|
Salles
tient probablement son nom de La Salle : salle où se rendait la justice. La paroisse
dépendait de l'ancien diocèse de Poitiers. Le prieuré Saint-Martin
dont le prieur
était seigneur de Salles relevait de l'abbaye de Nanteuil-en-Vallée,
abbaye bénédictine, fondée au VIIIe siècle à l'emplacement d'un
sanctuaire plus ancien.
Les
bâtiments subsistants possèdent une partie datée du XVIe siècle
(écusson 1583).
Le
prieuré Saint-Martin, fondé par des moines bénédictins de l’abbaye
de Nanteuil, est devenu le siège d’une exploitation agricole dès la
fin XVIe siècle jusqu'en 1960. En 1995, le Club Marpen (chantiers-école
du Patrimoine) acquière le prieuré et se lance dans sa réhabilitation.
L’ambition du club Marpen est d’y développer une halte jacquaire
pour l’hébergement des pèlerins, puisque ce prieuré se situe sur
l’une des voies charentaises qui mènent à Compostelle, et d’y
accueillir les scolaires lors des séjours organisés dans le cadre des
"classes patrimoine et culturelles".

Stage
après stage, le club Marpen redonne au prieuré sa beauté d'antan
L'abbaye de Nanteuil,
dont le prieuré de Salles est un membre dépendant, a été fondée
et dotée par Charlemagne décédé en 814. Les prieurs étaient
anciennement des religieux détachés et envoyés par les abbés et
supérieurs des monastères pour administrer les paroisses et
seigneuries dépendantes des abbayes et monastères.
L'église
était partagée par la paroisse et le prieuré voisin. Ce prieuré
occupé par un prieur et deux religieux était d'un revenu de 500
livres. L'abbé de Nanteuil
avait
la collation de l'église: nommait les prêtres.
1419
: Pierre Broussard, prieur de Salles, fait aveu de son prieuré à
Monseigneur le duc D'Orléans, administrateur de son frère M. le comte
d'Engoulesme et figure dans un acte de 1439.
1470
: Jehan Bonin, prieur de Salles, acquiert de Jehan de Volluyre seigneur
de Ruffec, le droit de péage dans un lieu nommé le Gué-au-Berton,
près Courcôme, moyennant "la somme de 60 écus d'or neufs, du
coign du Roy nostre seigneur, chacune pièce valant 27 sols 6 deniers
tournoys, monnaie courante". Sur cette somme, le vendeur avait
reçu 10 escus d'or, reste 20 escus d'or, "pour la vendition,
livraison et bailhète d'une acquenée blanche" que le prieur lui
avait précédemment cédée.
1477
: Mathurin de la Tour, prieur de Salles.
En
1479, cet acte : Aimar Prévost, chevalier , seigneur de Touchimbert,
"pour sa terre de Toucheymbert, sauf l'hostel fort et le bois et
garenne y joignant".
L'abbé
Clériot curé de Salles indique que l'année 1709 fut terrible. Elle
causa la mort de plusieurs personnes et d'un très grand nombre
d'animaux. La neige tomba en abondance et tint presque tout le mois de
janvier. Il fit un froid si piquant et si violent qu'il gelait dans
toutes les maisons, non seule- ment le pain et le vin, mais aussi les
poules et les petits oiseaux. On trouvait dans la campagne des lièvres,
des lapins, des perdrix morts. Les noyers et autres arbres, les blés
ont été gelés, ce qui causa une famine terrible.
Vers la fin du XVIIIe siècle
l'Abbaye
de Nanteuil déclinait. "Au XVIIIe siècle, la décadence de
l'abbaye était complète ; les prieurés mis eux-mêmes en commende
ou usurpés, n'étaient plus rattachés par aucun lien à la maison-
mère...".
Le 10 octobre
1770, pour l'abbaye de Nanteuil "la messe était dite".
L'évêque de Poitiers, Martial-Louis Beaupoil de Saint Aulaire
signait à Paris le décret d'extinction et de suppression.
Autres
fiefs :
Prévost de Sansac de Touchimbert
Famille
de l'Angoumois et du Poitou qui trouve son origine vers
Nanteuil-en- Vallée. On la trouve au milieu du XIIe à
Aizecq et à Salles. Mas le château de Touchimbert
n'existe plus.
|

|
Les
Prévost portaient : « d'argent
à deux fasces de sable accompagnées de six merlettes
de même posées 3, 2 et 1. »
NOTA
: la merlette est un petit oiseau vu de profil sans
pieds ni bec. Pour certains, les Merlettes évoquent des
ennemis vaincus et défaits. Ainsi,
lorsqu'elles sont de gueules, elles figurent
l’ennemi tué sur le champ de bataille.
Et
quand elles sont de sable, il s'agit de l’ennemi en
captivité.
Pour d’autres, elles évoquent les croisades. Le bec
et les pattes coupées marquent les blessures reçues au
combat. Enfin, d’autres encore pensent que cette
façon de les représenter sans bec ni membres, vient
des anciens hérauts qui se servaient de petites pièces
d’émail carrées pour figurer ces petits oiseaux sur
les cotes d’armes et boucliers, en négligeant d'en
marquer les extrémités.
|
Famille
de l'Angoumois et du Poitou qui trouve son origine vers Nanteuil en Vallée.
On la trouve au milieu du XIIe à Aizecq et à Salles. Puis au XVIIe à
Londigny.
Guillaume
Prévost, seigneur d'Aizecq, épousa Catherine de Sansac d’où Prévost
de Sansac.
Première
branche :
1.
N. Prévost (alliance inconnue) d’où Pierre, qui suit, et N. épouse
de Bernard de Brosse, vicomte de Limoges.
2.
Pierre Prévost de Salles époux Anne Guyot.
3.
Jean Prévost, varlet, puis écuyer, seigneur d'Aizec et de Salles.
4.
Emeric Prévost, écuyer, alliance inconnue.
5.
Jean Prévost, écuyer, époux d'Almodie Mathée.
6.
Emeric Prévost, époux de Berthe d'Ignac.
7.
Jean Prévost, écuyer, seigneur d'Aizec, alliance inconnue.
8.
Guillaume Prévost, décédé en ou avant 1402.
9.
Guillaume Prévost, seigneur d'Aizec, époux de Catherine de Sansac.
10.
Jean Prévost, écuyer, seigneur d'Aizec, de Sansac, époux en premières
noces de Jeanne Pezette.
11.
Aymard Prévost, chevalier, seigneur de Touchimbert, la Prade, les
Poyaux, etc. reçut en partage la terre de Touchimbert
le 6 octobre 1466. Epoux de Jeanne de Saugières avant le 10 octobre
1468.
12.
Rolland Prévost, écuyer, seigneur de Touchimbert. Epoux de Guillemette
de La Haye en 1491.
13.
Aymard Prévost, né vers 1499, écuyer, seigneur de Touchimbert, époux
de Françoise Bouchard.
14.
Pierre Prévost, écuyer, seigneur de Touchimbert, la Piogerie, etc.
Archer de la compagnie du comte de La Rochefoucauld. Epoux en 1565 de
Marie Brossard, veuve de Jean Goumard.
15.
Isaac Prévost, écuyer, seigneur de la Piogerie et de Touchimbert.
Epoux d’Isabeau Guy le 8 avril 1584.
16.
François Prévost, chevalier, seigneur de Touchimbert, la Piogerie, la
Treille. Epoux de Jeanne de La Rochefoucauld le 23 mars 1626.
François
Prévost fut enfermé à la Bastille, puis mourut à Bayers dans la
religion catholique et fut inhumé dans l'église de Salles en 1711. Il
testa devant notaire en ordonnant qu'une somme de 100 livres soit
distribuée aux pauvres du village de Touchimbert par les soins d'Isaac
Lardeau Sieur de Chaumont.
GOUMAIN
|
Goumain
portait
:
"de gueules au chef componné d'or et de
gueules"
attribué à N.
Goumain, procureur fiscal de
Salles. |

|
Famille bourgeoise et en partie protestante qui habitait au XVI° siècle sur les confins du Poitou et de l'Angoumois, qui semble éteinte.
Jean
Goumain, de la paroisse de Salles, avait épousé Florence, alias Laurence Cailhaud, dont il
eut :
1° Marie, baptisée au temple de Verteuil (ainsi que ceux qui suivent) le 9 nov. 1578;
2° Jeanne, baptisée le 9 oct. 1580; 3° Pierre, baptisé le 25 nov. 1582;
4° Jacques, baptisé le 16 fév. 1586.
Jean
Goumain, de la paroisse de Salles, avait épousé Susanne de la Maisonneuve, dont il eut plusieurs enfants, tous baptisé au temple de Verteuil, et qui
sont :
1° Jacques, baptisé le 16 sept. 1590, a pour parrain Jacques
Goumain ;
2° Isaac, baptisé le 5 sept.
1593
3°
Micheau, baptisé le 25 août 1595 ;
4° autre Isaac, baptisé le 14 mars 1599, a pour parrain Isaac
Goumain ;
5°
Elisabeth, baptisé le 22 oct. 1600. Goumyn Isaac, également de la paroisse de Salles, eut de Marie de la
Maisonneuve ;
-
51°
Elisabeth, baptisé au temple de Verteuil le 8 août 1599 ;
-
52° Jean, baptisé au même lieu le 13 oct. 1602.
Michel
Goumain, de la paroisse de St.-Martin-du-Clocher, fait profession de la religion catholique au couvent des capucins de Civray, le 31 mars 1674.
Catherine
Goumin, avait épousé Pierre Couilbault, procureur au siège royal de Civray. Leur fils Pierre, âgé de 32 ans, abjure à
St.-Cybard de Poitiers le 23 nov. 1684.
Françoise
Goumin avait épousée Pierre Guillory, notaire du marquisat de Couhé.
Marie-Madeleine Goumain et Grégoire Rivaud, chirurgien, son mari, demeurant à Civray, le 29 oct. 1719, reconnaissent tenir une rente noble de Charles Gay, chevalier, seigneur des Fontenelles, le 27 mai 1743.
PREVERAUD
Jean
Préveraud, (dit aussi Préverauld), écuyer, seigneur du Theil, né le
19 et baptisé à Fontenille le 20 mai 1739, décédé le 27 mai 1807 à
Saint-Groux. Il avait épousé le 25 Décembre 1766 à
Salles-de-Villefagnan, Louise de Chilloux, fille d'Olivier de Chilloux,
écuyer, seigneur de Léas, et de Madeleine Mesnaud. Ils divorcèrent à
Saint-Groux, le 15 Messidor an 6.
Messire
Charles Guyon, sieur de Goize, juge sénéchal de la terre de la
chatellanie de Raix demeurant en la paroisse de la Faye au Marquisat de
Ruffec en Angoumois. Charles
Guyon, sieur de Goize, juge sénéchal de la châtellenie de Raix, de
Salles et de Villefagnan, procureur fiscal de Villefagnan. Charles
Guyon
demeurait au Peux de la Faye en 1687. Il est inhumé
dans la chapelle Saint-Antoine de Tuzie (cimetière de Courcôme).
Le texte suivant
est gravé sur sa pierre tombale : "ICY
GIT LE CORPS DE CHARLES G V Y O N S
D E G O I Z E JUGE S E N E C H A L DES C H A T
ELANIES D E R A I X. SALLE E T DE
F O N T E N I L L E PROCURE U R F I S C A
L D E VILLEFAIGN A N E T D E C
E LIEV BIEN F A C T E U R
ET REPARATEUR D
E CETTE C H A P E L L E AGE D E
7 2 A N S DECEDE LE
21
AVRIL 1755 PRIEZ BIEN
POUR L E R E P O S D E S O N
A M E"
Le
logis de Chaumont
Ce
château a été détruit à nouveau au XIVe siècle, actuellement il
n'en reste que le puits.
Dans
la cour de l' ancien château,
Isaac Lardeau, Sieur de Chaumont, au XVIIIe siècle possède un tombeau.
Isaac Lardeau, protestant en 1603, aurait joué un rôle dans les troubles qui
suivirent la révocation de l'Édit de Nantes. Il a été enterré dans
le labyrinthe qui décorait son jardin. Sa dépouille est enterrée dans
un caveau semi-circulaire en forme de grotte. On y lit l'inscription
suivante sur une pierre gravée : né 1637/Isaac Lardeau/ Mort 1732.
Le
logis appartient à Augustin Chadeneau (1760 - 1850) à la Révolution,
ce dernier était des députés qui votèrent la mort du roi en 1791.
Après
que l'assemblée législative eut déclaré « la patrie en danger »
en 1792, dans la commune de Salles, trois volontaires de la Révolution,
Louis Tribert, Jean Rivet, Jean Breau ou Dreau, s'enrôlèrent au 1er
bataillon des volontaires de la Charente.
Autrefois
la commune comptait de nombreuses vignes. Le commerce de chevaux et
poulains y fut prospère, surtout après 1920. La station de
Salles-Moussac facilitait l'export d'eau de vie et l'importation
d'engrais.
Charles Jeandel
Un artiste peintre
et photographe, Charles
François Jeandel résidait au logis de Chaumont au début du XXe
siècle. L'un de ses tableaux est accroché dans l'hôtel de ville
d'Angoulême.
Charles-François Jeandel (1859-1942) avait embrassé une
carrière de peintre mais faute de succès, il quitte Paris et
s'installe en Charente en 1898. Il épouse alors Madeleine Castet
(1877-1963), encore mineure et de 18 ans sa cadette. Il sera membre de
la SHAC.
Photographe, une partie de ses oeuvres peut surprendre. Un
site Internet évoque son oeuvre d'après le travail réalisé par Hélène
Pinet qui a écrit un article de 10 pages illustrées dans l' album
N°16 de la Revue du Musée d’Orsay
consacré à la photographie. Hélène
Pinet nous a contacté par Internet en 2004, nous
l'avons reçu à Villefagnan en 2004 et le docteur Yves Sauteraud a
accepté de la guider dans ses recherches locales, tant au logis de
Chaumont qu'à Angoulême.
Nous ne
pouvons vous en dire plus car ce site sue l'histoire de
Salles-de-Villefagnan est tout public (adultes, enfants, ecclésiastiques...)
et nous ne voudrions choquer personne.
|

Annonce
du dimanche 18 mars 1923
|
 Mme
Jeandel mère décède à 94 ans en avril 1923. Ce
communiqué fut publié par "le journal de Ruffec" le dimanche 19 avril
1923. Son
mari, Xavier Jeandel, conseiller municipal, était décédé en 1902. |
|

Le logis de Chaumont
encore
à vendre en octobre 1923 |

Puis vint
le tour du
mobilier |
LA
MILICE ROYALE
Jacques
Rougier refuse de rejoindre la milice de Louis XIV.
Louis
XIV, n’ayant de cesse de repousser les frontières de son
royaume, dut, afin d’affecter à cette mission la totalité de
son armée (soldats d’active), inventer un nouveau mode de
recrutement : la milice. Cette dernière, instituée le
29/11/1688, ancêtre du service militaire (50 hommes tirés au
sort par paroisse ou groupe de paroisses parmi les célibataires
de 20 à 40 ans, équipés aux frais des paroisses et servant 2
ans), devait constituer l’armée de seconde ligne. Le
25/02/1726, cette mesure était modifiée : les recrues, tirées
au sort parmi les célibataires et veufs de 16 à 40 ans,
effectuaient une période de 6 ans. Le remplacement était
possible en payant. La milice était abolie en 1791, mais cette
mesure, encore existante en 1793, allait générer le soulèvement
de Vendée.
Dans
les faits, les miliciens étaient convoqués quelques jours
seulement chaque année, en quelque sorte pour des périodes
d’instruction, sans jamais monter en ligne. Cette contrainte
(modeste dans les faits) ne peut en aucun cas être comparée à
celles imposées par le service militaire sous l’Empire et la
Restauration. Cependant, les recrues, rechignant contre cette
obligation, se cachaient parfois afin d’échapper à cette
milice.
C’était
ainsi en 1711 à Salles-de-Villefagnan. Jacques Rougier
(bottier), refusant de rejoindre la milice, était
introuvable…
Aussi,
le dénommé Bire, sergent royal, résidant au bourg de Chenon,
recevait le 6 avril 1711, par monsieur Gervais du Chastenet,
conseiller du Roi, lieutenant particulier, assesseur civil et
criminel en la Sénéchaussée et Siège Présidial d’Angoumois,
l’ordre de rechercher ce déserteur : “Il
est
enjoint comme autres fois à Jacques Rougier, bottier, sur
lequel le sort était tombé pour servir de soldat de milice
dans la paroisse de Salles et Touchimbert, de se représenter
incessamment par devant nous, commissaire nommé par monsieur
l’Intendant pour être agréé et enrôlé dans les troupes de
Sa Majesté, a ordonner la levée par son ordonnance du mois de
janvier dernier, s’il est reçu pour le service, à peine en
cas de désobéissance d’être puni comme déserteur. Permis
au porteur du présent ordre de se saisir de la personne dudit
Rougier et de contraindre ses plus proches parents à se représenter
par les voies accoutumées ”.
Le
sergent royal Bire quittait son domicile, le 7 avril (sur les 4
heures de relevées), en la compagnie d’Isaac
Cante, sieur du Cormin, syndic perpétuel de la paroisse de
Salles-de-Villefagnan, et Goumain, procureur d’office, en vue
de capturer Jacques Rougier qu’ils pensaient trouver chez ses
parents au village de Chaumont. Arrivés à Chaumont, ils
constatèrent que Rougier était absent. Malgré la perquisition
opérée sur place, il demeurait introuvable, ses parents
attestant ne point l’avoir vu. Le sergent royal Bire, après
avoir attendu en vain sur les lieux, abandonna ses recherches et
rentra chez lui. Mais le lendemain, vers environ 4 heures du
matin, afin de tenter de capturer Rougier, le sergent royal
retournait à Chaumont en compagnie de Jacques Cotte, Pierre
Raymond, Pierre Gauthier, Jean Guillaud, Eymard Thinaud et Elie
Caillaud, tous du village de Touchimbert.
Sur
place, le sergent royal Bire investit la maison et après
lecture de l’ordonnance au père de Rougier, lui demanda de
lui remettre son fils. Mais le père Rougier refusa et riposta
en s’écriant et appelant à son secours tous les habitants de
Chaumont. Ces derniers survinrent immédiatement : “A
l’instant seraient survenus et soulevés sur moi et mes
assistants, la femme dudit Rougier, leur fils cadet et tous les
habitants dudit village de Chaumont, hommes et femmes, et autres
habitants des lieux circonvoisins, à moi inconnus, armés de
gros bâtons et pierres en jurant, nous auraient par force et
violence ôté des mains ledit Rougier père que nous avions
saisi au corps, faute de la représentation de son fils, nous
traitant de fripons, coquins, marauds. Et auraient grièvement
battu, meurtri, ,excédé à coups de bâtons et pierres,
lesdits Cotte, Raymond, Gauthier, Guillaud, Guinaud et Cailler,
et laissé l’un des susdits nommés sur la place en danger de
mort, en sorte que pour garantir ma vie, j’aurais été obligé
de me retirer au plus tôt”.
Les
plaies furent pansées par le chirurgien Rivaud qui s’empressa
d’établir des certificats. Une information fut ouverte le 13
avril 1711 par le juge de la châtellenie d’Aunac. Ainsi, le
19 janvier 1712, le procureur du Roi assignait Rougier, sa femme
et leur fils, et toutes les femmes complices, à comparaître
dans huitaine… Nous n’en saurons malheureusement pas plus,
car le résultat de l’audience est absent du dossier.
Il
est difficile d’analyser et de comprendre les raisons qui
poussaient un jeune paysan, désigné par le tirage au sort, à
préférer se cacher et risquer les galères, plutôt que de
subir une courte période dans la milice. Les justifications se
trouvaient peut-être dans les histoires colportées de village
en village. A moins, que le passage de la milice à l’armée
d’active ne se fasse plus simplement que prévu, les soirs de
beuverie, quand le sergent recruteur…
LA
JUSTICE
|
SENECHAUSSEE
ET PRESIDIAL D’ANGOUMOIS
Conversion
"pas facile" des protestants
11
octobre 1724,
certificat de Monsieur
Suraud, curé de Salles, et de Lonnes son annexe.
Je
certifie que suivant et conformément la déclaration du roi
concernant la religion, j’ai été voir le sieur Cante,
aubergiste dans ma paroisse, lequel est de la religion prétendue
réformée, en particulier, après avoir reçu la déclaration
du roi qui concerne la religion, où je l’ai exhorté le
mieux qu’il m’a été possible à se reconvertir. Et
malgré les bonnes et salutaires remontrances que je lui ai
pu faire, il m’a déclaré qu’il voulait persister dans
sa prétendue religion. Et étant tombé quelque temps après
dans une maladie très fâcheuse où il m’a paru en danger
de mort, j’ai été plusieurs fois le voir, où j’ai
fait tout mon possible pour lui faire voir l’erreur et la
fausseté de sa prétendue religion.
Et
même j’ai prié mon
vicaire
de venir avec moi, espérant qu’il pourrait peut-être
mieux le convertir que moi, mais ni l’un ni l’autre
n’avons rien pu gagner sur son endurcissement. Enfin,
comme j’ai vu qu’il voulait persister dans sa
malheureuse religion, j’ai été obligé de mener avec moi
deux témoins, le 25 septembre, savoir le nommé Antoine
Rivière et André Daudet, lesquels ont été témoins de
son opiniâtreté, après l’avoir exhorté autant que
j’ai pu.
Et
le lendemain, je fus encore chez lui avec d’autres témoins
parce qu’il m’avait dit en se moquant de moi :
"je me confesserai demain". Mais bien loin de se
confesser et de recevoir le sacrements, il ne me fut pas
possible de le voir, car tout malade qu’il était, il se
cacha dans sa maison.
C’est
ce que j’assure véritable et que j’offre de prouver en
temps que besoin sera. Et
comme ledit Sieur Cante est rétabli et qu’il est dit dans
la déclaration du roi qu’au cas où les malades qui
auront refusé les sacrements viennent à recouvrer la santé,
leur procès leur sera fait. Ainsi,
ledit Cante étant dans ce cas, je me trouve obligé en
conscience de délivrer le présent certificat à monsieur
notre juge.
22
octobre 1724 :
Le
Procureur de la Cour Goumain à monsieur Michel Martin Juge
Sénéchal de la Châtellenie de Salles : ledit Sieur
Curé a déclaré que Jacob Cante, Sieur du Cormier, de la
religion prétendue réformée etc. (idem déclaration que
le curé).
27
octobre 1724 :
Information
faite conformément à la déclaration du roi du 14 mai
1724.
-
Antoine
Rivière, 50 ans, laboureur à bras, demeurant au bourg
de Lonnes :
le 25 septembre dernier, il (Antoine
Rivière)
était en ce bourg dans la boutique du nommé Guimard,
maréchal de ce lieu. Le Sieur curé de cette paroisse
lui dit, et au nommé Daudet de Juillé, qu’il les
sommait de la part du Roi d’aller avec lui chez le
Sieur Cante de ce lieu, lequel est de la religion prétendue
réformée, pour être témoins, ce que le déposant fit
avec ledit Daudet. Etant entrés dans la chambre dudit Cante,
ledit Sieur Curé lui parlant, lequel était auprès du
feu, dans une chaise, avec ses habits ordinaires, à
l’exception de son bonnet, ledit Sieur Curé lui
aurait dit s’il ne voulait pas se confesser. Ledit Cante
lui répondit que oui, mais qu’il voulait examiner sa
conscience, et qu’il fallait quelque temps. Ledit
Sieur Curé le pressant et le voulant le confesser sur
le champ, il lui dit qu’après qu’il l’aurait
confessé qu’il lui irait chercher le Saint Sacrement.
Dans ce temps là, le Sieur Cante répondit qu’il se
confesserait le lendemain matin et dit plusieurs fois
qu’il voulait bien se confesser.
-
André
Daudet, 30 ans, laboureur à bras demeurant au bourg de
Juillé. Il
était dans la boutique du maréchal, le curé lui dit
d’aller avec lui chez le Sieur Cante pour être témoin
si ledit Cante voudrait changer de religion… Ledit Cante
répondit que « oui , il voulait se confesser »
mais que pour aujourd’hui il n’était pas en état
et qu’il voulait faire réflexion et rappeler sa mémoire
et s’examiner. Et ledit Sieur Curé lui répondit
« et moi je veux vous confesser tout à l’heure
et vous donner le Saint Sacrement ». Ledit Cante répondit
que c’était un peu trop pressé.
-
Pierre
Gerbaud, 35 ans, laboureur à bras, demeurant au bourg
de Salles. Le
26 septembre dernier, le Sieur curé alla chez Jacob Cante,
Sieur du cormier. Il y avait deux personnes qui étaient
à boire dans la grange dudit Cante. Ledit Sieur Curé
en entrant dans la basse-cour dudit Cante demanda au déposant
qui était en journée pour ledit Cante. Le déposant et
les deux personnes qui buvaient ensemble lui répondirent
qu’ils n’en savaient rien, vu qu’ils ne
l’avaient point vu. Ledit Sieur Curé entra dans la
maison et chambre dudit Cante et il sortit dans la
basse-cour et dit qu’il n’avait point trouvé ledit
Cante, qu’apparemment il s’était caché.
-
Antoine
Imbaud, 28 ans, laboureur et valet domestique de la dame
de Nanclars, demeurant paroisse de Salles.
Le
26 du mois de septembre dernier, il était environ deux
heures de soleil levé, avec Guimard, maréchal de ce
lieu, à boire dans la grange du Sieur Cante, qui est
dans la basse-cour de la maison. On vit entrer Monsieur
le Curé dans la maison dudit Cante, et quelques moments
après, il sortit et demanda à al femme dudit Cante où
était son mari. Elle lui répondit qu’il était sorti
et qu’il avait été chez le nommé Augeron,
charpentier de ce lieu. Et ledit Sieur curé dit que
ledit Cante s’était serré…
-
Pierre
Guimard, 26 ans, maître taillandier, demeurant au bourg
de Salles. Le
26 septembre, le déposant, dans la grange où il
buvait, vit Monsieur le Curé entrer sans heurter chez
ledit Cante et quelques moments après, il sortit, alla
dans la grange, où était la femme dudit Cante qui
mettait de l’eau dans une cuve. Elle lui répondit :
« il faut qu’il soit allé chez Augeraud,
charpentier et tonnelier, pour faire accommoder nos
vaisseaux. Allez-y monsieur, peut-être que vous l’y
trouverez ». Et ledit curé prend tout le monde à
témoin « comme ledit Cante s’était caché ».
|
|
|