Villiers-le-Roux, fils de Célestin Lacouture et Marie Zelda Marchand, Sergent au 35e Régiment d'Infanterie, tué à l'ennemi au Bois de Sourton (Marne) - transcrit le 5 décembre 1918 à Villiers-le-Roux. Inhumé à la nécropole nationale "Prieuré de Binson" à Catillon-sur-Marne (Marne) en tombe individuelle n° 329. Inscrit dans le livre d'or.

  • Le 28 juin 1918, Maximin MACHET, 21 ans, né le 12 février 1897 à Villiers-le-Roux, soldat au 418e Régiment d'Infanterie, tué à l'ennemi à Saint-Pierre-Aigle (Aisne) - jugement du 18 janvier 1922 à Ruffec ; transcrit le 30 janvier 1922 à Villiers-le-Roux. (Oublié dans le livre d'Or).

  • Le 15 avril 1917, Henri MOLLIER, 36 ans, né le 22 mars 1881 à Villiers-le-Roux, fils de Auguste Mollier et Marie Landré,  n° 68 au recrutement d'Angoulême, soldat à la 2e compagnie du 23e Régiment d'Infanterie Coloniale, mort des suites de blessures de guerre à l'ambulance 237 E-N-E à Soissons (Aisne) - transcrit le 3 juillet 1917 à Villiers-le-Roux. Inscrit dans le livre d'or.

  • Le 16 février 1916, François PELOURDE, 32 ans, né le 7 juillet 1884 à Sonneville, canton de Rouillac, fils de Jean Pelourde (instituteur en retraite) et de Rosalie Talbot demeurant à Villiers-le-Roux, préparateur au Muséum, docteur en sciences, lauréat de l'Institut, demeurait à Paris 27 rue Linné, décédé au domicile de ses parents.

  • Le 2 mai 1916, Alphonse PELLEVOIZIN, 42 ans, né le 6 décembre 1874 à Gournay (79), fils de Jean Pellevoin et Marie Pouilloux (Gournay), époux de Léonie Gilbert, soldat au 268e Régiment d'Infanterie, 17e compagnie, mort de ses blessures de guerre à Solvange (Meuse) - transcrit à Villiers-le-Roux le 4 mars 1917. Inhumé à la nécropole nationale "Les Islettes", commune Les Islettes (Meuse) en tombe individuelle n° 458. Inscrit dans le livre d'or.

  • Le 31 août 1914, Eugène RAFFOUX, 29 ans, né le 2 décembre 1885 à Villiers-le-Roux, fils de Pierre Raffoux et Marie Lambert, époux de Alexandrine Berthe Auvin, cultivateur, soldat au 107e Régiment d'Infanterie, tué à l'ennemi à Montgond (Ardennes) - jugement du 24 juin 1920 à Ruffec ; transcrit le 17 juillet 1920 à Villiers-le-Roux. Inscrit dans le livre d'or.

  • Le 15 novembre 1918, Henri Aimé Albin THOMAS, 33 ans, né le 31 août 1885 à Embourie, fils de Henri Thomas et Marie Sautrot, époux de Emma Brunet, classe 1905 n°45 au recrutement à Angoulême, Sergent au 307e Régiment d'Infanterie, 22e compagnie, mort à l'hôpital temporaire n°15 annexe du Sacré-Cœur à Poitiers des suites de ses blessures de guerre - transcrit à Villiers-le-Roux son domicile le 31 décembre 1918. Inscrit dans le livre d'or.

1939 - 1945

  • le 2 février 1940, Sergent Jean Henri André POURAGEAUD, né le 16 juin 1916 à Airvault (79), célibataire, fils de Eugène Célestin Pourageaud et Augustine Gagnadoux, Sergent au 127e Régiment d'Infanterie 693, immatriculé au n0 648 au recrutement d'Angoulême, Mort pour la France, décédé sur le champ de bataille à Tettuchen (Moselle), route de Berviller Marton, tournant cote 254.2  -  transcrit à Villiers-le-Roux le 22 avril 1940. 

  • le 31 mai 1940, Caporal Arthur FAYS, né le 9 janvier 1919 à Villiers-le-Roux de Célina Fays, soldat au 7e RD porté, Mort pour la France tué par balle à Cempuis (Oise).

  • le 15 décembre 1944, Sergent FFI Raymond MACHET, 22 ans, né le 28 décembre 1922 à Villiers-le-Roux, sergent au Maquis FOCH, 123e RI, tombé  au Gué-d'Alleré (17) - combat de la poche de La Rochelle.

  • le 7 août 1944, Marcel CARDIN, né le 2 décembre 1913 à Villegats (16), fils de Aimé Cardin et Marie Pommier, époux de Marcelle Bard, Quartier-maître de 1ère classe,  canonnier, décédé à Bassens (33) - acte de décès transcrit à Villiers-le-Roux le 9 septembre 1944.

  • le 2 octobre 1943, Aristide Jean GENTIL, né le 30 avril 1910 à La Chèvrerie, fils de François Gentil et Françoise Massiot, époux de Thérèse Emilienne Michaud, ouvrier agricole, résidait à Poussabé, fusillé au Mont Valérien à Paris après incarcération à Romainville - transcrit à Villiers-le-Roux le 24 mars 1944.

  • le 1er avril 1943, Berthe Célina SABOURAULT, née Fays le 8 juin 1904 à Villiers-le-Roux (Charente), déportée au camp d'Auschwitz (Pologne) par le convoi du 24 janvier 1943, morte au camp d'Auschwitz (Pologne), matricule F 31683. J.O n° 22 du 27/01/1998 page 1259. Voir ce site où figure sa photo : http://www.memoire-vive.ibretagne.net/FR/resistante.php?REF=61

  • le 2 août 1944, Raoul Léandre SABOURAULT,  né le 24 novembre 1900 à Bernac (Charente), mort au camp de Güsen, commando de Mauthausen (Autriche) - J.O n° 22 du 27/01/1998 page 1259.

ALGERIE

  • Le 14 novembre 1957, Max FAYS, né le 10 septembre 1935, mort en Algérie.


Histoire des époux Sabourault

avec l'aimable autorisation d'Henri Gendreau "pour que survive la mémoire" un extrait du livre "Ruffec et les Ruffécois dans la guerre, de 1938 à 1945" par Henri Gendreau et Michel Regeon aux éditions La Péruse.

La Résistance à Ruffec et dans le Ruffécois

1940-1942 : Autour de l'action des membres du Parti Communiste et sympathisants. 

Le parti communiste français a été représenté à Ruffec dès sa fondation en 1921 par une cellule, elle-même créée par un certain Guinot, sabotier. René Moulignier, de la classe 17, qui vient d'être démobilisé après plusieurs années de guerre, en est l'un des premiers militants.

Il est sabotier et marchand de bois, de noyer surtout, bois indispensable à la fabrication de sabots. En 1940, il devient responsable de la cellule ruffécoise du PCF Dès le printemps de 1940, il entre en relation avec Madeleine et Gustave Normand de Germeville, près d'Aigre, qui deviendront un an plus tard des permanents du P.C.F. clandestin. Par leur intermédiaire, il est chargé par les instances nationales du parti de participer tous les quinze jours avec d'autres militants à la distribution de tracts anti-nazis. 

Ces tracts lui sont apportés de Paris par des agents de liaison munis d'un « passe ». Par exemple, il s'agit de la deuxième moitié d'une carte postale dont la première est déjà parvenue à René Moulignier.

Un jour, il aide au déménagement, d'Angoulême à Bordeaux, d'un résistant responsable départemental, Georges Beyer (alias Simon), qui lui remet une machine à écrire. Simon parti, les contacts se poursuivent avec Octave et Maria Rabaté, premiers responsables du P.C.F. en Charente et Charente Maritime.

En 1941, dans le Ruffécois, existent d'autres volontaires qui organisent le combat contre les nazis. Ce sont Augustin Marchand, les époux Sabourault et Aristide Gentil de Villiers-le-Roux ; Albert Ayrault de Londigny ; Gilbert Banlier de Villiers-le-Roux également ; Fernand Gendronneau et Pierre Dupont de Saint-Martin-du-Clocher et Raoul Hédiart de Ruffec. René Moulignier transmet la machine à écrire (1) à Raoul Sabourault qui est maçon et agent d'assurances et à son épouse Berthe qui est coiffeuse.

Le travail de propagande anti-nazie peut donc maintenant s'organiser dans le cadre de l'activité du « Front National de Lutte pour l'Indépendance de la France », fondé par le P.C.F. dès juin 1941. Des évènements tragiques vont aboutir, en février 1942, au démantèlement de ce réseau.

D'après le témoignage de René Moulignier lui-même, le dernier des agents de liaison venu à Ruffec est arrêté dans le train. Le « passe » est ainsi découvert, et les adresses des militants, arrachées sous la torture.

Raoul Sabourault est né à Bernac le 24 novembre 1900. Son épouse Berthe Fays est originaire de Villiers, où elle est née le 8 juin 1904. Dès 1940, Raoul et Berthe Sabourault, en liaison avec Georges Beyer du Front National, acceptent d'organiser un groupe de membres du parti communiste et sympathisants anti-nazis. En même temps, ils reçoivent tracts et journaux et accueillent dans leur maison des responsables du Front comme par exemple Octave Rabate. En 1941, Raoul Sabourault se voit confier la mission d'organiser des groupes de francs tireur partisans (F.T.P.F.).

Le 21 février 1942, au matin, un homme se présente chez les époux Sabourault, et se dit envoyé par la direction du P.C. Il possède le «passe», sans doute une demi-page de catalogue. Malgré leur méfiance - l'homme est sale, mal rasé – les Sabourault l'accueillent, le nourrissent, lui font prendre un bain et Berthe qui est coiffeuse, le coiffe et le rase. L'inconnu quitte les lieux dans la journée, à destination d'Angoulême.

Le 22 février, les brigades spéciales du commissaire David de Paris, renforcées par des policiers charentais au service du gouvernement de Vichy, viennent arrêter les époux Sabourault. Augustin Marchand est arrêté le lendemain, son frère Emile, le surlendemain. Malgré une fouille minutieuse des lieux, qui dure trois jours, les policiers ne trouvent pas la machine à écrire, pas plus que les tracts et autres documents compromettants, soigneusement cachés dans une ancienne crèche transformée en cabane à lapins. Au cours de la rafle, Raoul Hédiart est arrêté. Chez lui, les policiers découvrent une liste portant les noms d'une cinquantaine de personnes de la région de Ruffec, amis personnels, résistants, distributeurs de journaux clandestins et de tracts, futurs participants aux actions militaires.

Sous les coups, Hédiart déclare que cette liste est celle clients de la boucherie - la boucherie Mimaud - dans laquelle travaille.

Simultanément, René Moulignier est arrêté puis confronté avec Raoul Hédiart.

A son tour, il est roué de coups; il a alors l'idée de dire que les noms de cette liste sont ceux de ses propres fournisseurs en bois. C'est la contradiction...

Les coups redoublent et René Moulignier finit par avouer qu'il est le seul auteur de la liste ; les personnes en cause étant celles auxquelles, dit-il, il a fait parvenir de temps en temps par la poste des tracts et des journaux. Désormais, il ne reste plus aux policiers et aux gendarmes qu'à se rendre au domicile des «suspects»... Ceux-ci vont connaître des sorts différents.

Gilbert Banlier se trouve à Villiers-le-Roux. Prévenu de l'arrestation des époux Sabourault, il hésite d'abord à s'enfuir pour ne pas les compromettre davantage. Cependant, lorsqu’il est informé des arrestations d'Hédiart et de Moulignier, il quitte cette fois son domicile et décide de passer avertir ses parents à Saint-Martin-du-Clocher. Lorsqu'il se présente à la maison paternelle, deux policiers sont déjà sur place. II ne doit son salut qu'à son courage et à son esprit de décision.

En effet, pour leur échapper, il n'hésite pas à s’enfuir prestement par une porte de l'arrière de la maison donnant sur les bois d'alentour.

Par la suite, Gilbert Banlier créera et dirigera un maquis dans la région de Pleuville, il deviendra capitaine de l'armée française. Il est en outre chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur. Malheureusement, son père Henri Banlier, est arrêté en représailles, ainsi que d'autres résistants, à savoir : Albert Ayrault ; Pierre Dupont ; Fernand Gendronneau et Aristide Gentil.

Ces arrestations se produisent à un moment crucial pour le mouvement de résistance du P.C.F. En effet, les communistes et sympathisants travaillent alors à l'organisation de groupes armés de francs tireurs et de saboteurs. Elles vont ruiner pour un temps le travail entrepris puisque les responsables au niveau départemental subissent le même sort, c'est-à-dire Octave Rabate, Gustave et Madeleine Normand.

Que sont devenus les héros de cette tragédie ?

- Berthe Sabourault, disparaît dans l'enfer d'AuschwitzBirkenau, le 1er avril 1943.

- Raoul Sabourault, meurt le 2 août 1944, dans cet autre enfer qu'était Gusen, kommando de Mauthausen.

Voici un extrait du décret en date du 26 juin 1956 publié au J.O. du 3 juillet 1956 portant sa nomination dans l'ordre de la Légion d'Honneur.

«Article 1er : sont nommés dans l'ordre national de la Légion D'Honneur les militaires dont les noms suivent : au grade de chevalier à titre posthume

- Sabourault Raoul, lieutenant, organisateur de la résistance à Ruffec (Charente) de 1940 à 1942, déploie de belles qualités de courage et de mépris total du danger. En octobre 1941, est chargé de l'organisation des FTPF en Charente. Il crée de nombreux groupes de choc qui effectuent les premières actions de guerre contre l'ennemi.

Arrêté le 22 février 1942, il est déporté à Mauthausen et décède à Gusen le 2 août 1944...[.]

Ces nominations comportent l'attribution de la Croix de Guerre avec palmes à titre posthume.

Signé: le président du Conseil Guy Mollet, le Président de la République, René Coty, le ministre de la Défense Nationale, Bourges-Maunoury, le secrétaire d'Etat aux Forces Armées de Terre : Max Lejeune.»

Par l'intermédiaire d'un visiteur à la prison de la Santé, où il était incarcéré, Raoul Sabourault peut clandestinement adresser cette courte lettre à sa famille. Elle constitue un ultime et noble témoignage de vie de Raoul Sabourault.

«Chers parents. Je suis à la veille du départ. Peut-être pour demain ou bien après demain, mais en tout cas sous quelques jours. Naturellement, destination inconnue. Depuis sept mois que je suis considéré comme otage, je m'attends à tout, rien ne me surprendra. Le moral est excellent, jamais il ne flanchera ; et c'est en toute tranquillité que je prendrai connaissance des décisions qui me seront appliquées... Quelles qu'elles soient : le Grand Voyage ou la déportation. je les supporterai en vrai Français.

Cependant d'après certains bruits, ce serait réellement pour là déportation . Sur cette dernière, il m'est absolument impossible de vous donner le plus petit renseignement. J'en ignore la destination, les buts et les conséquences. J'appartiens à une catégorie pour laquelle on applique le secret le plus absolu. J'ai reçu votre colis et la totalité de son contenu. Il en faudrait un par personne et par semaine, encore serions nous loin d'être des costauds. Néanmoins, ma santé est solide et j'ajoute même excellente. Selon des nouvelles clandestines venant de l'extérieur, Berthe se trouverait quelque part en Allemagne. Peut être vous serait-il possible, si la présente vous parvient, de lui donner de mes nouvelles. Chaque jour nous rapproche de la victoire et de la libération.

Bonne santé et bons baisers à tous. J'embrasse paternellement celui que je n'oublie pas. Signé: Raoul.»

- Henri Banlier est mort à Mauthausen le 19 mai 1943.

- Raoul Hédiart est fusillé au Mont Valérien le 21 septembre 1942.

- Gustave Normand, Pierre Dupont, Aristide Gentil sont également exécutés le 2 octobre 1943.

Dans une autre lettre de Raoul Sabourault, jetée par la fenêtre de sa prison, on peut lire l'extrait suivant concernant la fin de Raoul Hédiart :

«...Mon regretté ami et camarade Raoul a été admirable par sa conduite. Son attitude avant et en face de la mort se compare à celle des héros. Que son courage serve de vertu et d'exemple pour tous, et qu'il soit rendu hommage à sa mémoire.»

- Madeleine Normand, à Auschwitz-Birkenau, est tuée à coups de matraque par une gardienne ou « stubova », le 22 février 1943 ;

- Fernand Gendronneau, après de longues souffrances, libéré du Fort de Romainville, meurt peu de temps après son retour ;

- Augustin Marchand, qu'aucune charge précise n'accuse est libéré. En réalité, il est responsable local du P.C.

Il retrouve à son retour la fameuse machine à écrire.

- Son frère Emile Marchand, est soupçonné d'être le président de la cellule locale du PC. Les policiers ont trouvé chez lui une liste qui est reconnue, après enquête, comme étant composée uniquement d'adhérents du syndicat de battage. Il est donc également libéré.

- Albert Ayrault est emprisonné à la prison du Cherche-Midi pendant de longs mois.

- Enfin, René Moulignier est d'abord enfermé à la prison de la Santé, où il reste les mains attachées derrière le dos durant quatre mois. Il est finalement déporté le 1er mai 1943 vers le terrible camp de Mauthausen. Libéré par les Américains, le 6 mai 1945, il retrouve les siens après trois ans de très dures souffrances.

René Moulignier, décédé le 29 mars 1984, était chevalier de la Légion d'Honneur, titulaire de la médaille de la Résistance et de la Médaille Militaire.

Son fils aîné Yves, nous fait part de ses pensées concernant le souvenir très émouvant qu'il garde de son père.

«Dès mon plus jeune âge, j'ai entendu mon grand-père et mon père s'élever contre les idées du fascisme. Avec force, ils dénonçaient à chaque occasion sa montée en Italie, puis en Allemagne. Lorsque Mussolini, puis Hitler ont eu pris le pouvoir, des Italiens et des Allemands furent contraints de quitter leur pays - comme la famille Scarrazzati qui a habité la tuilerie de Verteuil et comme Walter Sterm, un anti-fasciste qui mourut par la suite dans les Brigades Internationales -, et sont venus se réfugier en France.

Mon père les accueillait à leur arrivée à la gare, alors qu'ils étaient répartis en France par le P.C.F., tout comme les autres membres de son organisation.

Je me souviens aussi que, durant la guerre d'Espagne, mon père a aidé à trouver de la nourriture et des armes pour les républicains.

Lors de la débâcle de l'armée française, conscients des difficultés de l'avenir, mon père et ses camarades avaient récupéré des armes abandonnées et les avaient cachées en vue de combats futurs.

A différentes reprises, mon père fut chargé de faire passer des résistants en zone libre.

Un jour s'est présenté chez nous, avec son épouse, un homme de forte corpulence. Il possédait le « passe » de reconnaissance : c'était Benoît Frachon, secrétaire général de la C.G.T., interdite à cette époque. Mon père, avec sa camionnette, les a conduits dans la région de Cellefrouin où des résistants locaux ont assuré le passage clandestin.

J’étais présent le 25 février 1942, au moment où la police secrète de Vichy l’a arrêté dans notre maison familiale, route d’Aigre.

Vers onze heures, neufs policiers en civil ont cerné la maison, revolver au poing. Mon père arrêté, la maison a été entièrement fouillée.

Pendant trois jours, à la mairie, puis à la gendarmerie, il a été interrogé et torturé comme Raoul Hédiart arrêté trois jours avant lui.

Pendant sa détention à Paris, puis au camp de Mauthausen, nous n'avons eu que très peu de nouvelles. Il utilisait au camp la complicité d'un déporté espagnol qui, lui, avait le droit d'écrire. Par son intermédiaire, nous recevions quelques brèves informations envoyées à des adresses différentes.

Nous avons toujours gardé l'espoir insensé de le revoir. A la fin de mai 1945, nous avons appris par la radio la libération, le 5 du même mois, du camp de Mauthausen. Le 25 mai, il retrouvait sa ville de Ruffec, après des années de souffrances.

Pendant son horrible séjour, la solidarité humaine n'avait pas été complètement absente. A Paris, au péril de sa vie, un gardien allemand anti-fasciste lui apportait en cachette de la nourriture. A Mauthausen, un autre gardien s'est interposé alors qu'on allait le rouer de coups.

Le jumelage entre Ruffec et Waldsee a été approuvé avec intérêt par mon père qui y voyait le moyen de rapprocher des peuples qui avaient tant souffert, et de trouver enfin le chemin de la paix et de l'amitié.»

Dans le cadre de la Résistance organisée par le parti Communiste avec le Front National, il faut mentionner l'arrestation de patriotes de Courcôme, donc dans l'environnement immédiat de Ruffec.

Michel, premier chef des FTP de la Charente, blessé et poursuivi par la police de Pétain, s'est réfugié chez Henri Cadier, artisan menuisier à Courcôme. C'est là qu'il est arrêté en décembre 1942.

Le 20 février 1943, Henri (lire Hyppolite) Cadier est pris à son tour, et un peu plus tard deux de ses amis du réseau : Abel Imbert et Georges Bourdareau (lire Bordaraud). Ils sont déportés tous les trois. Seul Abel Imbert revient de Mauthausen. Quant à René Michel, il est fusillé le 5 mai 1943, au camp de la Braconne.

(1) La « femme de ménage » de la famille Sabourault, Madeleine Labarde de Pioussay, reproduisait les tracts venus de Paris à l'aide de la machine à écrire, envoyée par Georges Beyer et apportée par René Moulignier. Les tracts étaient multipliés au moyen d'une machine à ronéotyper.

Ces tracts étaient de deux sortes : ceux qui reproduisaient les documents envoyés par les instances nationales du « Front National de Lutte pour l'Indépendance de la France » ; et les tracts rédigés à partir de messages transmis de bouche à oreille. (d'après le témoignage de Georges Sabourault, neveu de Raoul Sabourault et de Berthe Sabourault).

 

On peut aussi consulter le livre de Raymond Tabourdeau : Carnet de route, résistance Mellois, Civraisis, Ruffécois, maquis Le Docteur, Maquis Jean-Paul. (1987)

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