|
1.
Terrine, le pâté de perdreau truffé
2.
La truffe
3.
L'oie production gauloise
4.
Le foie gras
5.
Le maïs de La Faye ou de Ruffec
6.
Thorel et l'Hôtel de la Poste
7.
Les Deschandeliers
8.
Claudot
9.
Les Rouillon hôteliers et résistants
10.
Poste et l'hôtel des Ambassadeurs
11.
La Toque Blanche (l'Angle d'Or)
12.
Le Chêne Vert
13.
Rouchier Bazel pâtissiers confiseurs
14.
Rhums Lameth
15.
Le fromage
gras et la tarte fromagère de Ruffec
16.
Le foie gras aujourd'hui en Nord-Charente
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|
Ruffec s'est
fait connaître internationalement pour ses pâtés de perdreau truffé.
On se demande encore comment les bons
goûts locaux, les personnages dits éclairés, ou le commerce,
ont pu laisser se perdre un tel raffinement. Aujourd'hui,
quelques initiatives subsistent en matière de foie gras, mais
la renommée de
Ruffec
semble définitivement évaporée. Sauf si réapparaissait un
personnage de la stature de Thorel... ou de Deschandeliers... ou
de Claudot... ou de Rouillon.
Le pâté de Ruffec,
était confectionné comme une galantine, à savoir que le perdreau
n'était pas mélangé au porc, mais réparti en couches sous forme de
lamelles.
Le pâté était
initialement contenu dans une coque de pâte (d'où le nom
de pâté) laquelle ne se consommait pas, en principe. Puis on utilisa
des terrines de terre cuite fabriquées en énorme quantité à
Angoulême par exemple.
Les truffes
étaient récoltées au début dans la région de Ruffec.
Si ici, on parle de
foie gras, c'est parce que son histoire n'appartient pas qu'au Sud-Ouest,
d'autant qu'il a été réinventé en Alsace. |
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Plus tard,
après le pâté de perdreau truffé, Ruffec se
fera célèbre par ses foies gras.
Et ses
galantines d'oie puis de canard. Cette
recette délicate consiste à entrelarder généreusement les couches de viande du pâté
(porc et canard ou oie mêlés) par de belles tranches de foie gras. Une recette pratiquée
encore par des producteurs locaux, et de rares familles (attention,
ne pas mettre de quatre épices).
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L'Angoumois
et Angoulême, pays de tradition gastronomique, joli contexte
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Le
Sieur Porcabeuf (1770), traiteur qui sert les meilleures tables,
a mérité cette préférence par ses pâtés de canards, perdrix
et mauviettes, farcis de truffes d'Angoulême, et sans croûte ;
il accommode lui-même des dindes à la Gâtinaise. Sa demeure
est à Paris, rue du
Paon, à l’Hôtel de Tours.
Il
y a ici des fabriques de faïence… (1830) Le safran est cultivé
en grand dans les champs de l'arrondissement d'Angoulême.
(1830) Le gibier est abondant et sa chair très goûtée dans
ces contrées. On en fait des pâtés qu'on met dans des
terrines et qu'on envoie au loin bien apprêtés et bien truffés
pour la satisfaction des amateurs. (1830)
Un
bon dîner n' est jamais de trop dans les courses longues d'une
vie si courte. Un bon dîner fait passer par dessus bien des
ennuis et même quand vous sourit la fortune, il ajoute à son
piquant et trompe la monotonie du bonheur. Les promenades d'Angoulême
sont délicieuses par les ombrages et par les points de vue. Les
bains sont bien soignés et c'est une excellente chose qu'un
bain pris en sortant de voiture et avant de se mettre à table.
Le bain est une sorte de panacée pour une foule de maux qui ne
tiennent qu'à des échauffements et des engourdissements. Notre
pauvre vie sociale est si mal organisée et nous faisons si peu
usage de nos bras et de nos jambes que si nous n y prenions
garde, ils finiraient par se paralyser avant l'âge. (1830)
Comestibles
à Angoulême en 1854 : vins, eaux-de-vie de Cognac,
truffes, châtaignes, poisson salé, sel, safran, fabriques
considérables de faïence et de papier estimé, pâtés de
perdrix aux truffes expédiés pour toute la France. |

Un bon
livre quand on est en route, c’est l'Almanach des
Gourmands,
et si l'on veut encore l'ouvrage de Le Grand d'Aussi sur l'ancienne
cuisine des Français. On sait ce que chaque pays a de meilleur,
et de cette manière on peut se régaler à toutes les tables d'hôtes
de ce qu il y a de plus fin et de plus recherché dans les
villes diverses que l'on rencontre. |
De
la terrine
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Définition
de la terrine
"Vaisseau de terre de ronde plat par en bas,
et qui va toujours s'élargissant par en haut. Terrine vernissée
; terrine à mettre du lait ; terrine à savonner ; terrine de queues de moutons,
une terrine d'ailerons..."
La
terrine était le meilleur moyen de conserver les galantines et de les
exporter. Jusqu'à 18 mois parce que la terrine cuite pleine, et le
couvercle étanché, ne laissaient aucune place à l'air.
"Pour conserver
longtemps une terrine, on comprime les viandes au moyen d'une plaque,
que l'on posera dessus dans la terrine et que l'on surchargera d'un
poids de 1 ou 2 kg, et cela à la sortie du four. On retirera le tout le
lendemain, en chauffant un peu la plaque, et on recouvrira de la graisse
et du couvercle, en y recollant du papier."
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Les
terrines de Nérac, de Périgueux et de Ruffec (on disait pâté de
Ruffec) sont plus des galantines que des pâtés. C'est très
difficile de dénicher la recette originale mais nous la retrouvons en
1830. Attention aux palais sensibles, ils risquent de
baver...
1868,
terrines de Nérac, Ruffec et Angoulême
La composition de ces terrines est des plus heureuses
: du gibier, des foies de volailles, des truffes, le tout artistiquement
combiné et condimenté. Quelques gastronomes les estiment presque à l'égal de celles de Strasbourg sur lesquelles elles ont l'avantage d'un prix moins élevé. Cependant elles ne sauraient être placées sur la même ligne au point de vue commercial. Des trois localités que nous venons de nommer ci-
dessus, Nérac est celle dont la renommée est la plus ancienne et la plus étendue.
(Avis d'un Strasbourgeois sans doute...)
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|
Ruffec
et sa région étaient connus des rois de France pour leurs bonnes
recettes (Lire Guez de Balzac à ce sujet).
Ainsi le pâté de perdreau truffé...
"Je ne sais
de quelle route arrivait ce courrier ; mais sa malle contenait de
singulières dépêches. Avant d'en venir aux lettres, il fallut débarrasser
la voiture d'une terrine de Nérac (pâté de perdrix truffée), à
l'adresse d'un chef de bureau, qui lui-même en avait disposé en
faveur d'un juge de la cour d'appel, où il venait d'évoquer une
affaire ; d'un baril d'huile de Provence, destiné à la femme d'un
administrateur ; d'une cloyère d'huîtres vertes de Marennes, promise
par un acteur ambulant à un journaliste sédentaire ; enfin, après
avoir encore extrait de la malle deux jambons de Bayonne, un fromage
de Roquefort, et 10 livres de truffes de Ruffec,
dont le conducteur seul connaissait la destination, on sortit la
correspondance. Elle fut sur-le-champ portée au bureau d'arrivée :
deux heures après, chaque lettre était parvenue à son adresse."
Source :
Le Bonhomme ou Nouvelles observations sur les mœurs parisiennes –
1818

Plaque
début XXe
Grand-Hôtel
des Postes tenu
par Claudot-Deschandeliers.
Maison
d'ancienne réputation, de premier ordre.
Grand jardin dans l'hôtel,
omnibus à tous les trains.
A la saison
de la chasse, les perdreaux arrivaient à plein panier. Dès
que les volatiles sont plumés et désossés, leur chair et
quelques lamelles de truffes locales «bondissaient» relever le
goût des terrines de pâté de Ruffec. Un véritable péché
selon Guez de Balzac, une gourmandise très convoitée à la Cour du Roi
de France.
|
Recette
du pâté de perdreau truffé de Ruffec
Prenez
3 ou 4 perdrix rouges, selon la grandeur de la terrine qui doit vous
servir (ces terrines sont en faïence ou porcelaine allant au feu) ;
coupez les pattes et les ailes, désossez-les et les assaisonnez de sel
et d'épices.
Prenez les foies dont vous avez ôté l'amer, pilez-les,
mettez dans votre mortier une farce pareille à celle qu'on emploie pour
la galantine de dinde, pilez jusqu'à la consistance d'une pommade ;
faites de petits filets de jambon, de lard, de langue à l'écarlate, de
truffes, des filets mignons de vos perdreaux ; étendez les perdrix et
posez sur chacune une barde de lard, un peu de farce, des filets de
jambon, de lard, de perdreaux, de truffes ; roulez vos perdrix comme des
petites galantines, foncez le fond et le tour de votre terrine avec des
bardes de lard, mettez-y de votre farce à un quart de la hauteur,
quelques truffes, les perdrix l'estomac en bas, finissez de remplir la
terrine avec de la farce et des truffes afin qu'il n'y ait aucune
cavité dans l'intérieur.
Garnissez le dessus de bardes de lard, et
fermez la terrine de son couvercle ; collez autour de la fermeture des
bandes de papier trempées dans une pâte d'eau et de farine, afin que
l'air ne pénètre pas.
Faites cuire à un four doux pendant 3 ou 4
heures, selon l'épaisseur ou la grandeur de la terrine.
Ayez un
couvercle sans queue, qui entre juste dans la terrine, mettez-le sur la
viande et chargez-le d'un objet pesant pour presser; retirez la graisse
qui couvre le couvercle pour vous en servir plus tard.
Le lendemain
mettez un couvercle sur la terrine avec du feu dessus, afin de
chauffer et de détacher celui qui presse la viande ; faites
fondre la graisse que vous avez enlevée la veille du dessus de
votre couvercle et la remettez sur la terrine.
Lorsqu'elle sera
froide, finissez de la remplir avec du saindoux que vous
laisserez refroidir. Remettez le couvercle de la terrine que
vous aurez bien nettoyée ; collez du papier autour du couvercle
et la laissez dans cet état jusqu'à ce que vous soyez disposé
à en faire usage.
Une terrine aussi bien conditionnée peut se
garder 18 mois, et je dirai môme que j'en ai préparé qui ont
fait des voyages de long cours et qui sont revenues sans être
endommagées.
Lorsque vous voulez vous en servir vous retirez la
graisse qui est sur la terrine jusqu'a la viande; trempez la
terrine dans l'eau chaude et renversez-la sens dessus dessous
sur votre plat, ou bien servez sur table avec la terrine, ce qui
est le plus en usage.
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de page
|
De
la truffe
|
La
truffe d’Angoumois est (était) jaune et musquée
Plante, ou
plutôt tubercule charnue, sans tiges, sans racines, sans
feuilles ; écorce plus dure que la substance intérieure,
chagrinée et comme vermiculée à sa superficie. On distingue
dans le commerce trois espèces, on plutôt trois à quatre variétés
de truffes. Sont-ce réellement des variétés ou une manière
d'être différente quant à la couleur, soit extérieure, soit
intérieure, de la chair et de l’écorce, soit à l'odeur ou
parfum ?
Les
blanches, appelées truffes du printemps, n'ont point d'odeur,
ou du moins très-peu, proportionnée à celle des noires.
En
Angoumois, on en trouve dont la couleur est jaune ou d'un brun
clair, et dont le parfum est musqué. Elles y sont méprisées,
et nommées maquettes.
Les muquettes, ou
musquées d'Angoumois, sont une variété réelle
des premières, ainsi que celles des environs du Mont Cenis.
Cette plante singulière affecte certaines régions , certaines
espèces de terres, et on peut dire qu'en France elle suit une
latitude de l'est à l'ouest du royaume, sur une hauteur du nord
du midi de 30 à 36 lieues.
|
Les vraies
provinces à truffes noires sont le Bas-Dauphiné, le nord de la
Provence, la chaîne des montagnes qui traverse le Languedoc, de
l'est à l'ouest, et surtout les
provinces du Périgord et de l'Angoumois où elles surabondent,
tandis qu'elles sont exclusivement rares dans le Poitou et dans
la Saintonge qu'elles avoisinent.
J'en ai trouvé de fort
petites, à la vérité, dans les environs de Lyon, au pied des
charmes. On en rencontre par hasard quelques unes dans la
Bourgogne.
En Angoumois elles se
multiplient jusque dans les vignes, dans les terres labourées
et dans les chaumes. Cependant l'observation générale
prouve que les meilleures et les plus belles aiment l'abri des
arbres quelconques ; que les voisines du chêne noir sont
plus délicates ; que le genévrier diminue leur qualité ;
enfin , que si on coupe leur arbre protecteur, la truffière
disparaît. On a encore observé qu'on n'en trouve pas, ou du
moins rarement, au pied des arbres fruitiers à pépin.
La
truffe ne souffre aucune plante dans son voisinage. La surface
de la terre est nue par-tout où elle végète ; et pour
peu que le sol soit sec, se gerce en manière de croix sur
l'endroit où la truffe végète.
|
"Le
cochon destiné à la recherche des truffes, doit être âgé
d'environ cinq mois, leste et accoutumé à marcher, afin
de pouvoir résister à la fatigue du matin au soir, et
parcourir quelquefois trois ou quatre lieues dans la journée.
On est obligé, par cette raison, d'en dresser un jeune tous les
ans ; il deviendrait trop pesant d'une année à l'autre. Tous
les cochons ne sont pas propres à ce travail : plusieurs
regardent avec indifférence les truffes, et d'autres les
mangent avec avidité."
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Du
maïs de La Faye ou de Ruffec
|

Une
fusée de maïs de Ruffec
Blé d’Espagne
selon les uns, blé de Turquie selon les autres dans les textes
anciens, le maïs avait trouvé de confortables « charentaises »
à Ruffec.
Les anciens l’appellent aussi le
maïs de La Faye.
Ce maïs présente l’avantage d’offrir des grains ronds, dénués
d’aspérités, qui ne blessent pas l'œsophage du canard lors du gavage.
Le mais
hybride a remplacé la variété locale dite de Ruffec : il
couvre de faibles superficies. (1965)
|
En
1900, le président du syndicat agricole et viticole de Thouarcé,
dans le Maine et Loire, demandait par lettre au Docteur Claude
Brothier, maire de Villefagnan, de lui envoyer l’adresse
d’un négociant sérieux, ou d’un producteur « qui
serait à même de nous en procurer en bonne qualité ».
La réputation de ce maïs, qui pousse encore dans les jardins
des passionnés, avait largement dépassé les limites du Ruffécois.
|
Aujourd’hui, à La Forêt- de- Tessé, par exemple, des
agriculteurs ont replanté ce maïs local à partir de souches
fournies par le conservatoire des semences à Toulouse. |

|
| Chaque
année, en hiver, une bande de copains se réunit pour "épanouiller"
le maïs (enlever les feuilles autour de l'épi) et tresser des
"troches" (photo ci-dessus).
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|
|
L'oie,
une production gauloise
Les
Gaulois faisaient à Rome un grand commerce d'oies. Il en partait des
troupeaux immenses, surtout du pays des Morins (département du
Pas-de-Calais). Pline, le naturaliste, rapporte avec étonnement
qu'ils allaient à pied jusqu'à Rome, et il remarque que les
conducteurs employaient pendant la route une adresse singulière pour
faire heureusement parvenir toute la troupe à destination : ils
plaçaient au premier rang les oies qui étaient fatiguées, afin que
la colonne que formaient les autres, les poussant en avant, elles
fussent forcées de marcher. Dans la suite, le commerce des oies,
quoique moins étendu, resta toujours en honneur dans les Gaules.
Charlemagne voulait que ses maisons de campagne en fussent pourvues,
et un vieux proverbe prouve en quelle estime était l'oie parmi nos pères :
"Qui mange l'oie du rot, cent ans après en rend la plume".
C'était le grand régal du peuple et des bourgeois. Les oies, prises
au pillage d'une ville, étaient réservées, au XIVe siècle, pour le
grand maître des arbalétriers, comme on le voit dans la somme rurale
de Bouteiller.
Les rôtisseurs n'avaient presque que des oies dans
leurs boutiques. De là le nom d'oyers qu'on leur donnait. La rue où
ils s'établirent à Paris en prit le nom de rue aux oies, que l'on a
plus tard corrompu et changé en celui de rue aux Ours. Aujourd'hui
encore, quoique l'oie ait beaucoup perdu de sa réputation culinaire,
un certain nombre de villes, telles que Metz, Auch , Strasbourg,
Bayonne, s'enrichissent du commerce des oies. Le foie est surtout
estimé.
Déjà, du temps des Romains, on savait développer le foie
des oies en les nourrissant de figues, comme on le voit dans Horace :
Pinguibus et ficia pastum jecur anseris.
Boudin
de foies gras.
"Pour
faire six bouts de boudins, prenez huit foies gras que vous hachez ;
faites cuire six oignons avec du bouillon gras, un bouquet de persil,
ciboules, une demi-gousse d'ail ,deux clous de girofle, thym, laurier,
basilic, un peu de coriandre dans un petit linge. Quand ils font bien
cuits, hachez-les très-fin, & les mêlez avec les foies gras ;
ajoutez-y une demi-livre de panne coupée en dés ; un demi septier de
bonne crème, trois demi-septiers de sang de cochon, sel fin, épices
mêlées ; mettez le tout sur le feu, seulement pour le faire tiédir
en le remuant toujours de crainte que le sang ne se lie dans le fond ;
ensuite vous l'entonnez dans des boyaux comme les précédents, &
les faites cuire de même." Mais ça
c'était avant que Close invente le pâté de foie gras.
"On
sait que Strasbourg fait avec ces foies des pâtés dont la réputation
est européenne. Les plumes d'oie sont aussi un objet de commerce, et
Champier rapporte qu'elles étaient déjà, de son temps, un des
principaux revenus de la Beauce. On suspendait quelquefois une oie
comme but du tir dans les fêtes champêtres. Tirer l’oie était
encore un jeu en honneur au XVIIIe siècle. Le cardinal de Retz
parlant de l'habillement des Parisiens pendant les guerres de la
Fronde, les représente les cheveux frisés, le poil ras, en souliers
noirs et en bas de soie, comme des gens qui vont tirer l'oie."
Du
foie gras
|
Le
foie gras
Le foie gras
est obtenu par gavage de l'oie puis du canard.
"Le
foie gras n'a été inventé ni dans les Landes ni en Alsace. Déjà,
sur les fresques des tombeaux d'Égypte figuraient des oies aux
foies rebondis (1). Des
hiéroglyphes exposés au musée du Louvre en témoignent. Sur
les bords du Nil, point de passage de la migration des oies et
des canards, on aurait remarqué la faculté naturelle de ces
oiseaux à constituer des réserves de graisse avant
d’affronter le voyage du retour. En effet, les oies capturées
avant le grand départ possédaient un foie hypertrophié qui
faisait le régal de ses consommateurs. Voilà comment serait née
l’idée de gaver les oies et les canards en imitant cette
tendance naturelle des palmipèdes. Connue aussi des Grecs et
des Romains, la tradition du gavage est diffusée par les
communautés juives en exode qui utilisaient l’engraissement
des oies pour produire des matières grasses remplaçant ainsi
le saindoux (considéré comme impropre à la consommation). Un
point sur lequel tous les historiens s’accordent, c’est la
paternité du « pâté de foie gras », un foie gras
enfermé dans une croûte pâtissière. Cette recette qui s’épanouit
au XVIIIe siècle est alsacienne.
(1)
Mais on ne possède aucune preuve que les Egyptiens mangeaient
du foie gras, ils semblaient intéressés plutôt par la graisse
de l'oie.
En revanche, le pâté de foie gras, avec croûte
feuilletée et barde de lard, a bel et bien été inventé à
Strasbourg par Jean-Pierre Clause, cuisinier d'origine lorraine,
alors au service du maréchal de Contades, en 1778. S'installant
à son compte en 1784, Clause développa ensuite son invention
et vendit à tour de bras son " pâté de foie gras à la
Contades"... A
lire en détail ci-après.
Gavés
aux figues
Il
faut ajouter que Le gavage des oies était déjà pratiqué par
les Romains qui utilisaient pour cela des figues. " Dès
que l'animal était tué , le foie était plongé quelques
heures dans un bain de lait miellé. qui le gonflait et le
parfumait. " (Scipion Metellus- gourmand romain).
|
Quand la
truffe s'en mêle
Nicolas Doyen, alors au
service du président du tribunal de Bordeaux, peu avant la
grande Révolution, vint à Strasbourg chez Jean-Pierre Clause
perfectionner son art, créant à son tour un "pâté de
foie gras de Strasbourg aux truffes du Périgord".
Le
foie d'oie, une vieille histoire
(1868)
L'oie paraît avoir été domestiquée par les Grecs (1). C'est du moins l'avis d'Isidore Geoffroy
: suivant Pictet elle aurait été auparavant en Asie.
L'oie sauvage nous est parfaitement connue, elle vient chez nous tous les ans. La comparaison des types est donc bien facile. Elle montre que l'oie domestique a grandi et a changé de couleur le plus souvent pour blanchir.
Déjà au temps de Varron et d'Horace, c'est-à-dire dans la période comprise de l'an 116 à l'an 26 avant notre ère, l'oie blanche était regardée comme la meilleure et comme produisant les foies gras les plus délicats. On recherchait donc déjà chez l'oie, à cette époque, les qualités qu'on lui fait acquérir aujourd'hui.
Les races appartenant à
cette espèce sont peu nombreuses et peu distinctes. Comme on n'a jamais cherché à améliorer chez l'oie que la chair, le foie, et la qualité des plumes, on s'est naturellement borné à propager d'un côté les races aptes à engraisser, de l'autre les races blanches.
(1)
Et les Egyptiens, et les Romains, et par al mouvance juive les...
pays de l'Est comme la Hongrie, la Bulgarie, et l'Alsace...
La
civilisation antique avait connu le secret de faire grossir le
foie de l'oie ; Rome l'avait trouvé en même temps qu'elle
parvenait à la domination de la Méditerranée.
Quand
il tombe de la neige, on dit que c'est la Sainte Vierge qui
plume ses oies...
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FONDATION
DU PATÉ DE FOIE GRAS.
Par
Charles Gérard, L'ancienne Alsace à table, 1862, page
29
« Reprenons
notre sujet au point où nous l'avons laissé. J'ai
célébré le pâté de foie gras de Strasbourg.
J'étais au cœur de la gastronomie alsacienne. A quel savant
adepte de la chimie culinaire devons-nous le pâté de foie
gras, tel qu'il triomphe actuellement (1862) d'un bout de
l'Europe à l'autre ? Voilà ce qu'il convient d'éclaircir à
cette heure.
Le maréchal
de Contades, commandant militaire de la province d'Alsace depuis
1762 jusqu'en 1788, craignant, à ce qu'il paraît, de se
commettre à la cuisine d'une province si nouvellement française,
amena avec lui son cuisinier en titre. Il
s'appelait Close et était normand. Il conquit dans la haute
société de cette époque la réputation d'un habile opérateur.
Le cuisinier normand avait deviné, par l'intuition du génie,
ce que le foie gras pouvait devenir dans une main d'artiste et
avec le secours des combinaisons classiques empruntées à l'école
française.
Il
l'avait, sous la forme du pâté, élevé à la dignité d'un
mets souverain, en affermissant et en concentrant la matière
première, en l'entourant d'une douillette de veau haché que
recouvrait une fine cuirasse de pâte dorée et historiée. Le
corps ainsi créé, il fallait encore lui donner une âme. Close
la trouva dans les parfums excitants de la truffe du Périgord.
L'œuvre était complet.
Cela
parait bien simple aujourd'hui, et où est le miracle ,
dira-t-on? Eh! mon Dieu oui, cela est simple, comme toutes les
grandes choses, comme la découverte de la gravitation, de la
vapeur et de l'Amérique.
L'invention
de Close resta un mystère de la cuisine de M. le maréchal de
Contades. Tant que dura son commandement en Alsace, le pâté
de foie gras ne franchit point sa table aristocratique. (FAUX
! puisque l'on en trouve à Paris dès 1784 : lire ci-après)
Mais le
jour de la publicité et de la vulgarisation approchait avec
l'orage révolutionnaire qui devait déchirer tant d'autres
voiles et ébruiter tant d'autres secrets.
|
L'on
était en 1788. M. le maréchal de Contades quitta Strasbourg et
fut remplacé par le maréchal de Stainville. Close fatigué de
servir un grand seigneur, prévoyant peut-être que les grands
seigneurs allaient finir, aspirant, d'ailleurs, à
l'indépendance et amoureux par-dessus le marché, se décida à
rester à Strasbourg. Il fit la cour à la veuve d'un pâtissier
français nommé Mathieu, qui demeurait dans la rue de la
Mésange, et l'épousa.
Clause
confectionna pour le public et vendit officiellement depuis lors
les pâtés qui avaient fait les délices secrètes de la table
de M. de Contades. C'est de ce modeste laboratoire que le pâté
de foie gras est parti pour faire le tour du monde!
Les
bourgeois qui dénigrent la révolution sont bien aveugles et
bien prévenus ! Sans elle, le pâté qui trône au sommet de la
série des jouissances gastronomiques serait peut-être encore
l'apanage et le privilège des maréchaux de France, ou tout au
moins des gentilshommes. Close
n'avait cependant que jeté les fondements de sa grande découverte.
Un autre cuisinier congédié par la révolution devait la compléter
et la perfectionner.
Les
parlements venaient de disparaître avec tout l'ancien régime.
Leurs premiers présidents n'avaient plus guère de goût pour
les plaisirs de la table. Celui du parlement de Bordeaux, M.
Leberlhon, licencia sa cuisine. Le chef de ce laboratoire célèbre
vint, au hasard, chercher fortune à Strasbourg. Il était
jeune, intelligent, ambitieux, et formé dans les meilleures
doctrines. Il se nommait Doyen. Après avoir débuté par les
plus modestes confections, notamment par les chaussons de pommes, dans lesquels il excellait, il s'adonna aux chaussons
de veau haché. Il y gagna une fortune assez ronde qui le
mit en état de faire concurrence à Close. J'ignore où était
le premier siège de son industrie. Mais elle devint hautement
florissante lorsqu'il la transporta dans l'ancienne tribu des
orfèvres, dite à l'Echasse,
rue du Dôme.
Doyen
perfectionna savamment et consciencieusement l'œuvre de Close,
et il doit être considéré comme le second fondateur du pâté
de foie gras, comme celui qui en a le plus glorieusement répandu
la célébrité et affermi l'empire. Il est le docteur et le
pontife de cette phalange de pâtissiers habiles et heureux, les
Mil, les Fritsch, les Muller, les Blot, les Artzner, les Humme,
les Henry, qui soutiennent encore aujourd'hui avec éclat le
vieux renom de l'invention succulente de Close
le normand. »
Lien
vers ARTZNER
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Inventé
par Close vers 1778, le foie gras de Strasbourg avait débuté sa commercialisation en
1784... A croire que ce n'était pas la recette de Close (à lire dans
le paragraphe Deschandeliers) mais la recette ancienne qui ressemble à
celle que l'on pratique aujourd'hui.
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Une
épicerie fine
En
1787, le Mercure de France indique qu'on peut trouver chez le
Sieur de Lavoyepierre à Paris du foie gras d'oie, du foie
gras de canard, des pâtés de perdreaux truffés.
On
s'approvisionne auprès du magasin de comestibles, chez le Sieur
de Lavoyepierre à Paris, rue Saint-Honoré, Hôtel des Américains.
Commande en écrivant au Sieur de Lavoyepierre avec une lettre
affranchie, dans laquelle on voudra bien lui envoyer un mandat sur
la Poste, ou lui indiquer une maison, à Paris, pour y recevoir
le montant de l'envoi ; on sera assuré de les recevoir, bien
conditionnées, par les courriers ou les diligences, dont le
port fera aux frais des commettants.
Nous
découvrons au travers de la publicité ci-dessous datant de la fin
du XVIIIe la façon
dont étaient commercialisés les premiers foies gras à Paris, et
nous pouvons constater que les foies gras de canards étaient
également de la partie. |
Le
Sieur de Lavoyepierre était marchand
de comestibles. Cet état, qui était à peine connu à Paris il
y a trente ans (article publié en 1812), s'est tellement
multiplié, qu'il est peu de rues qui n'offrent aujourd'hui des
Maisons de ce genre. Mais malgré leur multiplicité, les
consommateurs, après l'Hôtel des Américains, auquel on ne
peut rien comparer, et qui est absolument hors de ligne,
comptent à peine trois ou quatre magasins dans lesquels ils
puissent entrer avec confiance. Ce célèbre Hôtel des Américains
(rue Saint-Honoré, n° 147 ), fondé par M. Lavoyepierre,
auquel a succédé M. Labour, est tenu aujourd'hui par MM.
Labour neveu et Mielle, et n'a jamais joui d'un plus grand éclat
: c'est vraiment le chef-lieu de l'Europe gourmande, et le
magasin le mieux assorti de tout ce qui peut concourir à
stimuler, à flatter et à satisfaire la sensualité de l'homme
le plus exigeant. C'est là que se rendent, des quatre coins du
Globe, les meilleurs comestibles, les vins les plus recherchés,
les liqueurs les plus exquises ; et l'on peut y acheter avec
d'autant plus de confiance, que d'une part, la probité de ces négociants
garantit l'origine de tous leurs articles, et que de l'autre, le
débit prodigieux qui s'en fait les renouvelant sans cesse, on
peut être sûr de les avoir toujours frais et d'excellente
qualité. |
|

|
Ruffec
ne connaissait pas encore le pâté de foie gras à cette
époque. Mais le bouillant Thorel rectifiera la sauce dès 1816. |
Oie
ou canard, il faudrait savoir car en 1787 (ci-dessus) de Lavoyepierre
offrait les deux espèces de foies gras
1823 :
On dit que les foies de l'oie domestique, ainsi que celui du
canard, fournissent un mets recherché.
1840 :
Dans le Languedoc, on suit une méthode qui mérite d'être citée. Les canards déjà gras sont renfermés dix par dix dans un lieu privé de lumière, une servante chargée de les soigner leur saisit les ailes entre les genoux, puis ouvrant de la main gauche leur large bec qu'elle tient levé, elle y verse comme dans un entonnoir une bouillie claire de maïs. jusqu'à ce que le jabot et
l'œsophage soient pleins ; ainsi continuellement gorgé, l'animal haletant sous l'oppression de celte masse d'aliments devient bientôt victime de la maladie que l'on désigne sous le nom de cachexie hépathique. Il s'engraisse et s'alourdit au point de perdre tout mouvement.
C'est lorsque la queue s'étale en éventail que l'on reconnaît qu'
il est temps de le tuer pour en retirer le foie devenu énorme.
C'est ce que l' on désigne dans le commerce sous le nom de foie gras et qui n'est autre chose, on le voit, que
cette glande passée à l'état morbide.

1900,
oie gougée à Brettes (16)
|
Les
oies sont renfermées dans un lieu privé de lumière, une servante chargée de les soigner
ouvre de la main gauche leur large bec qu' elle tient levé, elle y verse comme dans un entonnoir une bouillie claire de maïs...
|
Témoignage
: la galantine au foie gras alterne en pot de verre des
couches de chair à pâté (nature, salée, poivrée sans ajouter
de quatre épices) et des tranches de foie gras épaisses. La
cuisson se fait au stérilisateur. Le résultat est inimitable. Un
jour, une dame âgée qui avait vécue son enfance à Villefagnan,
me racontait que lorsqu'elle se rendait encore fillette à Raix
(auberge de la croix blanche) chez des mais, on lui servait une
tartine de galantine à la place de la confiture. Elle s'en
régalait.

(1938)
Les fermières de la région gavaient des oies et des canards pour
vendre les foies aux professionnels. |
1860
: Pâtés de Toulouse. Le foie de canard substitué au foie d'oie constitue une différence fondamentale entre les pâtés de Toulouse et ceux de Strasbourg.
Il parait que le foie de canard du Languedoc est moins ferme, plus onctueux,
et d'une saveur moins fine que celui de son congénère alsacien. Le fait est que les gastronomes ont continué de préférer le second, sans toutefois dédaigner le premier. Le pâté du Toulouse, généralement volumineux, enfermé dans sa croûte dure et
uniforme, est une pièce de résistance très recherchée pour les grands repas.
1912 :
il est interdit de livrer à la consommation sous la dénomination
de « foie gras », tout autre produit que des foies d'oie ou de
canard. Le foie gras de canard est plus léger que l'eau, tandis
que le foie d'oie est plus lourd. En 1926, le foie gras d'oie
vaut de 14 à 18 fr. le demi-kilo ; le foie de canard, de 11 à
13 fr. le demi-kilo. En 1952-1953, on évalue à 2542 Fr. le
prix moyen du kilo de foie gras d'oie contre celui du kilo de
foie de canard à 1.170 Fr. A Pau, en 1978-79, le kilo de foie
de canard a varié entre 80 F et 160 F ; le kilo de foie d'oie
entre 160 F et 220 F.
1921 :
la fabrication des pâtés met en œuvre aujourd'hui des foies
d'oie plus souvent que des foies de canard.
1843 :
"J'ai dit qu'il fallait que le cœur du canard
restât attaché au foie :
c'est le moyen de constater que le foie provient
d'un canard et non d'une oie,
ceux de ces derniers étant moins estimés et point plus
gros".
Un
étranger sera surpris d'apprendre qu'il n'y a aucune différence
entre le goût et la qualité d'un foie de canard et d'un foie
gras d'oie.
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de page

Guide
des voyages de 1846, route postale de Paris en Espagne, Ruffec. Point
de départ de cette étude gastronomique.
L'aventure
de Thorel et la renommée de ses pâtés
Sans Jean-Baptiste
Thorel (1787-1871),
cuisinier soldat
des armées napoléoniennes, nul doute que la réputation de Ruffec pour ses pâtés de perdreau
truffé n'aurait atteint la cour des plus grands de ce monde. Jean-Baptiste
Thorel (1787-1871)
fut soldat au 1er Carabiniers du 23 février 1807 au 22 octobre
1811 Il lui fut décerné la Médaille de Sainte-Hélène.
Le journal
l’Avenir
révèle
en 1953 qu’en
1802 (1), M.
Thorel, cuisinier de Napoléon 1er
(en
réalité ordonnance ou estafette du Général Laroche), se retire à Ruffec et crée une fabrique de pâtés
: "Il avait acheté une ancienne hostellerie
(2) qui était un relais de poste
sur la route qui menait à Bordeaux et en Espagne" (depuis
1760 car avant cette route passait par Villefagnan : voir plus bas).
(1) En fait en 1816,
et Thorel n'est pas cuisinier de Napoléon, mais l'auteur de l'article
enjolive cette belle histoire.
(2)
Ll n'avait acheté que l'hôtellerie ; le relais de poste était propriété
de la famille Frère (voir plus bas).
Le
pâtissier de Ruffec, Thorel passe la Bérézina.
«... Puis
vint la lugubre retraite (de Russie) avec son cortège de misère
et de douleurs : la faim, le froid, la mort sans pitié pour le
blessé qui tombe, et par derrière, incessants , innombrables,
les cosaques et les vautours. Les carabiniers, déjà bien
affaiblis par les combats meurtriers auxquels ils se sont dévoués,
prennent le rang de bataille qui leur est assigné ; mais bientôt,
travaillés par les causes de dissolution qui dévorent cette
malheureuse armée, on les voit diminuer chaque jour.
Cependant
le colonel (Laroche ?) s'y lance monté sur son cheval. Il est
suivi de son jeune frère, grièvement brûlé à l'incendie de
Moscou, et qui ne peut encore se soutenir ; de
Thorel, soldat à son régiment, son fidèle et dévoué
serviteur pendant dix ans (1) ;
de de Lompré, aussi de Ruffec, alors maréchal des logis chef
aux carabiniers, et qui peu après fut aide de camp du général
Laroche. Les trois premiers passent sur leurs chevaux, tantôt
marchant, tantôt nageant ; quant à de Lompré, il est démonté,
et passe cette eau glacée ou à la nage, ou accroché aux
chevaux pendant l'espace de plus de cent mètres. Enfin le ciel
prend en pitié tant d'efforts et de souffrances, et le soir ils
rejoignent les bivouacs de la grande armée qui, faible et
presque éteinte, vient encore de faire sentir le poids de son
bras et de son courage aux trois armées russes réunies, mais
impuissantes à l'arrêter.
(1)
C'est le même qui fonda à Ruffec, comme maître d'hôtel, un
établissement en grande réputation, surtout à l'époque de la
prospérité de la route de Paris à Bordeaux. Il est
aujourd'hui un des derniers survivants (peut-être le seul) du
Ier carabiniers qui ait assisté à toutes ces scènes héroïques.
Il était arrivé au régiment à peu près en même temps que M.
Laroche ; il ne quitta celui-ci qu'à la fin de 1815.
Source :
Bulletin de la Société archéologique et historique de la
Charente - Page 83 - (1865) ; et "Un siècle de chroniques
ruffécoises (1835-1938) par Henri Gendreau et Michel Régeon
(page 229).
Un
peu de généalogie
Thorel
"Les Thorel
étaient originaires de Conty (80) ; le grand-père, Pierre-Joseph, né en 1715 à Conty
était "garde des plaisirs du Roy" ; son fils, Jean-Baptiste
(le 1er) (1748-1820) a été orfèvre, marchand de vin et cabaretier,
il épousa Marie-Marguerite Brésillion de Blanc-Mesnil (95) d'où
notre Jean-Baptiste (1787-1871) né le 29 mars 1787 à Blanc-Mesnil." expose Jean-Louis Carde apparenté aux Pinet et
Thorel.
Jean-Baptiste
Thorel (1) est né le 29 mars 1787 à Blanc-Mesnil (93) de
Jean-Baptiste Thorel (orfèvre, marchand de vin et
cabaretier) et Marguerite Brésillon, il est décédé
à Nouzières près de Ruffec le 25 mai 1871 à 84 ans.
"Blanc-Mesnil
était autrefois en Seine-et-Oise, mais se trouve aujourd'hui en
Seine-Saint-Denis (93)" nous précise justement Jean-Pierre
Ferrand.
Jean-Baptiste
Thorel (qui demeure
alors à Angoulême), épousera le
16 décembre 1816 à Ruffec, Catherine Pinet (2) née
à Vicence ou Vicenza
(Royaume
de Lombardie) le 6 décembre
1797 pendant la campagne d'Italie
(décédée à Ruffec le 29 mai 1874), dont le père était cabaretier à
Ruffec (elle avait un frère, Philippe né en 1797 (3)). Un
contrat de mariage est établi chez Pinoteau, notaire à
Ruffec, communauté de
biens par moitié réduit aux acquêts, les futurs époux
apportent chacun 3.000 fr. (dote personnelle pour lui, dote et
avancement d'hoirie pour elle).
(1)
JB Thorel était dit ( estafette ou ordonnance) au
service du colonel Laroche
(général ensuite) pendant environ huit ans avant de devenir aubergiste au retour des
campagnes napoléoniennes.
(2) Catherine
Pinet, née à Vicence (Royaume de
Lombardie) le 6 décembre 1797 serait peut-être selon
certains la fille d'une cantinière.
(3)
Philippe Pinet , originaire d'Availles-Limousine avait épousé
Brigitte Navarre originaire de Cambray (59) où son père,
soldat (puis probablement officier), était en garnison au régiment
de Neustrie (régiment de l'ancien Régime) et
qui est donné comme chevalier de St-Louis.
Brigitte, fille de militaire, était sans doute elle-même
employée aux armées (peut-être cantinière).
Philippe Pinet, qui fut armurier puis marchand de vin, s'installa, au
retour des campagnes napoléoniennes, comme marchand cafetier
et tint le fameux Café de la Comédie, à Ruffec, repère des
Bonapartiste et qui fut le théâtre de plusieurs affaires.
En
1816 donc,
après une année passée dans une auberge à Angoulême où
certains pensent qu'il a appris des secrets culinaires, Jean-Baptiste
Thorel s'installe à Ruffec
et
fonde une
fabrique de pâtés.
Peu à peu, il établit une auberge
dans l'ancienne hôtellerie du relais de poste (auberge attestée
dès 1820) , se lance dans le foie gras (recette
d'Alsace), et fabrique des terrines de foie gras d'oie, des galantines
au foie gras (le foie gras remplace le perdreau). A noter que les oies du pays sont
nourries au maïs de Ruffec.
En 1820,
Jean-Baptiste Thorel était dit aubergiste. Un fils, Jean-Baptiste Henri
Thorel, naîtra
à Ruffec le
28 juin 1820 mais
il décédera en 1860 à
Ruffec
laissant
une descendance.
Ce
fils, aussi
maître d'hôtel, résidant en sa maison grande route de Paris
à Bordeaux n°6, épousera Zuliéma Charlotte Radegonde Moreau
née en 1827. Ils auront une fille, Marguerite Marthe, née à
Ruffec le 12 septembre 1853 et décédée à Paris le 3 mai
1947.
En
1830, Jean-Baptiste Thorel achète donc achète l'hostellerie du relais de poste qui se situe
(côté hôpital) sur le bord de la route royale n°10 et jouxte
le relais de poste ; il crée
(et fait reconnaître) son auberge par les bons guides : cet
établissement sera baptisé l'Hôtel de la Poste. Jean-Baptiste
Thorel exporte massivement sa production par le canal de la
malle-poste (un neveu Pinet étudie à Paris et y fait
l'article). (4)
Le
recensement de 1841 nous montre qu'en ce lieu la famille Thorel se compose du chef, l'aubergiste Jean-Baptiste Thorel ; de sa
femme Catherine Pinet et de sa belle-mère, Brigitte Navarre
veuve Pinet ; des deux fils Jean-Baptiste Henri et Louis Adolphe
; s'ajoutent 4 domestiques.
Le
relais de poste appartient à la
famille Frère qui le gère jusqu'en 1853.
LE
RELAIS DE POSTE
Le
relais de poste de la famille Frère se tenait immédiatement au sud et à
la suite de l'Hôtel de la Poste de Thorel. Il avait
été créé en 1760 lorsque l'itinéraire de la route postale
fut transféré par Ruffec et Mansle.
Le 20 août 1760, le
conseil d'administration de la ferme des postes autorise le
changement de la route au cours de sa séance du 20 août. Sur
l'impulsion de Turgot, afin de desservir Ruffec et surtout
Angoulême, la route royale venant de Poitiers, Vivonne puis
Chaunay, fut retracée par Ruffec, Mansle et Angoulême (port de
l'Houmeau), puis Barbezieux pour aller à Bordeaux. Une ligne de
poste allait desservir Villefagnan à partir de Ruffec en
direction de Chef-Boutonne, avec un relais à la Faye,
Villefagnan (Etoile d'Or), Embourie, Theil-Rabier, etc. Le
relais de poste à Ruffec était composé d'une maison
d'habitation, d'écuries et jardin, et de bâtiments de
servitude. Cette propriété formait l'angle de la route
nationale avec la route de Villefagnan.
Ce
ne sont pas les Frère qui créeront ce relais de poste. A la
même époque, leur ancêtre est juge sénéchal à Vivonne
(noblesse de robe). Antoine
Isaac (ou François Isaac) Frère est né 14 mars 1758 à
Vivonne, il est le fils de Louis Alexandre Frère de Villeneuve,
sénéchal de cette terre (Vivonne), et de Jeanne Eléonore de
Lauzon. Antoine Isaac (ou François Isaac) Frère est décédé
le 15 septembre 1787 à 29 ans à Poitiers Sainte- Radegonde (86),
marié le 25 janvier 1779 à Melle (79) avec Louise Catherine Auguis
(décédée le 06 mars 1785 à Poitiers (86)) ; ils eurent :
Jacques Antoine Frère né le 29 décembre 1779 à Vivonne (86)
et décédé le 27 janvier 1831 à Ruffec 19, (maire élu en
1815 pendant les Cent Jours, propriétaire et conseiller
municipal à Ruffec en 1831), marié le 24 septembre 1805 à
Ruffec (16), avec Jeanne Lucille Geoffroy, née le 1er août
1784 et décédée le 27 septembre 1865 à Ruffec 16 ; ils
eurent : Jacques André Hyppolite Frère né le 9 octobre 1806
et décédé le 15 mars 1877 à Ruffec 16, marié le 2 mars 1835
à Ruffec (16) avec Jeanne Lucile Françoise Aloïse Garnier de
Laboissière, née le 10 septembre 1811 à Ruffec 16 et
décédée le 28 mars 1847 à Ruffec (16). Ils eurent une fille
Marie Louise Elisabeth née le 27 novembre 1836 et décédée le
8 avril 1847 à Ruffec ; et un fils Jean Gustave Frère né le 3
avril 1840 à Ruffec, marié le 11 février 1874 à Poitiers (86)
avec Marie Julie Gabrielle Sachet née le 28 décembre 1849 à
Poitiers (86).
Les
Frère sont installés à Ruffec depuis au moins 1806. Ils ont
découvert un nouveau métier et vivront "noblement" tout au
long de leur séjour sur le bord de la route royale, impériale,
nationale.
En
1841, sur al liste de recensement figurent Jeanne Geoffroy (57 ans), veuve
Frère, et propriétaire ; Jean Gustave Frère son fils,
propriétaire ; André Hippolyte Frère (33 ans) second fils et
maître de poste, époux de Louise Garnier de la Boissière (27
ans) ; leur fille Louise (4 ans) et leur fils Jean Gustave (1
an). Avec eux, deux femmes domestiques. On retrouve dans les
parages des postillons résidant en famille ou logés chez des
particuliers.
En 1846 on retrouve les mêmes sauf Jean Gustave
Frère le fils aîné ; avec eux, trois femmes domestiques. En
1846, du nouveau aussi puisque l'on découvre que Marie-Anne
Lefeuvre (femme Boutruche) est la directrice de la poste aux
lettres.
En 1851, Lucille Geoffroy veuve Frère (prénom et âge
imprécis sur la liste) a 63 ans et est dite propriétaire. André Hippolyte
Frère (44 ans) est dit aussi propriétaire. (Jean) Gustave
Frère a 11 ans. Deux domestiques femmes sont au service de la
famille Frère. Mais on ne parle plus de la fonction de maître
de poste à cause du chemin de fer. Des entrepreneurs de travaux
de chemins de fer se sont installés dans cette rue.
En 1866,
figurent André Hippolyte Frère (57 ans) qui est dit rentier ;
Jeanne Geoffroy (76 ans), veuve Frère, sa mère ; Jean frère,
boiteux et fils d'Hippolyte. Trois domestiques, deux femmes et
un homme sont au service de la famille Frère.
En
1876, André Frère (70 ans) est propriétaire. Avec lui Gustave
Frère (36 ans) chef de ménage, avec sa femme Marie Sachet (26
ans) née à Poitiers, et 5 domestiques. En 1881, Gustave
Frère, propriétaire, est installé dans cette maison avec sa
femme et ses deux filles. En 1886, Gustave Frère (46 ans, il en
avait 11 en 1851), propriétaire, avec sa femme Gabrielle Sachet
(36 ans) et leurs enfants René, Marie, André et 3 domestiques.
Cette famille est présente en 1896.
En
1896, une promesse de vente est signée entre la ville de Ruffec
et Gustave Frère le propriétaire. A la rentrée 1901 après
moult difficultés, cette école ouvre ses portes avec un
pensionnat en tant qu'école de garçons doublé d'une école
supérieure de garçons. Cette école est devenue l'école
Méningaud.
-
Nota
: en 1804, Ruffec a une sous-préfecture
, un tribunal de première instance, un conservateur des hypothèques,
un receveur particulier et une brigade de la gendarmerie à
cheval. Sa population était de 1937 habitants. La ville
disposait d'un bureau de poste et d'un relais de poste
aux chevaux.
(4) Source : Jean-Louis
Carde, apparenté aux Pinet et Thorel.
Sa
maison est réputée. En
1852,
Jean-Baptiste Thorel, ancien conseiller municipal sous la IIe
République, est membre de la commission municipale provisoire.
Jean-Baptiste
Henri Thorel, fils aîné, naîtra à Ruffec le 28 juin 1820
où il décédera le 12 décembre 1861 laissant une descendance (il
apparaît sur le recensement de 1861). Ce fils sera maître d'hôtel
à la suite de son père, il résidait à l'hôtel de la Poste, route
de Paris à Bordeaux, n°6 ; il épousera Zuliéma Charlotte Radegonde
Moreau née en 1827. En 1851, au recensement les enfants de ce couple
sont : Georgette, 5 ans, née en 1846 à Ruffec (décédée en 1852 à
Ruffec) ; Baptiste, 3 ans (décédé ?) ; Marie, 1 an, née en 1850 et
décédée aussi en 1852 à Ruffec. Puis viendra Marguerite Marthe
née le 12 septembre 1853 à Ruffec et décédée à Paris le 3 mai
1947. Elle semble être la seule des enfants à avoir survécu.
L'autre fils, le
cadet de Jean-Baptiste Thorel, Louis
Adolphe Thorel (né en 1821, décédé en 1902) vit en 1841 à
Ruffec et est dit surnuméraire de l'aubergiste (de son frère aîné
donc). On ne le retrouve plus sur les listes de recensement par la
suite. Marié en 1863 à Alençon, s.-intendant militaire), puis il
sera juge et président du tribunal civil de la Seine. Louis Adolphe
Thorel est dit décédé à Paris en 1902. Il a pour descendance
Georges Thorel (1863-1950).
En 1851,
Jean-Baptiste Thorel et son épouse se sont retirés au village de
Nouzières commune de Ruffec. Louis Adolphe Thorel n'apparaît plus
sur les listes de recensement. En 1861, les parents sont inscrits sur
la liste de recensement à Ruffec avec leur famille. François Robin
est chef de cuisine avec 5 domestiques. L'aîné des fils Thorel,
Jean-Baptiste Henri Thorel est alors âgé de 41 ans, mais il va
décéder le 12 décembre 1861 à Ruffec. Ni son frère, si son
épouse lui succéderont directement, et entre 1861 et 1872 il n'y a
pas de recensement pour nous éclairer sur le nom du maître d'hôtel
en place.
Jean-Baptiste Thorel avait acquis une propriété
au village de Nouzières, commune de Ruffec (c'est là
qu'il décédera en 1871). Le 6 juin 1847 est passé avec Louis
Gilard, cultivateur, et Marie Gire sa femme, en l'étude de Maître
Brumault de Montgazon (qui fut maire de Ruffec) un bail à moitié
concernant ce domaine de Nouzières.
Après la mort de Jean-Baptiste Thorel survenue en 1871,
le nouveau maître
d'hôtel sera Jean Baptiste
Deschandeliers dont la fille épousera en 1889 Amédée (dit Charles)
Claudot, lequel
donnera à l'établissement le nom d'Hôtel de France vers 1890. En
1929, l'hôtel est acheté par les Rouillon.
|
Ruffec
ville de gourmets
Louis Babaud-Laribière
dans le premier volume de ses «Lettres charentaises» paru en
1865, note à la page 167 :
« …il
ne faut pas oublier la brasserie de Ruffec, dont les produits
commencent à s’exporter en Limousin ; la fabrication des
fromages et l’industrie florissante et déjà ancienne des
conserves et pâtés aux truffes...
C’est par milliers que les
terrines partent chaque année pour toutes les directions de la
France et de l’étranger, et sur ce point, Ruffec rivalise
sans désavantage avec les meilleures maisons d’Angoulême et
du Périgord ».
Ces terrines
dont la recette figure plus haut étaient en terre (XIXe) et pouvaient
se conserver plusieurs mois. A l'intérieur, de la galantine de
perdreau (perdrix de moins de 8 mois).
Prix
moyens des produits divers de la pâtisserie (1856)
Le
prix en gros des pâtés et terrines de foies gras truffés de
Strasbourg, ressort à Paris à environ 6 fr. le kil. ; le prix
payé par le consommateur est de 8 fr. pour la même quantité.
Les
pâtés et terrines de gibier truffés de Ruffec, Angoulême et
Nérac, sont d'une valeur à peu près double.
Ainsi
un pâté de Ruffec contenant un demi-perdreau rouge truffé, et
pesant 750 gr. seulement, revient à Paris à 11 fr. 50 c., et
se vend 15 fr. ; c'est 15 fr. 33 le kil. en gros, et 20 fr. en détail.
Il est vrai que la cherté du gibier augmente en ce moment le
prix de ce produit, de 1 fr. au moins par pâté.
Source :
Les consommations de Paris - Page 313 Armand Husson – 1856.
|
RUFFEC
(Charente), Ruffiacum.
Pop. 3.100 hab.
Hôtels : de la Poste, établissement renommé
pour les pâtés de foies gras truffés, de perdreaux , de chapons, dont
il fait des envois considérables ; des Ambassadeurs, bonne maison.
Cette petite ville est située sur le ruisseau du Lieu, qui abonde en
excellentes truites saumonées. Tribunal de première instance, sous-préfecture,
bains public. Elle est bien bâtie, bien percée et d'un aspect très
pittoresque.
Curiosités : la place d'Armes. le Dauphin, où se sont
tenus plusieurs conciles et synodes ; l’église, édifice très-ancien,
d'une architecture remarquable, et dont le portique date du XIe siècle;
les ruines de l'ancien château des comtes de Broglie.
Commerce :
grains, bétail, fromage, marrons. Les environs produisent d'excellentes
truffes, et on y fait des fromages à la crème d'un goût délicieux.
(Source : Guide classique du voyageur en France -
Jean-Marie-Vincent Audin – 1849). On fait le trajet de Tours
à Ruffec en 12 heures, ainsi que de Bordeaux à Ruffec.
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de page
La route
postale de Paris en Espagne passait par Ruffec depuis 1760 (avant
par Villefagnan).
Napoléon
passera à Ruffec plusieurs fois, notamment pour aller guerroyer
en Espagne.
|
Deschandeliers
Jean-Baptiste
Thorel revend l'Hôtel des Postes
en 1863 à Jean-Baptiste Césard
Deschandeliers (1819-1903).
Une
nouvelle étape dans la fabrication de produits gastronomiques
et pour la renommée de Ruffec.
| Tiré du dictionnaire
Universel du XIXe siècle, 1872.
IMPORTANT
: L'intérêt de ce texte de 1872 qui a forcément des
similitudes avec d'autres parties de cette étude fait qu'il
mérite cependant d'être publié ici en entier. D'autant
qu'il est précisé la recette de Close et comment on
fabriquait à Strasbourg avant sa fameuse découverte des
terrines de foie gras : ce qui explique qu'à Paris l'Hôtel
des Américains proposait ces produits.
Foies gras.
Les foies gras servent
à la confection des pâtés et des terrines ils proviennent
ordinairement d'oies que l'on engraisse spécialement pour
leurs foies, chacune dans une cage tellement étroite, qu'il
leur est impossible de bouger en aucun sens. Trois fois par
jour, on les gorge de maïs ; le vingt-deuxième jour, on
ajoute au maïs quelques cuillerées d'huile de pavot ; on
leur donne à discrétion de l'eau dans laquelle on a mis de
la braise de boulanger pour l'empêcher de se corrompre ; au
bout d'une quarantaine de jours, l'animal est devenu
tellement gras qu'il ne peut plus respirer, pour ainsi dire
il est temps de le tuer, si l'on ne veut pas qu'il meure par
excès de graisse ; il pèse de 7 à 8 kilogr., et son foie
n'en pèse pas moins de 2 ; on peut aussi engraisser à
l'aide d'une pâte de fleur de farine et d'antimoine.
C'est à Strasbourg et
à Toulouse que l'on rencontre les foies gras les meilleurs,
ou du moins ceux qui jouissent de la meilleure réputation
c'est grâce à la qualité de ces foies
que les pâtés
de Strasbourg et ceux de Toulouse ont acquis leur renommée
qu'ils partagent avec les terrines de Ruffec et celles de Nérac.
De tous les pâtés de foie gras, le meilleur, le plus
compliqué est le gros pâté aux truffes; nous donnons
ci-dessous la manière de le préparer. La formule des
autres pâtés de foie gras est à peu près la même.
Gros pâtés de foies
gras aux truffes. (Recette)
Ces pâtés se font avec
six gros foies de Strasbourg qu'on laisse dégorger deux
heures à l'eau froide ; on les met ensuite dans une
casserole d'eau froide sur le feu; dès que l'eau commence
à bouillonner, on retire les foies pour les jeter dans une
grande terrine pleine d'eau franche. Lorsqu'ils sont
refroidis, on les pare en ôtant les fibres et les parties
qui se trouvent avoir touché à l'amer. Chaque foie sera
coupé en deux parties, et parmi les douze morceaux, on en
choisira trois, les plus petits, pour les couper en escalope
et les mettre dans une casserole avec deux livres de lard
blanchi, pilé et passé au tamis à quenelle ; on y ajoute
quelques échalotes, du persil, des champignons, des truffes
qui ont subi la même préparation, et on sale. Ce mélange
sera mis sur un feu modéré pendant un quart d'heure, après
quoi on le versera sur un plafond pour qu'il refroidisse.
Pendant qu'il refroidit,
on épluche 1 kilogr. 500 gr. de belles et bonnes truffes de
Périgord, et on coupe six autres truffes semblables en
lardons ordinaires ; à l'aide d'un morceau de bois pointu
et de la grosseur des filets de truffes, on pique les foies
et on introduit les filets un à un dans chaque trou.
On dresse les foies
ainsi truffés comme pour un pâté ordinaire ; on commence
par broyer dans un mortier les escalopes de foies passés
aux fines herbes, dont il a été parlé ci-dessus; on y
joint leur cuisson, on mêle le tout en y ajoutant quatre
jaunes d'œufs et deux truffes coupées en petits dés. On
met le tiers de cette farce dans le pâté on place dessus
trois morceaux de foie, que l'on saupoudre de sel on masque
de farce ; on met dessus deux des truffes que l'on a épluchées
et que l'on coupe chacune en deux ; puis encore trois
morceaux de foie gras que l'on couvre de la moitié du reste
de la farce, puis de plusieurs truffes entières ; enfin les
trois derniers morceaux de foie, qui doivent être les plus
gros et les plus beaux on entoure d'une douzaine de truffes
; on sale, on masque du reste de la farce, on recouvre d'une
livre de bon beurre, et on termine le pâté de la manière
ordinaire ; deux heures de cuisson suffisent. En le sortant
du four, on verse dedans un verre de bon vin d'Espagne, et
on le bouche hermétiquement. |
On connaît
la célébrité des pâtés de foie gras de Strasbourg; mais
peu de personnes en savent l'origine. Elle est historique.
Le maréchal de Contades, gouverneur militaire de la
province d'Alsace, de 1762 à 1788, y avait amené son
cuisinier, nommé Close, Normand de naissance.
On faisait, en Alsace,
grand cas du foie des oies engraissées, et ce foie, condensé
en terrines, y passait à juste titre pour un mets à la
fois substantiel et délicat. Close comprit ce que le foie
gras pouvait devenir dans une main d'artiste, et avec le
secours des combinaisons d'un habile praticien culinaire, il
conçut l'idée de l'élever, sous la forme de pâté, à la
dignité d'un mets souverain, en l'affermissant et en en
concentrant la matière, en l'entourant d'une douillette de
veau haché que recouvrirait un fine cuirasse de pâte dorée
et historiée. Le corps ainsi créé, il songea à lui
donner une âme.
Close la trouva dans les
parfums excitants de la truffe du Périgord. En un mot, il
inventa le pâté de foie gras tel que nous le connaissons.
L'invention de Close
resta un mystère dans la cuisine de M. de Contades, et c'était
chez lui seulement qu'on mangeait de ce pâté.
Tant que dura son
commandement en Alsace, le pâté de foie gras ne franchit
pas sa table aristocratique ; mais le jour de la publicité
et de la vulgarisation approchait avec la Révolution.
On était en 1788 (1) ;
le maréchal de Contades quitta Strasbourg et fut remplacé
par le maréchal de Stainville. Close, fatigué de servir un
grand seigneur, et amoureux par-dessus le marché, se décida
à rester à Strasbourg. Il s'était épris de la veuve d'un
pâtissier français nommé Mathieu, il l'épousa. Il
confectionna pour le public, et vendit depuis lors les pâtés
qui avaient fait les délices secrètes de la table de M. de
Contades.
C'est
de ce modeste laboratoire que le pâté de foie gras est
parti pour faire le tour du monde.
Les
pâtés de foie truffés les plus estimés sont ceux de
Deschandeliers de Ruffec. Leur réputation bien méritée
est universelle.
(1)
On trouvait déjà du pâté de foie gras à Paris en 1787.
Le texte qui suit est
tiré du catalogue de l'Expositon Universelle de 1878. IL
nous en dit beaucoup sur la production Deschandeliers à
Ruffec.
Achat de l'Hôtel des
postes en 1863, investissements notables, 25 ouvriers,
production annuelle initiale de 40.000 Frs passée à
2000.000 frs.
Mise en production du
pâté en croûte dit de Strasbourg.
Exportations massives,
nombreuses récompenses.
A
noter qu'en 1878 que l'établissement s'appelait encore
"L'hôtel des Postes". |

|
Un
peu de généalogie
En
1876, Jean-Baptiste Césard Deschandeliers, né à Theil Nolent
(Eure) dans le canton de Thiberville, le 26 juin 1819, (fils de Césard qui est rubannier et de Marie-Rose
Gontier),
est installé à Ruffec avec son épouse Marie Cambas, 35 ans,
née à Cirey (Meurthe-et-Moselle). Avec eux, une fille,
Marie-Jeanne, 2 ans, née à
Ruffec le 10 mars 1874 à Ruffec.
Et des cuisiniers, des charcutiers, des pâtissiers, des
domestiques...
En
1881, un neveu et une nièce sont employés à l'hôtel :
Marie-Louise (19 ans) et Georges (17 ans). A
noter un important personnel : cinq cuisiniers, deux pâtissiers,
deux charcutiers et des domestiques.
En
1881, 1884, 1888, 1892, et 1896, Jean
Baptiste Césard Deschandeliers est élu conseiller municipal à
Ruffec.
En
1886, Jean
Baptiste Césard Deschandeliers, âgé de 67 ans, est maître
d'hôtel avec à ses côtés son épouse Marie Cambas, 45 ans. Avec eux, une nièce, Jeanne,
20 ans et
quelques cuisiniers, et domestiques...
1888 : après
trois quarts d'heure d'une halte réconfortante à l'hôtel
Deschandeliers...
1889
: leur fille Jeanne épouse Charles Claudot
Jean
Baptiste César Deschandeliers décède à Ruffec le 10 avril
1903, son épouse Marie Cambas y décèdera elle-même le 28 mars
1906. |

Deschandeliers
saura utiliser magnifiquement tous les artifices de la publicité
(ci-dessus et ci-dessous) et concourir à l'exposition universelle de Paris pour faire
connaître ses produits. Figurines
et cartes postales : en partie collection particulière de
Jean-Marie Texier, tél. 05.45.31.25.21, jm.texier@wanadoo.fr
Merci à lui. |
|

Chasseur
de bécasses |

Postillon |

Femme
de chambre |

Colporteur |
|

|

|

|

|
Ruffec
aura été aussi une funeste escale pour la famille Deschandeliers. En
effet :
-
Noyade à
Condac (5) en 1883 du neveu Jean-Baptiste, âgé de 19 ans. C'était
un fils d'Armand Auguste
Deschandeliers et de
Célestine Sidonie Léonie Camus.
-
Décès de leur petite-fille Renée Marie Marguerite Claudot
âgée de 15 jours, née à Ruffec le 5
septembre 1890.
-
Décès en 1891 à Ruffec de leur fille Marie-Jeanne (épouse
Claudot) âgée de 17 ans.
-
Décès de leur neveu, Maxime
(Théophile Maximin) Deschandeliers né à Theil Nolent
(Eure) le 10 juillet 1870 décédera le 25 février 1904
à Ruffec. C'était
un fils d'Armand Auguste
Deschandeliers et de
Célestine Sidonie Léonie Camus.
(5)
Drame
en 1883 : noyade de Jean-Baptiste
Deschandeliers, âgé de 19 ans (né le 16/2/1864 à Theillenolent
- Theil Nolent - Eure). Il était garçon de buffet à la gare de Ruffec et s'est noyé dans la Charente au moulin de
Condac le 12 juillet 1883. Il était le fils d'Armand Auguste
Deschandeliers (frère de Jean-Baptiste César) et de Léonie
Camus, demeurant à Theil-Nolent. Il était le frère de Maxime
(Théophile Maximin à l'état-civil).
|
|
Après 1871, la maison Deschandeliers (anciennement
Thorel), propriétaire
de l'hôtel des Postes, exporte depuis Ruffec en terrines de
porcelaine, en boite hermétique des pâtés de perdreaux rouges
aux truffes, des foies gras, des pâtés en croûte... A cet
effet, elle avait créé une usine à vapeur...
Les
belles terrines seront accompagnées à la fin du XIXe siècle
de boites métalliques stérilisées en autoclave (la fameuse
machine à vapeur plus haut). Au XXe siècle, la terrine de
terre cuite disparaît de l'offre commerciale.
|
Thorel puis
Deschandeliers,
Claudot et plus tard Rouillon, ont été les maîtres d'hôtel de cette même maison : la
fabrique de pâtés de Ruffec, l'hôtel des Postes, et le buffet
de la gare. "Le buffet de la station de chemin de fer
étant tenu par moi, je viens vous prévenir que vous trouverez
de mes pâtés au passage de tous les trains; on garantit les
pâtés pour les voyages au long cours" écrivait J. B.
Deschandeliers sur ses factures.
En
1953, le journal l'Avenir fait le point
« Une
spécialité de Ruffec plusieurs fois centenaire » dit
à son tour le « Journal d’Information de Ruffec et de
ses Environs » presque 150 ans plus tard, en
1953, au début du mois de décembre.
Le journal l’Avenir
dévoile
en effet le secret local des pâtés de foie gras. «De
tout temps, ainsi qu’on lit dans les vieilles chroniques,
Ruffec confectionne des pâtés exquis, de porc, de perdrix, et
de foies de volailles.
Le fameux pâté d’alouettes des contes
de fées, et des chansons, prit naissance peut-être dans cette
cité où l’on aimait si fort la bonne chère.»
"On
sait déjà que Ruffec est une des villes de la région les plus
favorisées au point de vue gastronomique, qu'on allonge très
facilement sa route pour venir y prendre de plantureux repas. On
sait aussi que les habitants y sont d'une exquise urbanité..."
écrivait le 12 février 1911, Fidélis, le chroniqueur du
Journal de Ruffec. Dommage que Ruffec n'ait pas maintenu cela.
|
|
Quelques
prix Claudot-Deschandeliers
vers
1890
Terrines
de faïence :
-
pâté de perdreaux rouges aux truffes : de 3 à 36
francs.
-
foies gras : de 3 à 36 francs.
Terrines
de porcelaine dorée riche décor :
-
Pâté de perdreaux rouges aux truffes : de 8 à 46 francs.
-
Foies gras : de 8 à 46 francs.
Pâtés
en boites ou terrines
-
Perdreaux aux foies : 5 à 7.
Terrines
ou boites hermétiques
-
Perdreaux aux foies : 6 à 8. Pâtés
en croûte -
Foies gras : 8 à 32 francs. Aussi
pâté de bécasses (1 f de plus que perdreaux ou fois gras) ;
dinde truffée ; chapon truffé; truffes fraîches (prix du
jour) ou conservées en boîtes et demi-boites.

Après
la malle-poste, à partir de 1853 c'est
le train qui favorisera l'exportation du foie
gras de Ruffec.
|
Plaque
publicitaire émaillée d'après 1891
|
Un
peu de généalogie
Claudot
A
partir de 1889, l'histoire des Deschandeliers se mêle intimement
à celle des Claudot. Les décès prématurés et l'absence de
successeurs directs verront se compliquer l'héritage de l'Hôtel
de France, et de l'Hôtel des Ambassadeurs, son concurrent ou
s'est installé en 1903 un neveu Deschandeliers. Il nous reste à
fouiller les actes notariés pour faire le point.
Le 3 août 1889,
Amédée
Fernand Ernest Claudot (dit Charles
en famille et sur les listes de recensement)
épouse à Ruffec Marie-Jeanne
Deschandeliers née à Ruffec le 12 mars 1874.
Charles Claudot
et Jean-Baptiste Césard Deschandeliers travaillèrent
"en commun à la prospérité d'une affaire dont al renommée
grandissait sans cesse" nous dit l'Avenir de Ruffec en 1953.
Amédée
Charles Claudot est né
le 24 octobre 1862 à Rochefort (17). Il est le fils d'Amédée
Claudot, tourneur dans la Marine et fils de limonadier à
Rochefort, né le 15 octobre 1833 à Toulouse (31), qui avait
épousé en 1858 à Rochefort Marie Eugénie Suire (giletière
de métier) née le 08 juillet 1839 à L'Isle Jourdain (86).
Amédée
Charles Claudot
et Marie-Jeanne Deschandeliers eurent
une fille, Renée Marie Marguerite Claudot, née à Ruffec le 5
septembre 1890, mais décédée dès le 20 septembre 1890 à
Ruffec.
Le
11 novembre 1891, l'épouse Claudot, Marie-Jeanne Deschandeliers décède
à son tour à Ruffec âgée de 17 ans.
Au
recensement de 1891, Jean Baptiste César et Marie Deschandeliers
résidaient à côté de l'Hôtel de France. Charles
Claudot est dit conservateur, la fabrique de pâtés (l'usine) se
situait à droite de l'Hôtel de France.
Le 29
juillet 1893 à
Ruffec, Amédée
(Charles en famille)
Claudot,
négociant et maître d'hôtel à l'état-civil (maître
d'hôtel et fabricant de comestibles sur l'acte notarié), épousera à Ruffec Marie Elodie Magnant
née le 13 décembre 1875 à Ruffec (fille de feu Constant
Magnant, négociant et de feue Marie Laurent). Un contrat de
mariage (réduit aux acquets) sera établi.
C'est
dans cette période (1889 - 1893) que la dénomination
"Hôtel de France" remplace "Hôtel de la
Poste". Après l'avènement de la IIIe République, il est
devenu courant de baptiser "Hôtel de France" de
nouveaux hôtels ou de renommer les anciens. Mais nous n'avons pas
encore trouvé la date exacte de cette "mutation".
En
1907 ( sans doute depuis
la mort de Maxime Deschandeliers
en 1904), Charles
Claudot,
né en 1862, maître
d'hôtel et fabricant de pâtés de foie, est propriétaire de l'Hôtel de France
(établissement Claudot-Deschandeliers) et gère
le buffet de la gare qui est en travaux à l'occasion de la
construction de la ligne de Ruffec à Roumazières.
|
|
Publicité
parue en 1913 à l'occasion de l'ouverture de la ligne
Ruffec-Roumazières. (Merci à J.- C. Vrillac) |

L'hôtel des
Postes devient l'Hôtel de France
En 1906, 13
employés logent à l'Hôtel de France.
Haut
de page
|
1925 : la Maison Claudot-Deschandeliers
apparaît encore
dans les guides touristiques...

Pièce
de collection... Mmm !!!
|
Un
nouveau drame
Maxime
(Théophile Maximin) Deschandeliers, neveu de Jean
Baptiste César Deschandeliers, s'est installé à Ruffec, propriétaire
en partie ou en entier de l'Hôtel de France et de l'Hôtel
des Ambassadeurs (il faudra contrôler les
actes notariés).
Maxime
(Théophile Maximin) Deschandeliers est né à Theil Nolent
(Eure) le 10 juillet 1870, il décédera le 25 février 1904
à Ruffec. Il était le fils d'Armand Auguste
Deschandeliers et de
Célestine Sidonie Léonie
Camus, demeurant à Theil-Nolent. Il était le neveu de Jean
Baptiste César Deschandeliers, successeur de Thorel.
Maxime
(Théophile Maximin)
Deschandeliers était l'époux de Marthe Allen Waltham laquelle
vendra (avec Delaunai) l'Hôtel des Ambassadeurs à
Ruffec en 1912.
Hôtel
des Ambassadeurs
|
Haut
de page
L'Hôtel
de France est vendu en 1929 aux Rouillon (1)
Ci-dessus, à la
suite de l'Hôtel de France, le relais de poste devenu école de
garçons en 1901.
Face à la voiture,
l'école Méningaud rafraîchie après guerre.
(1) Un
siècle de chroniques ruffécoises par Henri Gendreau et Michel Régeon,
tome 2, 1995 éd. La Péruse.
L'AVENTURE
CONTINUE AVEC LES ROUILLON
"En
juillet 1929, Léon Rouillon (1), propriétaire (avec son frère
Félix-Alexis Rouillon)
de l'ancienne abbaye
de Nanteuil (2), et son fils Roger, prennent la direction de l'Hôtel
de France. Roger Rouillon est né à Quimper en 1887.
Germaine, son épouse, est née en 1893 à Angoulême. Avec eux, en
1931, la
mère Germaine Rouillon née à Montluçon en 1866. Ils logent à
l'hôtel, huit employés (cuisinier, femmes de chambre, domestiques). (1)
A savoir qu'en 1899
: MM Rouillon frères ont fondé un établissement de
pisciculture à Nanteuil-en-Vallée.
ROUILLON (Félix-Alexis), est dit propriétaire- pisciculteur, à Nanteuil-en-
Vallée (
Charente). ROUILLON (Léon),
est dit propriétaire, abbaye de Nanteuil, à Nanteuil-en-
Vallée (Charente).
(2) En
1897, l'Abbaye de
Nanteuil
étant à vendre, Félix Aléxis Rouillon n'hésita pas : enthousiasmé par la
situation, la qualité et l'importance
de la source, l'esprit plein de projets d'avenir, tout brûlant de cette
fièvre spéciale à ceux qui
touchent à la réalisation d'un rêve longtemps caressé, il consacra
à peu près tout son avoir, — fruit de
tout une existence de travail, — à l'achat de la propriété, et dans
le but de donner à l'embryon de
pisciculture
qui s'y trouvait tout le développement dont il le croyait susceptible.
Mais,
quelles que soient la qualité et l'intensité de l'émotion
éprouvée en présence de ces glorieux témoignages du passé, ce
n'est pas là tout le plaisir réservé au visiteur qui passe le seuil
de l'Abbaye. Dans ce cadre archaïque, en effet, formant avec lui un
tout harmonieusement fondu, sans heurt ni confusion dans les
tonalités ou les perspectives, deux choses admirables ont été
créées par M. F.-A. Rouillon: un verger pomologique et une pisciculture. Le Verger remonte au 15
février 1908, et ne compte pas
moins de 2,000 pieds. Il est d'allure absolument patricienne, et ses
titres de noblesse ont été établis avec une inflexible sévérité
par M. A. Nomblot, pépiniériste à Bourg-la-Reine.
En
1913, M. Rouillon, propriétaire-pisciculteur à Nanteuil-en-
Vallée (Charente), est vice-président du syndicat des pisciculteurs de
France.

Vue
d'ensemble de la pisciculture Rouillon à Nanteuil-en-Vallée
Les
Rouillon sont d'origine charentaise. "Félix-Alexis Rouillon
(frère de Léon Rouillon),
selon le cliché trivial, laconique, mais toujours expressif, est le
"fils de ses œuvres". Né dans ce département de la
Charente qu'il devait doter plus tard du magnifique établissement
sur lequel nous venons de jeter un rapide coup d'œil (la pisciculture
de Nanteuil), il y vécut la
pénible et difficile enfance des fils du peuple, à la campagne.
Mais, taillé en force et débordant d'énergie, il secoua de bonne
heure la poussière de ses sabots sur les guérets de l'Angoumois, et
commença, à travers la France, d'abord, à travers l'Europe,
ensuite, une série de voyages dont chacun d'eux forma comme un
maillon de la chaîne de perfectionnement et de progrès qu'il se
forgeait opiniâtrement."
Les
Rouillon, une famille de résistants
Et
pendant la seconde guerre mondiale, les directeurs de l'Hôtel de France de Ruffec... participent activement à la
Résistance en cachant des britanniques.
Pour en savoir plus, cliquez sur ces liens : Un
épisode de la Résistance
ou
encore
ceci.
|
Les
Rouillon dans la guerre à Ruffec
En
1940, les Allemands s'installent dans une bonne partie de l'Hôtel de
France. "La cave était abondamment pourvue de tous les grands
crus possibles et ce dans les meilleures années. Elle contenait des
vieux cognacs et des liqueurs de toutes sortes, elle était la fierté
de son propriétaire et l'objet de tous ses soins." relate René
Pinaud qui fut prié de participer à la mise en lieu sûr de toutes
ces richesses dans une citerne qu'il fallut vider. Au retour de
déportation, M. Roger Rouillon retrouva ma liberté, François (sans
doute un cousin), et son stock intact.
Un
drame frappe la famille le 23 mai 1944 : Roger et Germaine Rouillon
(sous-lieutenant du réseau d'évasion Marie-Odile), ont été
dénoncés, accusés d’avoir offert asile à des parachutistes
britanniques, puis déportés : lui, à Dachau (libéré le 29 avril
1945) ; elle, à Ravensbrück…
Germaine
Rouillon, née Lemétayer le 28 septembre 1893 à Angoulême, internée
du 23 mai 1944 au 29 juin 1944, déportée
du 30 juin 1944 au 9 mars 1945, est décédée
le 9 mars 1945 à Ravensbrück (JORF
n°22 du 27 janvier 1999 page 1403). |
D'autres
Rouillon dans la guerre à Paris
"Mes
parents, mon frère, nos deux jeunes sœurs et moi-même logions gare
d’Austerlitz, dans un appartement juste au-dessus du Buffet dont mon
père (cousin de Roger Rouillon de Ruffec), après son père (il
semble que ce fût
Félix-Alexis Rouillon
(1), assurait
la gérance" relate René Rouillon,
qui profitait de
ce qu’il logeait dans la gare pour faciliter le passage d’israélites...
(1) Voir le
livre Société nationale d'horticulture de France, 1914.
...Mes parents avaient aussi parfois agi de même : pour eux, ça n’était
pas « faire de la résistance », c’était tout simplement «
rendre service » à des personnes en difficulté. Pierre, mon frère,
n’avait pas vingt ans en août 1944. J’en avais dix-sept. Il était
né le 31 décembre 1924."
René
ROUILLON est né le 15 Août 1927 à Paris - 15, Rue Buffon
75005 PARIS, c'était le frère de Pierre
ROUILLON né le 31 Décembre 1924 à Paris - Fusillé le 16 Août
1944.
Disparition
de René Rouillon en 2004
"C’est avec une profonde tristesse que nous venons
d’apprendre le décès de René Rouillon. Membre du comité
directeur du Synhorcat, ce grand professionnel dirigeait à
Paris, le Buffet de la gare d’Austerlitz, une affaire de
famille revendue récemment..."
Site
à consulter |
La
fabrique du temps des Rouillon Les
foies gras étaient uniquement d'oie (1). Ils étaient achetés, selon M.
Mollé qui a longtemps travaillé à la fabrication, sous la coupe de
Roger Rouillon (après 1929), associé à ses belles-sœurs Lemétayer
dans l'activité hôtelière. Le père de Roger Rouillon, Léon Rouillon,
propriétaire de l'ancienne abbaye de Nanteuil-en-Vallée, avait acheté
l'hôtel et ses dépendances le 14 juillet 1929.
Les
pâtés se fabriquaient à cette époque (depuis 1929) dans les
trois mois d'hiver, autour de Noël, au moment des foies gras.
Quand l'activité hôtelière était réduite. Une
dizaine de personnes travaillaient encore çà "l'usine au
début des années 50". Amélie Minéreau était
contremaître. Roger
Rouillon achetait lui-même ses foies gras d'oie à
Ayres-sur-l'Adour (500 foies en clayettes de 25 foies). Les
truffes venaient de Dordogne. La
recette : les foies étaient rapidement passés au four pour en
extraire la graisse après avoir été placés dans un moule
spécial. Les truffes étaient enfoncées grâce à un petit
emporte-pièces pour ne pas abîmer le foie. Ce dernier, mis en
boîte, était arrosé de cognac ou de porto, et d'une
préparation d'ingrédients secrète, mais il semble qu'il y a
avait du gingembre. Les
boites étaient serties et passées à l'autoclave. De
différentes formes et grosseurs, les boites portaient une
étiquette jaune portant le nom du produit, et l'image des
médailles obtenues en concours. Très souvent, ces foies
étaient hors-concours dans les concours internationaux. Un
produit de luxe pas à portée de toutes les bourses, peu de
Ruffécois en ont connu le goût. Les
pâtés étaient expédiés en Angleterre, en Hollande, en Espagne,
vendus à paris, Bordeaux etc."
L'Avenir
de Ruffec en fin décembre 1953 nous offre à son tour quelques morceaux
choisis "...
Les fours immenses existent encore, les régiments de terrines
subsistent dans les greniers mais sont remplacées par des boites
métalliques qui sont stérilisées, une fois dûment remplies, à
l'autoclave." "Ayant
passé par diverses mains, et scindé leurs destinées, l'Hôtel de
France et la Fabrique de foies gras se trouvent aujourd'hui réunies
dans les mêmes mains, écrit en 1953 le journal
L'Avenir de
Ruffec qui a visité l'usine au début de décembre 1953, Mlle
Lemétayer, belle-sœur de M. Rouillon, assure la direction de la
Fabrique de foies gras où oeuvrent des femmes spécialisées, l'une,
Amélie, depuis plus d'un demi-siècle, sous la direction de M.
Vallade,
le chef de l'Hôtel de France."
Les
foies d'oies, viennent des Landes, de nos jours, la production locale ne
pouvant assurer ni la quantité, ni la qualité désirée.
"Melle
Le Métayer nous montra les foies énormes, d'un blanc rosé, et pesant
chacun de 7 à 800 grammes. Dès leur arrivée, nous dit-elle, ils font,
un court séjour dans la glacière, à une température de 4 ou 5 degrés,
ceci afin de les raffermir. Puis
des femmes spécialisées dans ce travail (l'une d'elles Amélie,
travaille â la fabrique depuis près d'un demi-siècle) enlèvent les
nerfs et le fiel de foies gras, sous la direction de M. Vallade, le chef
de l'Hôtel de France."
Les
foies sont alors classés selon leur grosseur et leur qualité, les plus
beaux marinés avec des épices, du cognac cloutés de truffes, selon
les recettes que nous avons héritées, deviendront blocs de foie truffé,
ou bien recouverts de gelée au porto, foies entiers truffés au porto,
ou encore tombeau de foie gras (bloc de foie gras truffé entouré de
chair à pâté). Des foies entiers au naturel, sont destinés aux préparations
culinaires savantes des gastronomes. Avec les parures et d'autres foies
gras, dont certains sont achetés sur
place, nous faisons des mousses de
foie truffé, des ballottines de dinde au foie gras, de la crème de
foie non truffée.
Il
existe encore toute une gamme de galantines, de volailles, de pâtés de
sarcelles, de crèmes de foies de canards dont le secret nous a été
transmis par les précédents propriétaires, et qui complètent l'énumération
ci-dessus.
La
fabrication des pâtés de foie gras dure peu de temps et est soumise
aux variations de la température et aux possibilités
d'approvisionnement.
La
production extrêmement variable, est allée de trois tonnes à une
tonne l'an dernier. Cette année là, le marché des foies gras, à
Aire-sur-l’adour, et Mont-de-Marsan, ne dura que trois semaines. Ce
marché s'arrête généralement brusquement d'une manière souvent imprévisible.
Il
n'arrive jamais à satisfaire la demande. Strasbourg, autre ville célèbre
pour ses foies gras, importait jadis (avant la guerre) ses foies de
Hongrie. Ce marché étant fermé, les fabriques strasbourgeoises se
sont rabattues sur les Landes, et les foies sont disputés entre les
grossistes qui se les arrachent littéralement.
D'autre
part, les truffes du Périgord sont en voie de disparition (1). Les chênes
truffiers ne donnent plus, on ne sait pourquoi. Certains marchés de
Dordogne et du Périgord qui offraient jusqu'à 500 kgs de truffes, en
présentent péniblement de nos jours 50 kgs à peine.
Toutes
ces circonstances restreignent une industrie inimitable, et, dont les débouchés
sont pratiquement illimités.
La
fabrication s'arrêta au début des années 60."
(1) Le
"diamant noir", la tuber melanosporum, ou truffe noire
du Périgord, la plus savoureuse, est la plus recherchée. La production
était en 1900 évaluée en centaines de tonnes pour tout le Périgord.
Mais elle a considérablement diminuée. Son déclin, entamé après la
Grande Guerre, s’est accéléré dans les années 1950, en raison de
la désertification des campagnes et du vieillissement des truffières.
Mes
plus vifs remerciements à Jean-Louis Carde, au CGCP, à Jean-Claude
Vrillac, à Marcel Jarraud, à Henri Gendraud, et à tous ceux
ceux qui ont permis de ne pas laisser s'effacer cette longue page
d'histoire.

L'ancien
Hôtel de France en 2010, ne restent que le souvenir...
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de page
L'Hôtel
des Ambassadeurs

Le
rez-de-chaussée deviendra après 1913 un garage pour automobiles, les
chambres à l'étage seront des annexes de l'Hôtel de France.
|
L'Hôtel
des Ambassadeurs, bonne maison nous dit le Guide classique du voyageur en France
de Jean-Marie-Vincent Audin en 1849).
En
face de l'Hôtel de France, il tentait de se faire lui aussi une bonne
clientèle en 1900. Et d'asseoir une saine
concurrence... le local de fabrication des pâtés
était à main gauche dans la cour.
En
1813, Pierre Lavalette est le propriétaire de l'Hôtel des
Ambassadeurs quand il cède à la commune les jardins situés à
l'arrière des écuries de son établissement pour en faire un
champ de foire aux boeufs. Il avait épousé Marie Tardieu le 4
octobre 1791 à Ruffec. Un certain Alexandre Gandaubert épouse
une certaine Françoise Lavalette le 30 juillet 1822 à Ruffec. En
1841, Pierre Lavalette est décédé et c'est son gendre Hector
Gandaubert qui est maître d'hôtel à sa place. L'épouse
Gandaubert est née Lavalette et prénomme Caroline. Avec ce
couple réside la belle-mère : Marie-Anne Lavalette, née Tardieu
; et son petit-fils Pierre Brisson. L'hôtel emploie 3
domestiques. En 1846, Hector Gandaubert est décédé. Son
épouse, Caroline Lavalette est maître d'hôtel, elle a 46 ans.
Avec elle, une nièce Chérie Roux, 21 ans, un cuisinier et 4
domestiques. Un peu plus loin, Louis Poste est entrepreneur de
voitures publiques.
En
1841, Louis Poste est aubergiste, rue Boitant ; avec sa
femme Henriette Magnant, la fille Henriette Poste (fille
de qui ? non précisé, erreur de prénom ?), et 6
domestiques.
En
1846, Louis Poste (31 ans) est entrepreneur de voitures
publiques, grande route (probablement à l'hôtel des
Ambassadeurs), avec sa femme Henriette Magnant (29 ans),
leur fille aînée Louise Poste (2 ans), un domestique et
un postillon.
En
1856, Louis Poste (36 ans) est aubergiste, grande route,
avec sa femme Henriette Magnant (34 ans), avec leurs
enfants : Adolphe (7 ans), Louise (5 ans), Juliette (3
ans), Louis (3 ans) ; et 3 domestiques.
En
1861, Louis Poste (43 ans) est aubergiste, grande route,
avec sa femme Henriette Magnant (41 ans - noté 44 ans),
avec leurs enfants : Adolphe (16 ans), Louise (15 ans),
Juliette (14 ans), Louis (10 ans), Sincère (3 ans) ; et 1
servante.
En
1872, Louis Poste (56 ans) est maître d'hôtel, grande
route, avec sa femme Henriette Magnant (54 ans), avec
leurs enfants : Adolphe (28 ans) maître d'hôtel,
Juliette Vergnaud (24 ans), Juliette Poste (24 ans), 1
postillon, 2 conducteurs de voiture, deux femmes
domestiques, un garçon d'écurie, un cuisinier.
Adolphe
Poste a épousé
le 17 mai 1870 à Ruffec Jeanne
Juliette Vergnaud, née à Ruffec en 1849 (de Louis
Vergnaud et Magdeleine Fougeroux). Jeanne Juliette
Vergnaud est décédée à 55 ans à Ruffec le 5 janvier
1905.
En
1876, Adolphe Poste (32 ans) est maître d'hôtel et
fabricant de pâtés, avec sa femme Julia Vergnaud (27
ans) ; la maison compte un pâtissier, un charcutier, un
cuisinier et 3 domestiques. A côté, réside le père le
père, Louis Poste (61 ans) rentier, et sa fille Juliette
Poste (29 ans).
En
1881, 1884, 1888, 1892, 1896 et 1900, Marie Adolphe
Poste
est élu conseiller municipal à Ruffec.
En
1886, Adolphe Poste (42 ans) est maître d'hôtel, avec sa
femme Jeanne Vergnaud (37 ans), Louis Poste le père (72
ans), 3 cuisiniers, 2 domestiques.
Marie Adolphe
POSTE... (fils de Louis Poste,
né en 1814, et de Henriette Magnant (1), lesquels se sont
mariés à Ruffec le 2 avril 1839) ; il était né à Ruffec en 1844.
(1)
Je n'ai pas encore pu vérifier si Henriette Magnant était
apparentée à Marie Elodie Magnant, seconde épouse Claudot, née le 13 décembre 1875 à Ruffec (fille de feu Constant
Magnant, négociant et de feue Marie Laurent).
En
1891 les âges sont toujours notés avec imprécision,
Louis Poste (76 ans) est dit rentier et chef de ménage,
Adolphe Poste (46 ans) est maître d'hôtel, avec sa femme
Jeanne Vergnaud (40 ans), avec deux cuisiniers domestiques
et un marmiton.
En
1896, Adolphe Poste (50 ans) est hôtelier, avec sa femme
Julia (Jeanne) Vergnaud (46 ans), avec un cuisinier
domestique (17 ans) et trois servantes (24, 22 et 26 ans).
En
1901, Adolphe Poste (57 ans) est maître d'hôtel, avec sa
femme Julia (Jeanne) Vergnaud (51 ans), avec 3 domestiques
(32, 25 et 17 ans).
Maxime Deschandeliers rachète
l'Hôtel des Ambassadeurs en novembre 1903.
Adolphe
Poste décèdera
à Ruffec à son domicile le 3 janvier 1904. Jeanne Juliette
Vergnaud est décédée à 55 ans à Ruffec le 5 janvier
1905.


|
Maxime Deschandeliers (qui décédera le 24 février
1904),
propriétaire de l'Hôtel de France,
avait racheté
l'Hôtel des Ambassadeurs en novembre 1903. Mais
il
décède en 1904.
"M.
Deschandeliers (Maxime) est un cuisinier de premier ordre qui a su
faire estimer à l'étranger l'art culinaire français et
ne pourra que continuer la tradition de la maison. Il a
l'avantage de connaître plusieurs langues
étrangères..., ce qui lui permettra de servir d'interprète
aux automobiliste étrangers qui passent assez fréquemment
à Ruffec. Nous croyons qu'il a l'intention de faire en
grand la fabrication des pâtés dits de Ruffec et
d'utiliser à l'étranger les nombreuses relations qu'il a
su y créer..."
Sa
veuve (Voir
généalogie Deschandeliers) vendra
le fond de commerce en 1906. Voir ci-dessous).
Les co-propriétaires
(Delaunai) tenteront la
survie de l'hôtel mais en 1912 ce dernier et le fonds de commerce
étaient à vendre.
En
1911, l'Hôtel des Ambassadeurs est tenu par Edmond
Delaunai (né en 1880 à Tarbes) et son épouse Yvonne
(née en 1880 à Plouet). Ils ont avec eux leur fille
Thérèse (née en 1901 à Paris) et ses grands-parents
Pierre et Marie-Louise
Delaunai.
L'hôtel
emploie deux cuisiniers. Alphonse
Rousseau est le conducteur de leur omnibus.
En
1912, le fond de commerce de l'Hôtel des Ambassadeurs est
à vendre. Il appartient à Edmond Delaunai. Ancienne maison Poste, Veuve Maxime
Deschandeliers, Edmond Delaunai maître d'hôtel,
successeurs.
Un garage
succèdera à l'hôtel mais les chambres
furent conservées un temps à l'étage comme annexe de l'Hôtel de
France.
Haut
de page
|
L'Hôtel
de la Toque Blanche
"La
maison du sport"

Le
café du sport dispose du téléphone mais avant guerre ne s'appelle pas encore
"La Toque Blanche".
Vue
d'ensemble ci-dessus avec le garage de l'Hôtel de France à droite
Et
ci-dessous en 1912, un "tacle" raté à l'angle... du café
des sports !
Pas
de carton rouge ni de boulot pour le garagiste le plus proche. Grâce
à un aubergiste courageux.

Cet
hôtel - restaurant était le café du sport au début du
XXe siècle. Son téléphone était le n°3. Il se disait
"tout confort" et disposait d'un garage.
En 1911,
le patron du café des sports était Arthur Trillaud. Avait-t-il
cédé ou acheté à Gaston Loustalot ?

L'Hôtel
de la Toque Blanche offrait aussi sa spécialité : les pâtés de
Ruffec aux foies gras et aux truffes, et des cèpes farcis.
La
concurrence était rude...

Après-guerre
|

Nouveaux
propriétaires.
Les pâtés de
perdreaux truffés de Ruffec ne sont plus qu'un délicieux
souvenir.
Ci-contre,
note du 1er février 1940.
|

|
Cet
hôtel est célèbre pour avoir aidé des Anglais à fuir les Allemands
pendant la 2e guerre mondiale.
Consulter
: http://musee.delaresistance.free.fr/en%20ligne/dossiers/frankton/recit.html
et
aussi : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichepage.php?idLang=fr&idPage=5666
| "L'ancien
Camerounais, débarqué il y a dix-huit ans à Ruffec dans le
sillage de son père chirurgien, est «accro». Depuis
l'adolescence, depuis ses premiers matchs au Stade ruffécois
avec Jean-Paul Derousseau, son coach." lit-on dans la
Charente Libre du 10 août 2010.
Il est
né en 1974 à Amiens.
Consulter
aussi le blog CL de Dominique Retouret qui écrit aussi vite et
aussi bien que se déroule l'histoire du pays : http://ruffec.blogs.charentelibre.com/zruffec/ |
Un
super footeux à la tête de l'établissement
Ivan M'Balla
Ndi a ouvert le 10 août 2010 son hôtel-restaurant, «L'Angle
d'or», à Ruffec qui succède à la Toque Blanche, un temps en
sommeil. Un début de reconversion pour le talentueux
footballeur angoumoisin.
C'est sur
ce site qu'il découvrira l'histoire de sa maison, dont nous
espérons qu'il pourra compléter les vides grâce aux
Ruffécois à bonne mémoire.
Je lui
souhaite bonne réussite, et espère fort qu'il saura redorer le
blason de Ruffec. |
L'Hôtel
du Chêne-Vert
| Cette annonce parue en 1936
dans le Journal de Ruffec nous décrit cet hôtel qui daterait
de 1856. A noter qu'il existait à Civray bien avant, un hôtel
de France et un hôtel du Chêne vert. Chacun emprunte
à sa guise le passage du Chêne Vert à Ruffec. Cette étroite
ruelle relie la rue Jean Jaurès au parking créé
près du centre ville derrière l'ancien garage Barbarit (à l'arrière
de l'ancien hôtel des ambassadeurs). Ce site fut transformé un temps en champ de
foire.
Je recherche tous
renseignements utiles sur les familles qui ont possédé cet
hôtel, des cartes postales, tous documents utiles, merci à l'avance PBaudouin@wanadoo.fr Jean-Claude
Vrillac a réagi immédiatement et nous fournit de précieux
renseignements que j'ai complétés ci-dessous. Merci bien à
lui.
Au XIXe siècle,
l'hôtel le Chêne Vert appartenait à la famille Prébay, qui
remonte sa filiation au début du XVIIe siècle : Auguste Prébay,
fils de Louis Prébay (propriétaire, né en 1767) et de
Marguerite Rousselot, épousa le 17 janvier 1832 à Couhé
(Vienne) Marie Suzanne Goupil (née à Couhé le 27 janvier 1808
d'Izaac Goupil et Marie Richard) ; et y résidant, sans
profession) ; il est qualifié d'aubergiste à Ruffec (et propriétaire
du Chène Vert selon Jean-Claude Vrillac) ; ils eurent pour
enfants : a - Marie Emma Prébay, née en 1832, mariée en 1853
à Jean Placide Piorry ; b - Augustine Prébay, 1834-1907, mariée
à François Lacour, propriétaire à Condac ; c - Lucien Prébay,
né en 1835, décédé en 1908, marié le 30 juin 1862 à
Poitiers à Sidonie-Joséphine-Radegonde Allard. Et aussi
Emile (né en 1836 et employé à la sous-préfecture en 1851),
Jules (né en 1833) et Louis (figure au recensement de 1841,
mais pas en 1846).
Les Prébay
sont installés rue de Valence en 1841, 1846, 1851, 1856. En 1861,
les époux Prébay n'ont plus d'enfants avec eux. Ils résident
avec deux domestiques. En 1872, ils sont remplacés par les Bénéteau
(issus des Bénéteau de Raix).
François
Bénéteau avait bénéficié dans le partage des propriétés
de son père Jean Bénéteau à Raix (lequel avait acheté le château
de Raix en 1827), d'une ferme située à droite en arrivant de
Courcôme par la RD27. Il dut probablement la revendre à ses
oncles et cousins Dindinaud. François Bénéteau, né à Raix,
le 18 novembre 1801, décédé à Ruffec le 3 février 1870,
marié à Raix le 3 février 1834 à Marie Vergier, née à Raix
le 24 avril 1805, veuf de Césarine Dechambe, est qualifié
d'aubergiste. Il eut pour fils au moins François Bénéteau, né
le 7 novembre 1834 à Raix qui épousa Eloise Bénéteau, (maîtresse
d'hôtel) née en 1848, décédée le 14 mars 1922, fille de Théophile
Bénéteau et de Eloise Herviot (13 enfants) : ils eurent
au moins : Louis-Georges Bénéteau, né le 21 février 1884 à
Ruffec...
A Ruffec,
en 1872, Marie Vergier est recensée aubergiste (son mari François
est décédé). Avec elle, son fils François, dit sans
profession, 36 ans. Ils ont avec eux deux domestiques. |

Le
Chêne-Vert se situait à droite, à l'arrière du groupe. |
Rouchier
Bazel pâtissier confiseur de renom Place d'Armes à Ruffec
|
Rouchier
fils se distinguera à l'Exposition universelle de Paris en 1851
et 1855. L'aurait-on oublié ? Une fois encore la gastronomie a
été florissante à Ruffec. Qu'en reste-t-il ?
Nous
sommes remontés (pour l'instant) grâce à M. Vrillac et au
CGCP jusqu'à Jean François
Rouchier, marié à Jeanne Gobinaud,
était en 1794 pâtissier à Ruffec.
Dans les
albums des expositions universelles de 1851 et 1855, on relève
aux côtés de Henri Thorel (terrine de foie gras) un autre Ruffécois
presque du même âge : Sincère Rouchier (Bazel) fils ainé.
(Jean-Baptiste
Henri Thorel, naîtra à Ruffec le 28 juin 1820 mais il décédera
en 1860 à Ruffec).
-
A
l'exposition universelle de 1855, au n° 3648, figure encore
Sincère Rouchier fils aîné (Fr.), à Ruffec (Charente) pour
ses conserves de viandes, de truffes et de légumes, des pâtés
truffés. Il présentait un fricandeau (charcuterie d'Aveyron, pâté
de campagne cuit au four avec sa crépine, ce qui donne petit goût
de rôti bien doré).
-
Et au n°
3655, Thorel Henri, à Ruffec (Charente) avec ses pâtés de
gibier aux truffes.
Rouchier
et Thorel ont obtenu une mention honorable en 1855.

Publicité
dans un journal de Ruffec en 1880. |
Sincère
Rouchier, pâtissier, fils de Jean François Rouchier décédé
à Ruffec le 2 février 1823 et de Jeanne Gobinaud, qui avait épousé
à Ruffec Louise Aimée Chaleroux le 13 juin 1826. En 1841, François
Rouchier (Bazel) est pâtissier en famille place d'armes à
Ruffec.
En 1846,
François Rouchier (Bazel) qui a 48 ans est pâtissier en
famille place d'armes à Ruffec avec son épouse Louise Aimée
Chaleroux (38 ans). Il a quatre enfants mais Sincère (l'aîné)
est absent du recensement, Auguste pâtissier a 17 ans, Aristide
a 14 ans, et Emile, 9 ans.
En 1851,
François Rouchier (Bazel), 53 ans, est maître confiseur en
famille place d'armes à Ruffec. Son épouse est décédée.
Avec lui ses fils : Sincère (24 ans) même profession que le père),
Auguste (22 ans) et Aristide (19 ans).
En
1861, Sincère Rouchier (33 ans) est marié (depuis 1851) avec
Elodie Deriveau (25 ans). Ils ont Ezilda (7 ans) et Jules (2
ans). Leur fille Jeanne Eugénie épousa Pierre Delaunay,
bijoutier.
A
Ruffec, la maison Rouchier se situait Place d'Armes, côté est,
à l'angle sud de l'impasse Daumesnil et jouxtait la maison
Chaleroux-Herzig (brasserie).

Les Rouchier
Bazel avaient pignon sur rue à Angoulême et Poitiers, mais il
reste a dénicher des liens éventuels avec ceux de Ruffec. Rouchier Bazel
biscuits, Angoulême. |
|

Chromo
Rouchier Bazel Angulême.
Ci-contre,
Rouchier Jeune (confiseur pâtissier à Poitiers), 9 janvier
1863. Spécialités de petits fours, sirops et fruits, dépôt
de chocolat, dragées, bonbons de fantaisie, etc. |

|
Rhums
Lameth en dépôt à Londigny et à Ruffec
Alfred de
Lameth, né à Henencourt, le 18 avril 1842 est décédé à l'âge
de 74 ans à Londigny (Charente) le 25 octobre 1916 où il faut
inhumé. Il était devenu propriétaire par sa femme de
l'Habitation Chalvet
qui produisait du rhum en Martinique.
Lameth,
Chalvet, etc.
Au 17e siècle, le
possesseur de la concession qui deviendra plus tard l'Habitation
Chalvet était Guillaume Pinel. Sa parcelle faisait alors 800 pas de
large sur 1000 pas de haut. Pinel est présenté par le père Labat
comme ancien capitaine de milice sur l'île de Saint Christophe, retiré
à la Martinique en tant que marchand propriétaire d'habitations-sucreries
puis de flibustier.
Son successeur sur la
concession fut M. Claude Pocquet, capitaine de milice de la
Basse-Pointe, conseiller au Conseil Souverain à partir de 1688 et
secrétaire du roi en 1703. Sa propriété mesurait à l'époque 1200
pas de large sur 3000 pas de haut, et comptait 3 sucreries. C'est
d'ailleurs cette réunion de 3 sucreries sur un même ensemble qui présida
à l'ancienne dénomination "Union" de la propriété.
Pocquet mort en 1722, ses héritiers prirent la suite et conservèrent
le domaine jusqu'à la fin du 18e siècle. Dans les premières années
du 19e siècle, Joséphine Périnelle Dumay, veuve Pocquet de Puilhery,
perdit une enfant en bas âge et se retrouva seule héritière. Elle
se remaria avec M. Etienne Chalvet (Chevalier de l'Ordre Royal et
militaire de Saint Louis) faisant ainsi passer l'habitation sucrerie
restée aux mains des Pocquets du 17e siècle au 19e siècle, dans le
giron de la famille Chalvet. Celle-ci la conserva jusqu'au milieu du
19e siècle, époque à laquelle, par
le biais de mariage des héritières Chalvet, Aline et Nathalie de
Loyac (1), la propriété échue par indivision aux Lameth et Monti,
résidant hors de la colonie.
En 1919, ils la
vendirent à Louis Marie Joseph Léo Clerc dont la famille était
propriétaire de l'usine Vivé du Lorrain ainsi que d'autres
habitations de la région. L'habitation Chalvet leur servira comme
beaucoup d'autres à fournir de la matière première (canne) à
l'usine, puis à cultiver de la banane à partir de l'entre deux
guerre. A cette époque on y cultiva également de l'arachide, du
manioc ainsi que des haricots rouges et blancs. La seconde moitié du
20e siècle y fut marquée par la grève de février 1974, durant
laquelle des ouvriers seront blessés par les forces de l'ordre, un
autre fusillé par des gendarmes, et un deuxième retrouvé mort le
lendemain sans que l'on ait pu définir les causes exactes du décès.
Trois ans plus tard, M. Aubéry Albert deviendra propriétaire de
l'habitation qu'il exploitait jusqu'alors en location. Après avoir
cultivé de l'igname, et fait de l'horticulture en serre,
l'exploitation agricole de Chalvet se concentre aujourd'hui autour de
la banane et de l'ananas.
L'habitation Chalvet
se situe en bordure de la RN 1, sur un site de plaine. Sa superficie
est d'environ 360 hectares. On y distingue une zone industrielle, dans
laquelle s'intègre la maison d'habitation, et une zone de logements
ouvriers. L'exploitation agricole est formée de l'habitation Chalvet
et de l'habitation La Capot.
(1)
Léopold Auguste Prévost de Sansac, marquis de Touchimbert, né le 13
avril 1817 au château de Londigny, décédé le 4 août 1897 en son
château de Londigny, Conseiller général du département de la
Charente. Epoux en juillet 1850 de Stéphanie Caroline Nathalie de
Loyac née en février 1821 à Saint-Pierre (Martinique), décédée
à Paris le 17 mars 1870, fille du comte Auguste de Loyac et de Stéphanie
de Chalvet. Ils eurent Louise-Marie-Stéphanie Prévost de Sansac de
Touchimbert, née au Château de Londigny le 10 octobre 1851, décédée
à Londigny le 2 février 1932 qui épousa à Paris (8e), le 5 août
1872, Marie Joseph Ambroise Antoine Alfred de Lameth, Comte, puis
Marquis de Bussy, né au château d'Hennecourt (Somme), le 18 avril
1842, décédé à Londigny le 25 octobre 1916 à l'âge de 74 ans,
inhumé à Londigny.
Alfred de
Lameth avait épousé à Paris (8e), le 5 août 1872, Louise
Marie Stéphanie Prévost de Sansac de Touchimbert, née au château
de Londigny le 10 octobre 1851, et décédée à Londigny le 2 février
1932. A Ruffec d'un entrepôt de rhum de la Martinique.
En juillet 1887, le comte Alfred de Lameth, demeurait à Paris.
En 1907, le comte est en fait marquis, date de la publicité
ci-contre, l'importateur-concessionnaire à Ruffec est Angel
Devergne.
Lameth
(Comte de.), 113 Rue de l'Université à Paris, propriétaire de
l'habitation Chalvet, Martinique. dépôt principal, château de
londigny, Ruffec (Charente). Rhum et Schrüb (classe 73), 1ère grande
médaille, Le Havre 1887, Hors Concours, membre du Jury, Paris, 1888.
|
Histoire
du rhum en Martinique |
Le comte
de Lameth
propose son rhum
en importation directe de ses plantations de Basse-Pointe en
Martinique. L'embarquement n'est pas facile : les fûts sont
mis à la mer, le rhum flotte (le tonneau bien imprégné de liquide
est étanche), chacun d'eaux est accompagné d'un nageur noir
qui, en le poussant, le conduit à la pirogue.
Du rhum souvent médaillé aux expositions et concours. Les Lameth
sont allés aux Antilles parce qu'«à la veille de la Révolution,
Beauharnais est intéressé aux Antilles comme les Lameth.
Alfred de
Lameth, né à Henencourt, le 18 avril 1842 est décédé à l'âge
de 74 ans à Londigny (Charente) le 25 octobre 1916 où il faut
inhumé. Il était
propriétaire à Ruffec d'un entrepôt de rhum de la Martinique.
En juillet 1887, le comte Alfred de Lameth, demeurait à Paris.

En 1907, le comte est en fait marquis, date de la publicité
ci-contre, l'importateur-concessionnaire à Ruffec est Angel
Devergne.
Pour en
savoir plus, visitez les pages Londigny et son histoire...
|
Le
fromage de chèvre et la tourte fromagère de Ruffec
|
Une production
locale
"Au
bourg convergent de nombreuses ruelles, certaines pas plus
larges qu’une brouette. Elle desservent de vieilles maisons
qui laissent exhumer quelquefois leurs colombages.
En
flânant, il sera possible de deviner l’activité qui a
régné ici, antan. Notamment le jour des foires lorsque
convergeaient vers le chef-lieu toutes les paysannes du pays
ruffécois. Chaque rue, chaque espace libre, chaque place et
canton voyait s’installer la production des fermières et les
étals des commerçants ambulants."
Aujourd’hui,
de bonnes âmes disent que le Ruffec est le fromage fermier
local à pâte molle. Il se présente sous la forme d'un disque
de 10 centimètres de diamètre sur 4 centimètres d'épaisseur
et d'un poids de 250 grammes. Les spécialistes lui trouvent un
petit goût de noisette. Affiné à sec, il est habillé d'une
fine croûte naturelle bleutée qui agrémente un plateau de
fromages. Le Ruffec avait disparu des bonnes tables jusqu'à ce
que le concours annuel de la foire-exposition de Ruffec en
reparle et lui redonne vie. |

Mais
voilà ce que dit l'histoire...
"Fromage
de chèvre dit Ruffec", fromages à la crème d'un goût
délicieux...
Ruffec,
sur la grande route de Paris en Espagne est renommé par ses
fromages et ses pâtés aux truffes dont il fait un grand commerce
(1830).
Peu
répandue dans le département de la Charente, la chèvre est élevée
dans les environs de Ruffec pour la fabrication des fromages
(1839).
"Les
fromages de chèvre enfin vendus, les foies gras de canards
gavés un mois durant au maïs de Ruffec cédés à de savants
cuisiniers, il était temps d’échanger cet argent frais contre
quelques coupons de tissus. Où tout autre produit introuvable
dans les hameaux."
A
Ruffec, avec ce fromage renommé, on fabriquait d'excellentes tartes
fromagères. A Bannière (commune de Montjean), au début du XIXe
siècle, la maison Ayrault faisait le tour des fermières pour
récupérer du fromage de chèvre frais, et l'affinait avec le
plus grand soin. Ces fromages étaient vendus sur les marchés et
à Cognac.
Le
canton de Villefagnan a été classé en appellation Mottais
sur feuille, Ruffec aurait dû l'être aussi, preuve à
l'appui.
Haut
de page
|
Foires
et marchés à Ruffec dans les années vingt
Ce
texte de Géo Lancelot de Villefagnan (je le remercie de nous le
prêter)
"Au
début du siècle, je parle du mien, c'est-à-dire le
vingtième, les distractions étaient peu nombreuses dans nos
campagnes. Les jeunes se ruaient chaque dimanches aux frairies,
appelées ainsi en Charente, et dénommées assemblées sitôt qu'on
avait franchi la frontière des Deux-Sèvres, c'est-à-dire pour nous,
gens de Villefagnan, au-delà de la côte de Montjean. Ces frairies se
réduisaient bien souvent à un stand de tir, une confiserie où
rivalisaient berlingots et barbes à papa, et enfin l'inévitable bal
où se retrouvaient la jeunesse de seize à cinquante ans. C'était
l'occasion pour les gars, d'y rencontrer les "drolesses"
dûment chaperonnées par leurs mères, faisant tapisserie, assises
dans un coin, regrettant hargneusement le temps passé !
Les hommes, eux,
trouvaient leurs plaisirs et pouvaient se divertir tout à leur aise
aux foires mensuelles des environs, plus ou moins réputées, plus ou
moins attractives. La foire pour les uns, "les bourgeois",
consistaient en promenades et réjouissances bien souvent illicites et
extra-conjugales ; pour les autres, c'était le lieu de travail, où
ils se devaient de commercialiser les animaux, des plus petits aux
plus grands, chacun dans sa catégorie. Ces gens là étaient les
" marchands de bestiaux ", souvent surnommés "
maquignons".

Dans notre
Nord-Charente, aux alentours de Villefagnan, qui n'a pas connu l'un
d'eux ? Que l'on l'appelait, P'tit-Jhean. C'était un brave paysan de
"tiés ensus",
qui arrondissait les maigres revenus de sa "benasse",
par un petit commerce de bétail ; il était un peu "rabatteur".
Négociant dans l'âme il ne ratait guère les foires et marchés des
environs. Les autres jours, il se rendait de ferme en ferme, achetant
ici une portée de "p'tits
gorets", là un veau de lait. Très bon vivant, P'tit-Jhean
comptait sûrement dans sa clientèle autant d'amis que de clients.
Mais le métier a ses nécessités, et si notre brave baratineur avait
beaucoup d'amis, il fallait bien vivre et réaliser entre l'achat et
la vente une certaine " rognure " ! Il arrivait même
quelquefois que le bénéfice fût bien maigre. A ce moment là, notre
sympathique philosophe avait l'habitude de dire : " Pas gagné,
pas gagné… Pas perdu quand même !
"Mais tous
n'étaient pas aussi résignés ! Il fallait voir se pavaner, dès le
lever du jour, ces hommes stoïques, vêtus de leur inévitable blouse
noire, signifiant leur état. L'air important, la face rubiconde, la
taille rebondie, l'air fureteur et carnassier, ils occupaient la
place. Certains - très peu du reste - accomplissaient honnêtement
leur métier, d'autres beaucoup moins, on les disaient "ben
chétis", tel celui qui m'avait donné le conseil suivant
: "Tu cherches quelques bonnes chèvres ? Repère sur la foire
une petite vieille, toute habillée de noir, l'air triste ; elle vient
sûrement de "jhiter"
son vieux ; elle se défait de son troupeau, il y a là un bon coup à
faire, tu les paieras pas cher ! ". De nos jours, tous ces
commerçants possèdent depuis l'évolution des transports, un ou
plusieurs camions, suivant l'importance de leur affaire. Mais il faut
bien savoir qu'avant la Grande Guerre, ces gens là se déplaçaient,
ou en train, (nos campagnes étaient sillonnées de nombreuses voies
secondaires), ou en voiture légère, tirée par un trotteur ; leurs
" valets " étant chargés d'accompagner les animaux par le
train, et de les amener à destination de bon matin, à pieds bien
sûr, jusqu'au champ de foire. Les foires occasionnaient donc à tous
ces hommes d'affaires des déplacements durant souvent plusieurs
jours. Arrivés à destination, lieu de la foire du lendemain, ils
confiaient leur trotteur au palefrenier de l'hôtel restaurant
habituel, et dégagés de tout souci, ils abordaient la salle commune
où ils retrouvaient d'autres comparses.
Après un copieux
repas bien arrosé, ils se retrouvaient dans l'arrière salle enfumée
par les pipes et les roulées de gros gris, pour taper la belote
jusqu'à des heures souvent bien tardives.
Afin de vous
permettre de goûter mon histoire, il faut que vous sachiez que dans
les années suivant la Grande Guerre, l'électricité commençait tout
juste à s'implanter dans nos villages. Ainsi certains marchands issus
souvent de la campagne profonde, n'avaient de l'éclairage électrique
qu'une très piètre idée. Il n'était question évidemment, dans les
maisons où il avait été installé, ni de flamboyant néons, ni
d'hallucinantes lampes allogènes, mais simplement de bonnes vieilles
ampoules ovoïdes, à l'extrémité pointues, dont les fils
incandescents ne diffusaient qu'une jeaunasse
lumière, féerique pour l'époque. La lumière électrique
commençait à s'imposer dans nos villes ; bientôt elle atteindrait
les villages et les hameaux, mais chaque chose en son temps. Dix
heures "dau ser"
(on ne disait pas vingt deux heures en ce temps là), venaient de
sonner à l'horloge de la vaste salle de l'hôtel d'Espagne à Ruffec,
en cette soirée du 27 décembre, veille de la grande "fouère
daux innocents".
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L'Hôtel
d'Espagne face à la gare n'était pas une "auberge
espagnole..." Cette auberge créée spécialement à la demande
des Espagnols leur permettait d'être accueilli par des gens parlant
leur langue. Ces Espagnols étaient nombreux à venir à Ruffec et
alentours pour acheter des mules et mulets sur les foires et plus tard
dans les écuries directement.
Jules Mandineau,
honnête héritier de l'auberge qu'il gérait avec ses deux sœurs,
souhaitait au plus tôt aller étendre sa grande carcasse : demain la
journée serait longue. Les trois maquignons avec lesquels il avait
tapé la belote tardaient à rejoindre leurs chambres. Ils se
décidèrent enfin. Deux, connaissant les lieux, s'en furent. Seul
André Cornut qui n'avait pas eu l'occasion de descendre à Ruffec
depuis quelques temps, s'enquit auprès de son hôte du lieu de son
repos. Jules le précéda, prit le couloir de gauche, ouvrit la
première porte, et machinalement appuya sur le bouton électrique
pour allumer le plafonnier nouvellement installé. Cornut leva la
tête ébahi : "Dis don Mandineau, tu fais "daux
bounes" affaires, t'as fait installer "dau nouvelles
chandelles électriques". Et, ou blasé par toutes "qué
couillonades", ou pressé de s'étendre, André entreprit de se
dévêtir, abandonné par Mandineau, néanmoins flatté par la
remarque. Maintenant ses vêtements bien installés sur le dossier de
la chaise, en " queue de chemise ", coiffé de son "bounet
d'coton", il s'apprêta à " tuer la chandelle
". Habitué aux lampes à pétrole, signe de modernité dans son
village, Cornut prit une bonne inspiration et "buffa"de bon
cœur en direction de l'ampoule électrique ; un souffle puissant
s'échappa de ses bronches ; il fallait "buffer fort", la
chandelle était éloignée. Rien n'y fit ! Il recommença ses efforts
sans obtenir le moindre résultat. Enfin, excédé, il arracha de son
crâne déplumé le "cher bounet d'coton" et l'envoya valser
en direction de la rebelle qui, comble de malheur, la retint
accrochée, sans plus de succès. L'exaspération était à son
comble, André s'élança d'un bond hors du lit, bannière au vent il
atteignit la porte qu'il ouvrit avec fracas, et de sa voix de stentor,
habitué à " hucher " après sa mule - l'en avait une
qu'était ben nâtre -,
il interpella puissamment son hôte, faisant vibrer les murs de
l'hôtel dans son premier sommeil ! " Oh Mandineau ! Si tu vins
pas tuer ta chandelle, a fiamera toute la neut !
Géo,
histoires vraies des années 25
L'électricité
arrive à Ruffec aux environs de 1921 d'après Frédéric Duboux mon
grand-père, et à Villefagnan dans les années 1923 -30. André
Cornut' (1849-1939), fis de Pierre Cornut, (1809-1895), père de
Samuel Cornut (885-1966), que j'ai bien connu.
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Drolesses
: jeunes filles.
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Maquignons
: marchands peu scrupuleux.
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Tiés
ensus : le village situé plus loin en montant.
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Benasse
: petite propriété agricole.
-
P'tits
gorets : petits cochons. Rognure : bénéfice.
-
Jhiter
son vieux : enterrer son mari.
-
Fouère
daux innocents : foire du 28 décembre à Ruffec.
-
Dau
ser : du soir.
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Daux
bounes affaires : un bon commerce.
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Buffer
: souffler très fort.
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Qué
couillonades : ces bêtises. Rabatteur : home à la solde des gros
maquignons, offrant au vendeur un prix dérisoire de sa
marchandise.
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Bounet
d'coton : bonnet en coton blanc à pompon, indispensable la nuit
contre les courants d'air.
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L'en
avait une qu'était ben nâtre : i en possédait une qui était
très vicieuse.
-
Si
tu vins pas tuer ta chandelle, a fiamera toute la neut : si tu ne
viens pas éteindre ta lampe, elle restera allumée toute la nuit.
Et
maintenant
Aujourd'hui,
la
maison Bernard Epinoux, à La Faye (16700), perpétue les
savoirs-faire locaux autour de l'élevage du canard gavé au maïs.
Il y a quelques mois, fiers de nombreux prix, ils cuisinaient eux-mêmes
d'excellents produits, mais les normes européennes ont tout
détruit.
Les
canards sont désormais vendus à des cuisiniers, des traiteurs, chez
Poux à Tusson (La
Maison de Charente) notamment
où on sait confectionner des mets de qualité tel que des cous
de canard farcis. "La spécialité de la maison de la
Charente c’est le canard. Sous toutes ses formes :
traditionnel cou farci mais aussi magrets farcis au foie gras ou
encore choux farcis… au foie gras, entre autres produits
locaux" selon Le Petit Futé. Tél.
05.45.30.31.95.
Situé à
Ruffec, le Domaine de
Brissalière (groupe Pierre Milleret) cuisine foies gras
et charcuterie de canards. http://www.milleret.fr/
| Canard, foie gras,
confits...
Tél.
: 05 45 31 01 94 ou
05 45 31 16 22
Fax.
: 05 45 31 16 22
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Les
canards
mulards sont élevés dans
des prés |

Le
maïs séchait antan dans des cribles en bois
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Truffes
du pays villefagnanais
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La truffe
retrouve peu à peu ses droits au pays de Villefagnan.
Le
calcaire des coteaux locaux se prête bien à la pousse des chênes
truffiers.
Des propriétaires courageux tentent l’aventure,
par passion avant tout.
Ils ont dressé des chiens, et, après
de longues années de patience, ont l’immense plaisir de dénicher
de beaux exemplaires.
Un
site parle des truffes charentaises et en propose. Cliquer. |
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