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L'histoire de Raix |
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Les seigneurs et leurs blasons
L'ECOLE
: UN LONG DOSSIER Une école dans chaque commune, gratuite et
obligatoire. Un projet pieux que la Révolution n’a pas su réussir
faute de moyens. Cela se fera plus tard, avec Ferry, quand l’école
publique deviendra laïque. Mais en attendant ce stade, voyons comment
s’est faite l’école à Raix.
Nous savons grâce aux archives que Raix disposait d’une école avant
la Révolution. L’instituteur était appelé le régent. Il
enseignait sous le contrôle du curé. Un édit d’avril 1695 et une
déclaration du 13 décembre 1698 exigeaient une école
d’enseignement élémentaire dans chaque paroisse afin d’éradiquer
le protestantisme. La Révolution n’amena pas les écoles promises et il fallut attendre les lois Guizot en 1833 pour fixer des règles. Les écoliers de Raix se rendaient étudier à Courcôme en attendant mieux. Les filles étaient parfois confiées à une institutrice privée. Le 5 mai 1836, suite à la loi du 28 juin 1833 et l’ordonnance du 16 juillet suivant, le conseil municipal inscrit au budget 1837 pour son école primaire communale les sommes suivantes : traitement annuel de l’instituteur, 52, 03 francs ; location d’une maison d’école : 30 francs. Le 20 février 1837, le conseil municipal décide de ne plus envoyer les indigents et les autres enfants à l’école primaire de Courcôme. Il choisira de s’imposer dès 1839 en vue de construire une maison d’école avec son mobilier et de pourvoir aux frais de traitement de l’instituteur. André
Dussouil, né à Caunay (79) le 19 prairial an 13 (8 juin 1805),
dispose d’un brevet de capacité en date du 10 septembre 1826 et réside
à Raix depuis trois ans. Il dispose selon lui d’une bonne moralité
et serait proposé par l’inspecteur des écoles primaires. Examinons
ce petit extrait de la lettre qu’il adresse au conseil municipal le
21 septembre 1844 : «Messieurs, vous voyez les avantages que
vous avez à fixer votre choix sur moi. Déjà, le choix est fait par
un magister supérieur et respectable. De plus, connaissant déjà
l’usage des habitants de la commune d’un zèle assez appliqué,
une assiduité paisible pour l’instruction ». Il sera
accepté le 11 février 1845 en tant qu’instituteur public. L’école
se fera à son domicile, une somme lui sera versée à titre de
location. L’école est obligatoire mais pas encore gratuite. La
participation des familles en 1862 est de 1,50 franc jusqu’à 8 ans,
2 francs de 9 à 10 ans et de 2,50 francs à partir de 10 ans. Le
traitement et le supplément de traitement de l’instituteur s’élèvent
à 565,50 francs et 50 francs lui sont versés pour la location de son
école. Le
conseil municipal cherchera par la suite une maison à transformer en
école. Le
5 janvier 1863, le maire présente un projet : «Acquisition
d’un immeuble appartenant à M. Faugeroux de Villefagnan qui
l’avait acheté à Lavergne». Quatre membres du conseil
seulement autorisent le maire à faire lever le plan des lieux puis et
à réformer les droits de plaçage sur le champ de foire pour
permettre cette acquisition. Sept membres du conseil préfèrent
acquisition d’un bâtiment de servitude bordé de cour et jardin
appartenant à Bernardin. Le conseil municipal divisé soumet la
question à l’autorité supérieure, Brochard refuse de signer et
Coiteux refuse l’expertise. D’après Hugon, Audias, Brochard et Bénéteau,
la maison Lavergne conviendrait mieux à un commerce. En
1863, plusieurs projets d’acquisition de bâtiments destinés à être
transformés en école échouent. Peu à peu, le conseil municipal
s’oriente vers la construction d’une mairie-école. Le
29 décembre 1863, le conseil municipal délibère. La commune a
besoin d’un terrain pour construire sa maison d’école avec une
cour à l’avant, et un jardin à l’arrière : «Cela devra
se faire dans un endroit très propre et assez éloigné des mares et
des cafés». Le 14 mai 1864, la commune acquière 7,47 ares à
cet effet (emplacement actuel) pour un montant de 1 802,82 F. L’architecte
Louis Soulier expose son projet le 14 février 1865 : «Les
habitants de Raix sont jusqu’alors privés de l’habitation qui
pourrait abriter convenablement leur conseil municipal, les archives
de la mairie et répondre aux besoins d’une école communale et à
ceux d’un logement de l’instituteur. Leurs affaires communales se
traitent dans une auberge (1) où sont déposées les archives, ils dépensent
des sommes assez rondes pour mal loger l’instituteur et encore plus
mal leurs enfants aux heures de l’étude, les moments de récréation
se passent dans les rues ou sur les places publiques exposés aux
inconvénients et aux dangers de toute sorte. Cependant, cette commune
jouit d’un revenu relativement considérable».
La mairie-école Il
décrit la maison principale (le bâtiment central) qui «aura
un rez-de-chaussée et un premier, au rez-de-chaussée un corridor de
1,20 m séparant la mairie à gauche et la cuisine à droite en
entrant. Au bout de ce corridor est l’escalier qui donne l’accès
au premier et au grenier. Par ce même corridor l’instituteur se
rendra en classe où il pénétrera par une porte vitrée placée en
travers du corridor. La salle de mairie aura 6 m de longueur et 3,70 m
de largeur mesurés en dedans, sera éclairée par deux croisées et
aura une cheminée. La cuisine de 4,60 m de longueur et 3,60 m de
largeur aura une cheminée, un évier, un placard avec potager et sera
éclairée par une grande croisée dans la baie de laquelle on placera
le fourneau. L’instituteur aura au premier deux chambres et un
cabinet, dans chacune de ces chambres il y aura une cheminée en
marbre gris aux décors de plâtre». La
description de la classe mérite un arrêt : «La
salle d’étude longue de 7,40 m, large de 6,40 m, haute de 4,00m,
sera divisée en deux parties inégales par une cloison en planches
d’1,50 m de hauteur. La tribune de l’instituteur sera placée à
une des extrémités de la cloison de manière à ce qu’il puisse
sans se déranger, d’un même coup d’œil, embrasser les deux
salles. Chacune des salles sera éclairée par une croisée de 4,00 m
de longueur sur 2,70 m de hauteur… garnies en dehors de filets en
laiton pour les garantir de la grêle et des projectiles du dehors. Au
milieu de la cloison sera placé un calorifère en fonte ou en tôle».
Les
enfants de Raix l’ont échappé belle :
«Un cabinet d’aisance sera construit dans chaque cour juste en face
des portes d’entrée des classes et dans le prolongement de la ligne
allant de la tribune à chacune des portes (2) qui seront vitrées».
Cet avenant a remplacé judicieusement le texte suivant : «Le
pignon de la salle recevra deux petites portes (3) qui conduiront
chacune à un lieu d’aisance attenant au dit pignon». Tout en
conservant : «Cette
disposition des lieux d’aisance permettra à l’instituteur de ne
jamais perdre de vue les élèves qui d’habitude aiment à prolonger
les moments de leurs absences motivées». La décision de construire une mairie-école à Raix en 1868 nous surprend encore. Raix s’avère être en avance sur son temps, notamment sur les communes voisines qui attendront la guerre de 1870 puis les lois de la IIIe République afférentes à l’école communale, lois dites Ferry en 1881 (1), 1882 (2), 1883 (3) puis la loi Goblet en 1886 (4) pour ériger de belles écoles. Rappelons que Raix comptait alors 360 habitants. 31 garçons fréquentaient l’école. Quant aux filles, une quinzaine, elles n’étaient pas encore admises vu « l’âge incomplet de l’instituteur ».
Le
terrain destiné à la construction (terrain
actuel) avait été acheté le 14 mai 1864 (1802,82 F) à François
Mourier, Jean Charroux, Jean Audias et Marie Hugon. Le 5 août 1866,
le maire est autorisé à contracter un emprunt auprès de la caisse
des dépôts et consignations à hauteur de 5600 F (au
taux maxi de 4%) pour une mairie-école, emprunt remboursable à
partir 1866. Une
carrière de pierres sera ouverte sur le champ de foire aux bœufs
pour ériger les murs de la mairie-école. Initialement,
cette pierre devait être tirée sur le terrain même du nouveau bâtiment
com-munal mais la présence importante d’argile et d’hu-midité
avait fait abandonner cette idée. Selon
le cahier des charges validé par le maire Brothier le 7 avril 1867,
les maçonneries seront faites au mortier de sable de La Faye
additionné d’un tiers de chaux éteinte. Ces maçonneries seront crépies
à deux couches à l’intérieur comme à l’extérieur. La seconde
sera lisse à l’intérieur afin de blanchir le mur avec un laitier
de chaux à deux couches. A l’extérieur, la seconde couche sera
rugueuse « dite
au balai ou à la tyrolienne ». La pierre de taille des
angles et des ouvertures proviendra des carrières de Bompart près
d’Angoulême. La
couverture de l’édifice sera réalisée en ardoises de première
qualité. Les
poutres et grosses pièces de bois seront en chêne, les solives de la
maison en sapin rouge du Nord. Le plafond de la salle de classe sera réalisé
en planches de peuplier franc soigneusement bouvetées ou, « pour
ne pas choquer l’œil », en volige de sapin rouge du Nord.
Les planchers du rez-de-chaussée seront en chêne de très bonne
qualité « n’ayant
ni gélivures, ni nœuds, ni aubier et au moins trois ans de sciage ».
Les planchers du premier et deuxième étage seront en planches de
sapin rouge du Nord, comme les solives. Les volets et les portes de
communication intérieures seront en sapin. Les menuiseries extérieures
(portes et fenêtres) seront en chêne. « Les
boiseries de toutes les ouvertures seront peintes à l’huile à
trois couches de couleur grise ». Quant
aux cheminées, leurs jambages seront en pierre d’Angoulême au
rez-de-chaussée, en briques à plat à l’étage. La menuiserie de
l’escalier menant à cet étage sera de qualité. Les limons et
barreaux seront en noyer, les marches et contremarches seront en orme.
Les boiseries de placard seront en cerisier, leurs rayons en planches
de peuplier « peintes
aux couleurs du noyer ». En
façade, une ouverture en mansarde permettra d’installer une
horloge. Un petit clocher à huit pans en charpente de chêne et peint
en vert foncé abritera la cloche de l’école et sera terminé par
une girouette en cuivre jauni. Les lettres des quatre points cardinaux
seront supportées par des fiches en fer. Au retour d’une réunion chez le Sous-Préfet en présence des entrepreneurs (Sylvestre et associés), le maire informe le conseil municipal, le 9 août 1868, que le prix demandé (10.800 F) dépasse le devis signé (10.405 F avec mobilier de l’instituteur et bibliothèque). Mais le conseil municipal ne veut pas entendre parler de dépassement de prix sachant que les travaux laissent à désirer. De plus, la charpente et la menuiserie ne sont pas conformes au devis. Les angles de murs en pierre d’Angoulême sont moins imposants que prévus. Le conseil estime donc que les entrepreneurs ont réalisé une économie de 400 F sur la pierre de taille, économie qui permet de s’en tenir au prix initial. 1868 : RAIX INAUGURE SA MAIRIE-ECOLE Les Raixois peuvent s’enorgueillir à la fin de 1868 de posséder une mairie-école toute neuve. Tous ceux qui traversent le bourg en suivant le nouveau chemin départemental 27 admirent cette architecture nouvelle qui s’éloigne des canons jusque là observés. L’ardoise remplace désormais la tuile canal sur des toits à forte pente. Il reste désormais à faire vivre cette mairie-école. Les premiers frais seront les frais d’exploitation. Le budget voté le 15 février 1868 a prévu selon l’usage – l’école n’étant pas encore gratuite – les grandes lignes de la rétribution scolaire :
La commune estime à 1 F par mois le coût d’un élève mis gratuitement à l’école (indigent). Le traitement fixe de l’instituteur était de 200 F. Il lui sera versé un supplément de traitement de 434 F afin d’élever son revenu vers un minimum de 700 F. Ainsi, nous pouvons constater qu’il ne recevait que 634 F. Il restait à régler quelques factures. Ainsi François Brochard Rigaud recevra 16 F le 24 novembre 1868 pour l’entourage de bois qu’il avait réalisé autour de la carrière de pierre sur le champ de foire aux bœufs, carrière d’où avaient été extraites les moellons de la future mairie-école. Une belle mairie : c’est bien ! Faut-il encore qu’elle soit meublée… Le 18 février 1869, le budget s’enflait de quelques lignes pour un achat de mobilier : 200 F quant à une bibliothèque armoire pour les archives, 24 chaises et une table. Une partie de ce mobilier particulièrement bien entretenu est encore utilisé. Le conseil décidait de payer 2622,74 F pour solder la facture de l’entrepreneur le 15 août 1869. Jean Audias votait contre cette décision en raison de la qualité perfectible des travaux. La guerre de 1870 amènera son lot de soucis et des difficultés budgétaires. Le 9 février 1873, la commune refusait d’ investir 160 F pour l’achat de matériel destiné à l’enseignement de la gymnastique. Le conseil municipal constatait le 12 novembre 1876 que « l’école ne possède que 3 tables de 4 m de long pour un maximum de 24 élèves alors qu’elle en accueille effectivement une quarantaine. Ainsi, 16 élèves doivent se contenter de bancs et ne peuvent suivre les cours d’écriture. Deux tables supplémentaires sont donc indispensables. De plus, il manque une carte géographique du département de la Charente et un globe ». Seulement 40 F seront affectés par la commune sur les 100 F nécessaires. Et la différence fera l’objet d’une demande de secours auprès de l’administration. Une commission scolaire « afin de surveiller et d’encourager la fréquentation des écoles » était instituée le 11 mai 1882 conformément à la loi du 28 mars 1882. Elle se composait de l’inspecteur primaire, le maire, des délégués du maire pour les écoles cantonales, de membres du conseil municipal. Elle reçut mandat jusqu’à l’élection d’un nouveau conseil municipal. Eugène Béguier, Célestin Hugon et François Boucherie furent désignés. Le conseil décidait le 8 mai 1883 d’attribuer 10 F pour la création d’une caisse de l’école conformément à l’art 17 loi du 28/3/1882 qui reprenait la loi du 10/4/1867. Une subvention départementale de 40 F s’est ajoutée à la part communale pour acheter deux tables bancs en 1897. La vie de l’école communale se poursuit tant bien que mal. Un devis d’un montant de 378,20 F avait été établi en 1901 pour des travaux. Il projetait un mur de clôture autour de la mare, le crépi de la façade et le "rejointoyage" au ciment, le blanchissage de murs et la réparation des lézardes, la fourniture de deux portes en châtaignier pour les salles de classe, la peinture des menuiseries extérieures. La commune ne disposant que de 210 F avait demandé au préfet une subvention pour la différence. En 1906, il faudra l’intervention du préfet pour ne plus héberger des indigents sous le toit de la mairie-école : « La commune pourrait faire construire un refuge dans un endroit éloigné de l’école ». L’inspecteur primaire constate le 7 décembre 1911 que la cour de récréation est en mauvais état. Il expose le 31 mai 1913 que les locaux scolaires sont en mauvais état, de même que le logement de l’instituteur. Humidité des pièces, fuites à la toiture, peinture disparue sur les ouvertures, cloisons fragiles, menuiseries avachies, fenêtres bloquées. Ces défectuosités avaient déjà été constatées en 1900… en 1906, ou en 1910. De plus, le grenier de l’instituteur est envahi par le mobilier, les outils, la provision de bois et de jonc d’un habitant de la commune, un chaisier qui s’était suicidé en 1908. Bien des travaux, des aménagements en perspective avant la fermeture définitive de l’école en 1971. LA MARE, CENTRE DE VIE Faute de… rivière, on se contente de mare Pêcheurs devant l’éternel, les Raixois furent nombreux à taquiner le goujon dans la mare. De gros poissons rouges plutôt que des goujons, le principal étant de ne pas revenir bredouille à la maison. Il n’en fut pas toujours ainsi. En effet, en 1865, la « grande mare communale » devait être bien empoissonnée puisque la pêche était cédée à bail. Si ! Si ! Ce bail était défini par un cahier des charges rédigé le 8 février 1865. La pêche faisait l’objet d’une adjudication pour la période 1865-1871. Les clauses relatives au matériel sont succinctes : « Les instruments en fil de chanvre dont l’adjudicataire se servira, les mailles ne pourront avoir moins de quatre centimètres carrés de grandeur. Il sera aussi libre de se servir de d’autres sous condition qu’il retournera dans l’eau le petit poisson… ». Le cahier des charges précise plus loin que l’adjudicataire pourra à l’occasion de périodes de sécheresse retirer la boue de la mare et la vendre à son profit… « S’il ne le fait pas, le maire aura le droit de la faire nettoyer comme d’habitude « aux habitants de la commune » et la boue qu’ils en retireront leur restera en récompense… » L’adjudicataire est autorisé à creuser des fosses de stockage. Même le prix du poisson était réglementé : « Pas plus d’un franc vingt centimes le kilo aux habitants de la commune… Pas de refus possible tandis qu’il en aura dans ses coffres ou dans ses fosses… Pas plus d’un kilo par semaine par famille ». Si
le poisson venait à disparaître, mort par empoisonnement par
exemple, la commune se réservait le droit de résilier le bail sans
compensation. Plus loin : « L’adjudicataire aura aussi le droit d’empêcher les volailles de
vaguer dans la mare et d’empêcher aussi, s’il lui est possible,
les débordements (d’eau) qui souvent emmènent le petit poisson ».
La commune l’autorisait à faire construire un bateau, pour pêcher
ou pour curer la mare ; à la fin du bail « la
commune sera forcée de le racheter ». Le maire Pierre Brothier, MM. Audias et Bénéteau membres du conseil municipal, ont procédé à l’adjudication le 9 avril 1865. Après plusieurs enchères, et de nombreuses bougies, Pierre Lavergne, aubergiste à Raix, devint adjudicataire des droits de pêche pour six ans moyennant le versement annuel d’une somme de 120 francs. Il faut attendre le 9 janvier 1886 pour se faire une idée de la rentabilité de l’opération. Le préfet demande à combien s’élève la vente de poisson et demande une délibération. Le maire déclare au préfet : «Vous devez savoir aussi bien que moi qu’il est impossible de donner le détail vu qu’il en a été soustrait dans la nuit du 27 au 28 octobre 1885. En outre, la quantité que je me suis approprié (et déclaré à l’octroi) se compose de douze pièces pesant environ 5 kilos. Il en a été aussi donné au curé une quinzaine qu’il a payé 0,80 F le kilo (soit 7 francs au total)… J’en ai donné quelques morceaux…» Il ne fallait pas pousser le bouchon trop loin…UN
OURAGAN DEVASTE RAIX
Selon « L’ILLUSTRATION » n° 4800 du 2 mars 193 : «Une tempête d'une violence inouïe s'est déchaînée le 22 février sur la France. Elle a duré plusieurs jours, causant d’importants dégâts dans de nombreuses régions. Le vent a atteint par endroit la vitesse de 100 kilomètres à l'heure, emportant les toitures, déracinant les arbres, faisant des victimes. Les trains ont été considérablement retardés, les signaux et les poteaux télégraphiques encombrant les voies de leurs débris. A Bordeaux, où se sont fait sentir ses premiers effets, beaucoup d’arbres ont été déracinés, d'innombrables toitures ont été endommagées ; la ville a même été pendant plusieurs heures privée de toutes communications téléphoniques et télégraphiques. Dans la région de Rochefort, des bateaux de pêche ont coulé. A La Rochelle, les arbres du mail ont été abattus, de nombreuses maisons endommagées ; à la Pallice, l'eau soulevée par la force du vent a arraché la porte d'une écluse, et seules ses chaînes l'ont empêchée d'être emportée. Dans la région de Brive, des hangars et des granges se sont écroulés. En Indre-et-Loire, un cultivateur a été tué par la chute d'un arbre. A Reims, une vieille femme, renversée par la violence du vent est morte sur le coup. En Haute-Savoie, une jeune femme a été tuée par la chute d'une cheminée et un homme par celle de la toiture de sa maison. Paris n’a pas été épargné par la tempête bien qu'ayant beaucoup moins souffert : dans les squares, des arbres ont été déracinés, des cheminées se sont abattues et le niveau de la Seine est monté sensiblement». Raix
n’a pas été épargné par cet ouragan. La commune et notamment le
champ de foire aux bœufs ont rudement souffert. Sept des huit noyers
plantés sur ce dernier ont été soufflés. D’ailleurs, monsieur
Courtioux, de la Groge, bénéficiaire du contrat de placier sur les
champs de foire de Raix va dénoncer son contrat au mois de janvier
suivant. Sa première argumentation est bien évidemment la baisse de
fréquentation des foires, mais il précise aussi le manque à gagner
sur la récolte de noix tirée des arbres détruits. Selon
le registre de délibération
de Raix, janvier 1936. A cet instant, les noyers avaient encore quelque importance. Cette tempête n’est pas encore oubliée. De nombreux témoignages identiques sont faciles à recueillir, qu’ils viennent du Limousin ou de la Charente-Maritime. LA VIGNE Raix,
de par la nature de son sol et son ensoleillement, est prédisposée
depuis tout temps à la viticulture, laquelle, pense t’on, fut
introduite en Gaule par les romains.
Cette
production ne pouvait cependant être majoritaire en raison du peu de superficie
de la commune (ou de la paroisse
avant la révolution). On cultivait alors du froment, du safran,
du lin, etc... Une bonne surface était réservée, par ailleurs, aux
ouches, en périphérie du bourg. De plus, les taxes sur le vin étaient
exorbitantes, de l’ordre des taxes sur l’essence aujourd’hui. Il
aurait fallu abandonner, au titre des taxes, huit verres de vin pour
en boire seulement deux. Il n’était donc pas rentable de produire
au delà de sa propre consommation. La
révolution abolit ces taxes
et comme souvent en Charente, la production de vin puis d’eau de vie
prit des proportions impensables auparavant. Cette production s’écoulait
pour partie localement, notamment lors des foires par l’entremise
des cafés et restaurants d’un jour, sinon partait transformée en
eau de vie. Raix
prospérait, sa population atteignait les 400 habitants. Le village
s’enorgueillissait de sa magnifique place dont la mare venait d’être
entourée de murs neufs. De nombreuses maisons adoptaient le style
charentais au travers de leurs grandes ouvertures, de leurs deux ou
trois niveaux habitables et se coiffaient d’un
toit à quatre pans. Les porches
ronds rendaient majestueuses les entrées de cour. Mais
c’était sans compter sur le phylloxéra ! A
partir de 1872, les vignes disparurent plus ou moins vite, détruites
par ce puceron. La majorité des terres virent leur destination réorientée
vers la culture des céréales. La luzerne venait d’être introduite
et sa pousse rapide, grâce au guano livré en gare de Villefagnan,
permit à beaucoup de se tourner vers la production de lait dont la
vente était facilitée par les laiteries coopératives depuis peu
installées. D’autres élevèrent des poulains ou des chevaux, sinon
des mulets. Les plus humbles, notamment les journaliers, disparurent.
Il ne restait que 240 âmes en 1914. Des vignes furent replantées, ensuite, dès que fut connu le remède du mal mais leur étendue resta modeste. Chacun prévenu et doutant des résultats, ne voulut prendre de risques. L'EAU Le
bourg de Raix coiffe une petite colline à 130 mètres en moyenne au
dessus du niveau de la mer. Le point le plus haut de la commune
culmine à 143 m, le plus bas à 90 m. La pente croît du sud vers le
nord. Le climat qualifié de type méditerranéen favorise des étés
secs suivis d’hivers humides. Le vent souvent présent rentabilise
l’installation de moulins à blés. Cependant, le sol de nature
argilo-calcaire favorise plutôt la fuite en avant de l’eau,
laquelle rejoint au plus vite le Bief ou Rivière de Raix. La commune
ne dispose donc ainsi que de quelques puits, souvent profonds et
presque tous taris en saison chaude. Les anciens, prudents
et sages,
ont donc creusés, au hasard des zones argileuses, de nombreuses mares
(au 19ème il en existait trois à la Groge, une à la Métairie et
six au moins dans le bourg). L’été
1929 fut l’un des plus arides de ce siècle. L’eau était si rare
que la municipalité fut contrainte de rationner l’eau potable : à
part celui de l’église, un seul puits public en, haut de la place,
était encore en mesure de fournir un peu de ce précieux liquide. Un
unique seau était distribué à chaque famille par le zélé
garde-champêtre qui n’officiait qu’une heure par jour, de midi à
13h00. Gare aux retardataires ! Cela lui valut de farouches
empoignades avec les mères de jeunes enfants : certaines l’ayant
d’ailleurs menacé de le jeter dans le puits. Pour
les autres besoins et notamment ceux des animaux, il fallait se rendre
au Bief, entre la Fournière et la Leigne, afin de puiser dans une fosse
aménagée par la municipalité. Cette eau était transvasée dans des
bassines, sinon des barriques installées sur une charrette. Mais une
grande partie se perdait en chemin au passage des fondrières ! Aussi,
c’est généralement avec le plus grand soulagement que fut
accueillie l’adduction d’eau en 1949. Plus de risque de manquer
alors, sauf peut être lors d’hivers rigoureux gelant les premières
canalisations insuffisamment enterrées. Maintenant chacun peut jouir
à volonté de cette eau arrivée d’une autre commune, d’un autre
canton (voir page SIAEP). DEUX
MOULINS
A VENT A RAIX Oui bien sûr, chacun connaît les vestiges du vieux moulin à vent ! Mais qui est en mesure de situer le second ? Etait-ce un moulin à vent ou à eau ? Lorsqu'ils étaient enfants, les plus anciens de la commune ont sans doute joué dans ses ruines. En effet, ces dernières furent démantelées au cours du premier quart de ce siècle. Mais cela ne nous dit pas quel était ce moulin ! La carte d’état-major éditée en 1852 (échelle au 1/80000) nous le situe quelques mètres à l’ouest de l’actuel : sa plate forme se dessine encore. La carte de Cassini, tracée du siècle précédent n’en dessinait qu’un seul. Alors, lequel était le plus ancien ? C'est celui dont la tour existe encore. Le plus ancien appartenait au meunier Garnaud, ce n'était pas un moulin banal de même qu’il existait un four banal car le vent et l'air appartiennent à tous. Sous l'ancien régime, chacun faisait moudre son grain contre redevance qui se faisait sous la forme d’un prélèvement sur les quantités à moudre. Le second moulin a été construit en 1801 et appartint à un certain Bernardin. L’emplacement de ces moulins avait été choisi favorablement à l’extrémité sud du plateau de Raix ; ainsi disposaient-ils d’un maximum de vent dont le courant venait s’enrouler sur la face sud du plateau. La viticulture en pleine expansion, l’obligation de conserver une part importante du territoire communal en prairie (ouches) afin de nourrir les animaux domestiques (pacquage et foins), ont limité au XIXe siècle la culture céréalière à son strict minimum. D’où sans doute le fait que le second moulin soit devenu obsolète très vite. Le second, pour sa part, fut victime de l’arrivée des minoteries. Qui n’a pas rêvé de voir repousser des ailes sur la tour du moulin actuel ? Qui peut imaginer la beauté de ces deux moulins lorsque le vent entraînait leur voilures ? Don Quichotte ? Non, chacun de nous ! LES CIMETIERES Le
plus ancien lieu de sépulture connu nous vient de l’époque préhistorique
: il se situe aux Fontiaux. En effet, là existait un dolmen : il
s’agissait d’une chambre funéraire recouverte d’un tumulus. Ce
monument fut détruit vers 1962 lors du remembrement. De
la préhistoire nous rejoignons l’époque gallo-romaine qui ne nous
révèle aucune sépulture particulière. La aussi, le remembrement a
su détruire bon nombre de traces. Le
haut moyen âge nous a laissé quant à lui quelques sarcophages au
centre du village, mis à jour notamment lors des travaux
d’adduction d’eau : devant l’église, ainsi qu’à l’est et
à l’ouest de la place, à l’emplacement des rues mais aussi sous
les maisons. Notons
au passage que le nombre de ces témoins se réduit considérablement. Il
ne faut pas oublier l’église elle même qui servit de lieu de sépulture
tant aux prêtres ou religieux, qu’aux seigneurs. En
fin, le 10 mars 1776, le Roi déclare interdit l’inhumation des
corps dans les églises et ordonne le transfert des cimetières à
l’extérieur des villages ; la distance minimum sera fixée à
cinquante toises. LE
BUDGET COMMUNAL Pas
de commune sans budget communal ! Des dépenses très diverses
pour les bâtiments publics, la scolarité, les routes et les chemins,
les champs de foire, les mares et les puits, les salaires du personnel
communal, l’indemnité de logement du prêtre, etc. Des recettes
sont à opposer, parfois en nature. Simple
en 1819, l’établissement du budget est devenu peu à peu un véritable
casse tête pour les municipalités. Mais c’est bien parce que les
conseils municipaux successifs ont su mener avec soin cette entreprise
que Raix a pu élargir ses chemins, entretenir son église, faire
reconstruire sa halle, acheter un nouveau champ de foire, construire
de nouveaux murs autour de la mare ou du cimetière et bâtir sa
mairie école. Si
l’un des plus gros postes à pourvoir en frais de personnel en 1820
était le traitement du garde champêtre, 200 F l’an, la commune dût
peu à peu diversifier ses lignes de budget. En exemple, 310 F seront
consacrés à la réparation de l’église cette même année :
«Pour
la charpente de la chapelle, la couverture et le raccommodage de la voûte
au dessus de l’autel, la couverture du corps de l’église,
menuiserie et vitrage d’une croisée entière, blanchissage de
l’intérieur». Ces dépenses ont été couvertes par un impôt
extraordinaire. Plus étonnant en 1821, la commune subventionne l’Etat :
« 10
F pour le domaine de Chambord ». En 1824, le curé se voit
attribuer : « 230
F pour une messe tous les 15 jours, les vêpres tous les 15 jours,
enterrements gratis ». Il fallut opposer des recettes aux dépenses
communales, d’où l’intérêt d’un garde champêtre. Voici le
tarif de quelques amendes :
« 1 F pour deux bœufs dans les champs d’autrui ; 50
centimes pour un cheval, une jument, une mule ou un mulâtre ; 10
cts pour une brebis ou un mouton ; 20 cts pour un cochon (2) ».
Il fallait déduire en 1828 le coût de l’entretien de son matériel :
« 12
f pour réparer la caisse (tambour) de la commune et ses cordages ».
Et compter quelques frais pour le culte : « 52F
pour un ciboire avec coupe en argent et pied de cuivre plaqué, 30 F
pour un bénitier en cuivre plaqué, 36 f pour un ornement noir (curé),
36 f pour un ornement de couleur variée et… 36 F pour l’érection
d’une croix soit 8 F de maçon; 15 F de menuisier et achat bois
peinture, et 3 F pour une patte en fer ». Les
habitants pouvaient préserver leur bas de laine en participant à
l’entretien des chemins, l’impôt était donc acquitté en nature :
« Deux
journées par habitant à raison de 1 F la journée, 1 F la journée
de bête de trait, 50 centimes la charge de charrette ou tombereau, 2
F la charge de cheval de selle ou de luxe, de mule ou de mulet ».
Le budget communal de 1828 s’établissait ainsi : « 1037,74
F de recettes contre 999,35 F en dépenses ». En
1832, Raix participe aux travaux de réparation de la route de Ruffec
à Villefagnan construite en 1788 (une route arrondissementale écrivait
le maire). En 1835, la commune versera « 20
F à l’Abbé Paramelle pour indiquer une source dans la commune ».
Avec succès puisque cette source alimentera le puits public du futur
champ de foire aux bœufs (3). En
1836, La corde de la cloche de l’église est remplacée : 12 F.
La commune inscrit l’école à son budget : « Suite
à la loi du 28/6/1833 et à l’ordonnance du 16/7/1833… le
traitement annuel de l’instituteur sera de 52, 03 F en 1837
… la location de la maison d’école - domicile de l’instituteur
- sera de 30 F ». En conséquence, en 1837 le conseil décidera
«de
ne plus envoyer d’indigents ou d’autres enfants à l’école
primaire de Courcôme et donc ne plus participer aux frais induits ».
Mieux, il décidera encore de s’imposer dès 1839 « en
vue de construire une maison d’école à Raix, avec son mobilier et
d’associer des frais de traitement de l’instituteur ».
1838 verra débuter le grand chantier du chemin de grande
communication n°27. DU SOLEIL… DU SOLEIL… La sécheresse n’est pas un phénomène nouveau, ni à Raix, ni ailleurs. M. le Préfet a rencontré quelques soucis cette année pour réglementer le pompage et l’utilisation de l’eau en Charente. Un casse-tête qui lui a réservé sans doute quelques «chaleurs» depuis le printemps. De nombreux arrêtés de restriction se sont ainsi succédé... Imaginons
ce que pouvait ressentir le maire en prenant celui-ci dès le 17 août
1892 afin de réglementer l’utilisation de l’eau des puits, un an
avant la sécheresse historique de 1893. Arrêté
au sujet de la disette d’eau Nous
Maire de Raix -
Vu la loi du 24 août 1790 ; -
Vu l’art. 97 de la loi du 5 avril 1884 ; -
Vu l’art 471 paragraphe 5 du code pénal ; -
Considérant que la persistance de la sécheresse fait craindre que
l’approvisionnement des puits publics ne devienne insuffisant pour
les besoins de la population ; -
Considérant que cette insuffisance peut amener de grandes conséquences
en ce qui concerne l’hygiène publique ; -
Considérant que cet ordre des choses impose à l’autorité
municipale de prendre des mesures préventives. ARRETONS Art.
1 : A partir d’aujourd’hui et jusqu’à nouvel ordre,
l’eau contenue dans les puits communaux est exclusivement réservée
pour la cuisson et la préparation des aliments des personnes. Art.
2 : Il est formellement interdit de se servir de l’eau des
puits communaux pour d’autres besoins, quels qu’ils soient,
notamment pour abreuver les animaux, lessiver le linge, arroser
l’intérieur des habitations, faire fonctionner les machines à
vapeur. Art.
3 : Tout contrevenant aux dispositions édictées dans les deux
précédents articles sera passible des peines prévues par
l’article 471 du code pénal. Art.
4 : Le garde champêtre est chargé de veiller à la stricte exécution
du présent arrêté qui sera porté à la connaissance du public par
publication à son de caisse et affiché à la porte de la mairie. Mairie
de Raix le 17 août 1892, Le maire, Eugène Béguier. Le
conseil municipal se réunissait le dimanche 23 juillet 1893 à 11
heures en session extraordinaire sous la présidence de l’adjoint
Brothier pour délibérer sur une réclamation au sujet de la sécheresse.
Monsieur
le président exposa que les nombreuses plaintes des agriculteurs de
la commune lui avaient fait provoquer cette réunion. Il proposa au
conseil de solliciter de l’administration un secours pour leur venir
en aide.
« Le
conseil, considérant que la
sécheresse de cette année a détruit la majeure partie des récoltes
et notamment les foins, que cet état des choses justifie les
plaintes des cultivateurs et autorise leurs justes réclamations,
attendu que le gouvernement attribue un dégrèvement foncier pour
venir en aide aux régions éprouvées par cette calamité,
s’associe au vœu émis par le président et prie l’administration
de vouloir bien comprendre la commune de Raix parmi les communes
secourues. » LE MONUMENT AUX MORTS
Ils sont morts pour la France
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